Retour sur mon mémoire écrit en 2014


Lorsque le deuxième BAPE sur la question du gaz de schiste a tenu des audiences en 2014, j'ai rédigé un document de 39 pages que j'ai présenté comme un mémoire de synthèse sur les risques technologiques. Dans ce document j'ai créé une représentation graphique simplifiée 
qui servait à illustrer dans mon propos la durée de vie d'un puits du début de l'ouvrage (la partie en vert) jusqu'à sa détérioration, jusqu'au moment où une réparation devait être mis en place (la portion devenue rouge).

Dans la figure 1 (en partie reproduite ci-dessous) de mon mémoire*, ces représentations simplifiées servaient à illustrer la durée de vie technologique d'un puits et/ou d'une réparation d'un puits.  Je voulais illustrer dans ces multiples rectangles verts->rouges la citation d'un rapport du Conseil des Académies Canadiennes qui indiquantes ceci: " even after leaky older well are repaired, deterioration of the cement repair itself may occur". Les réparations de réparations pourront se succéder pendant des siècles, ce qui lèguera aux futures générations un lourd passif environnemental et économique. 



Je suis à la fois heureux et étonné de découvrir aujourd'hui que ce diagramme est repris, presque tel, quel dans une publication récente qui traite des détériorations des puits d'hydrocarbures. Ce document a pour titre : A Review of Well Life Cycle Integrity Challenges in the Oil and Gas Industry and Its Implications for Sustained Casing Pressure (SCP). La figure 5 de cette publication parue en novembre 2024 se présente ainsi:


Ce document a pour titre : A Review of Well Life Cycle Integrity Challenges in the Oil and Gas Industry and Its Implications for Sustained Casing Pressure (SCP).  J'ai écrit étonné car leur document contient beaucoup de références, mais aucunement mes publications. Peu importe l'IA puise partout et aide maintenant beaucoup d'auteurs, moi compris, dans la rédaction d'articles; les sources initiales s'y perdent parfois dans les méandres des algorithmes de l'IA.

Le plus important est que cette étude récente confirme la grande partie des énoncés que j'ai écrits, et cela avec beaucoup plus de données, de détails et de moyens que ceux auxquels j'avais accès il y a douze ans.
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* La figure 1 de mon mémoire au BAPE est commentée en détails dans cette vidéo.





Une réplique d'un groupe pro-gaz: l'Institut économique de Montréal (IEDM)

Le journal La Presse a publié ce lundi 5 octobre ce qui se veut une réplique pro-gaz à mon propre texte publié une semaine avant. Comme l'Institut économique de Montréal (IEDM) fait la promotion de l'industrie des hydrocarbures depuis sa création en 1987; je m'attendais à voir une réplique plus étoffée. Le texte de Gabriel Giguère se limite à des arguments qui ont peu de rapport à l'exploitabilité de l'Utica. Je crois important d'en souligner les incongruités et les faiblesses.

Le texte de M. Giguère est en entier ci-dessous ; j'ai ajouté en rouge mes commentaires.

LE QUÉBEC PEUT ENCORE FAIRE LE CHOIX DE LA PROSPÉRITÉ - Gabriel Giguère, IEDM


Avec le retour du gaz naturel dans le débat politique québécois, il n’a pas fallu attendre bien longtemps avant de voir les activistes ressortir leur même vieux disque. Au cas où ce serait ce qu’il suggère, car je suis le seul qu'il mentionne plus bas dans son texte, je tiens à préciser que je suis un expert indépendant, pas du tout un activiste.

Pourtant, la mise en valeur du gaz se trouvant dans notre sous-sol représente une occasion en or pour accroître la prospérité des Québécois. On a vu par le passé qu’un bon nombre d’investisseurs étaient prêts à risquer leur propre argent pour le développer et créer de bons emplois, bien rémunérés, un peu partout au Québec. Certes entre 2006 et 2012 on a vu affluer au Québec des compagnies, certaines locales, certaines de l’Alberta;. Elles étaient attirées ici par des prix de permis ridiculement bas (10¢ par hectare), des subventions, des avantages fiscaux très généraux et une réglementation déficiente leur permettant d’aller partout sans même avertir les communautés. Très tôt après les premiers forages, les résultats bien en dessous de leurs projections ont fait qu’elles ont plié bagage dès 2012 en rayant de leur bilan la valeur de leurs actifs au Québec. Elles ont alors cédé leurs permis à Questerre et à quelques petits joueurs locaux. Ces derniers ont intenté une poursuite de 18G$ contre le Québec pour l'annulation de ces permis et perte de revenus anticipés, une poursuite encore pendante devant les tribunaux. Ils ont donc tout intérêt à s’activer pour ramener la fiction d’un gisement contenant des milliards sous nos pieds.

Un mot sur les bons emplois:  à l’époque, c’est de l’extérieur du Québec que sont débarqués ici les équipes spécialisées pour y faire 24h/24 la bruyante fracturation hydraulique.

Quant à l'expression "risquer leur propre argent", M. Giguère sait sans doute que pour chaque $5,00 dépensé au Québec en exploration de 2006 à 2009, l'ensemble des divers avantages fiscaux, subventions et autres leur retournait $5,12 tel que l'a analysé la firme Ross Smith de Calgary. C'était donc l'argent des contribuables en fait.

Pages 24 et 25 de la présentation de Trevor Sloane, vice-président aux finances de la firme Ross Smith de Calgary, lors du premier congrès de l'Association Pétrolière et Gazière du Québec (APGQ). Il y vante la situation très avantageuse de l'Utica du Québec, où chaque tranche de $5 dépensé en exploration a un retour de $5,12 !




Et si le gouvernement n’avait pas adopté une série de lois toujours plus restrictives – allant jusqu’à interdire la recherche de gaz dans le sous-sol québécois –, il y a fort à parier que le Québec pourrait aujourd’hui bénéficier de la croissance de la demande internationale en gaz naturel. Faux: les activités dans l’Utica n’aurait jamais atteint l’étape de la production.

Pourtant, certains tentent toujours de prétendre, en s’appuyant sur des chiffres vieux de plus d’une décennie, que le Québec ne serait pas en mesure de tirer son épingle du jeu dans ce secteur. Ou peut-être le font-ils par altruisme envers ces pauvres investisseurs, qui seraient prêts à risquer leur propre argent pour développer le Québec. Qui sait ? Ici aussi l'expression "leur propre argent" n'est pas de mise. Ce que cherchent à nouveau les promoteurs est tout autre: obtenir encore et toujours plus d'argent du gouvernement du Québec.

Un exemple récent de ces vieux chiffres provient d’un billet d’opinion écrit par un professeur retraité, Marc Durand, paru dans ces pages le 28 septembre dernier. En se basant sur les données de production d’un seul puits d’exploration, dont le forage a commencé en 2007, il prétend qu’il serait impossible pour une entreprise de faire de l’argent avec le gaz naturel québécois. Les opérations de forage du A275 : début 26 sept 2009  -  fin 27 novembre 2009; les opérations de fracturation ont eu lieu en 2010.

Si l’argument semble à première vue convaincant, il faut reconnaître que la technologie d’extraction n’est pas la même aujourd’hui qu’elle l’était en 2007. Une estimation prédisait que ce puits expérimental pourrait produire 1,3 milliard de pieds cubes de gaz naturel. Pour mettre le chiffre en perspective, c’est suffisamment d’énergie pour chauffer environ 25 000 résidences québécoises pendant une année. Ressources naturelles Canada indique qu'il faut environ 94 800 pi³/an pour chauffer une maison unifamiliale moyenne neuve; dans ce cas :1 300 000 000 ÷ 94 800 ≈ 13 700 maisons.

En fonction des coûts de l’époque, cependant, le professeur estime que ce puits n’aurait pas été en mesure de rembourser les coûts de forage et d’exploitation. Au 5 octobre 2026, le prix Henry Hub est d'environ 3,07 $US/Mpi3 ce qui donne 4,05M $US pour 1,3 milliard pi cu de gaz (1,3 Bcf). En 2010, le prix était de 4,37U$/Mpi3. Pour les mêmes 1,3 milliard de pi³ on avait 5,68M $US il y a seize ans. À l’époque comme en 2026 ce prix est vraiment beaucoup trop bas. C’est même 30% de moins en 2026 pour payer simplement le coût du forage (environ 10M U$).

Je n’ai présenté les données que du puits A275 car l’industrie n’a publié une courbe de production que pour ce puits en indiquant que c’était là le meilleur puits. J’ai pu trouver, dans des communiqués de presse des exploitants à l’époque, quelques données fragmentaires seulement pour certains des 17 autres puits (de ~moitié moins productifs à zéro productif selon les cas). 

Les exploitants ont eu des nombreuses occasions de présenter des données probantes dans leurs mémoires devant les nombreuses instances gouvernementales (BAPE deux fois, ÉES deux fois aussi) entre 2010 et 2016. Ils ont gardé ces mauvais résultats pour eux.

Or, il faut comprendre que le potentiel d’un gisement peut évoluer. Certains puits forés dans une formation rocheuse similaire en Ohio et en Pennsylvanie montraient une performance semblable à l’époque. En 2016, la région produit 8,5 milliards de pieds cubes de gaz naturel par jour ! Et les producteurs ne semblent pas déficitaires non plus. Ce n’est pas du tout scientifique de comparer le pseudo gisement de l’Utica du Québec avec ce qui se fait dans un autre gisement en Pennsylvanie et en Ohio, dans un autre contexte géologique à plus de 1000Km. Chaque gisement ou pseudo-gisement a ses caractéristiques propres; il y a plus de 600 bassins de shale dans le monde; un très faible pourcentage a les caractéristiquues géologiques requises pour devenir un gisement exploitable. De plus M. Giguère présente ici une valeur pour l’ensemble de la région, sans aucune précision sur le nombre de puits, etc. La meilleure valeur mesurée dans l'Utica du Québec 1,3 Bcf (milliards pi cu de gaz)  est beaucoup plus faible que ce que donnaient en moyenne les puits de même taille aux USA: Marcellus: entre 3 et 4 Bcf;  Haynesville: 4 à 7 Bcf;   Eagle Ford: 4 à 5,5 Bcf. Il est faux de prétendre que l'Utica du Québec serait comparable aux gisements exploités aux USA, d'autant plus que la valeur 1,3 Bcf n'est pas la moyenne des 18 puits testés, mais la meilleure valeur trouvée.

Le problème de l’argument de M. Durand est qu’il présuppose un potentiel technologique fixe (Faux: dans mon texte j’ai écrit ceci: «il n’y a pas eu d’amélioration significative»; je n’ai pas décrit le potentiel technologique « fixe ». Cela s’est amélioré certes un peu, mais vraiment pas assez pour modifier mon analyse). C’est un peu comme s’il affirmait que, puisque le premier iPhone n’est pas assez puissant pour faire fonctionner ChatGPT, les nouvelles générations d’iPhone ne le seront pas non plus. Tout comme les téléphones se sont améliorés au fil des ans, la technologie permettant l’extraction de gaz naturel a aussi changé. Les coûts sont plus bas, le forage horizontal permet à un seul puits d’aller chercher la ressource plus loin, et les méthodes d’extraction sont plus précises et efficaces. Je constate que l’auteur n’a pas vraiment d’expertise, ou de données géotechniques pour analyser cette question, car son argument se limite au iPhone ! Les foreurs de 2026 vont être sans doute contents de regarder leur iPhone le plus récent pendant que la machine travaille, mais l’argument que M. Giguère apporte ici n’a aucun lien avec ce qu’il devrait discuter.

La technique de fracturation hydraulique certes évolué depuis 2010, mais nullement de façon comparable aux téléphones cellulaires. On constate que la production par puits a environ doublé, mais essentiellement parce que les extensions horizontales sont plus longues*. Il y a donc par puits plus de stages de fracturation, plus de propant (sable et additifs) et plus de fluide de fracturation. Ça donne plus de gaz produit par puits, mais c’est parce que l’étendue couverte par un puits est plus étendue. Il n’y a cependant pas plus de gaz dans le shale et la proportion qui est récupérable reste sensiblement la même. Si votre moissonneuse fauche 12 m de large au lieu de 6 m, cela donne un intérêt pour les coûts de récolte, la production augmente par machine, mais cela n’augmente pas la quantité de blé que vous pouvez récolter dans une même superficie.

Une chose qui n’a pas changé, cependant, c’est à quel point la ressource voit sa demande croître. En 2007, le monde consommait 106 billions (106 083 milliards) de pieds cubes de gaz naturel. En 2024, c’était 149 billions de pieds cubes. D’après les prévisions récentes, la consommation atteindrait 198 billions de pieds cubes en 2050. Le fait que la demande augmente dans le monde n’augmente en rien la quantité de gaz qui s’est accumulé dans l’Utica au cours des millions d’années lors de la période géologique de l’Ordovicien. C’est plutôt du côté du prix du gaz qu’on devrait évaluer l'impact de l'augmentation de la demande. 

À cela s’ajoute le fait que de nombreux pays européens et asiatiques cherchent à diversifier leurs approvisionnements, en privilégiant des sources de gaz provenant de partenaires commerciaux stables et fiables - comme le Québec et le Canada.

Au cours des derniers mois, notamment, nous avons pu voir des entreprises gazières allemandes et britanniques s’engager à acheter des volumes de gaz naturel liquéfié dans des projets en développement en Colombie-Britannique pour s’assurer un approvisionnement. C’est un fait; l’ouest canadien produit du gaz depuis des décennies en grande quantité. À une époque encore récente on devrait souvent bruler l’excédent à la torchère faute de débouchés locaux. Cette abondance de gaz bon marché existe ailleurs dans le monde. Ce sont le coûts de liquéfaction (énorme) et de transport qui expliquent les prix élevés pour certains marchés. Le pseudo gisement de l’Utica n’est pas du tout comparable à ce qui existe ailleurs en Amérique du Nord.

Si nous sommes passés à côté d’une belle occasion d’enrichir le Québec au cours des dernières années, la bonne nouvelle est qu’il n’est toujours pas trop tard pour se rattraper. Ce serait catastrophique de forer à perte des nouveaux puits.

Espérons que cette fois-ci sera la bonne, et que le prochain gouvernement saura rouvrir la porte à cette filière prometteuse pour le Québec ! Cette filière n’est pas du tout prometteuse. La décision de l’enterrer en 2022 a été prise après douze ans d’études diverses, très sérieuses où l’opportunité a été donné à tous de s’exprimer. Le nouveau gouvernement ne la déterrera pas, malgré les souhaits de l'IEDM.

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* Dans certains champs de gaz de schiste où on fait des puits depuis plus de vingt ans, les parties horizontales des puits atteignent parfois 5 Km. Cette amélioration de la technique rencontre maintenant une limite mécanique. 1) Le train de tiges frotte beaucoup plus sur les parois rocheuses du trou. 2) les vibrations du train de tiges deviennent excessives. 3) Les zones d'instabilité locale des parois du forage augmentent en proportion de la distance; ces zones peuvent coincer, même bloquer le train de forage. 4) les débris de forage s'accumulent plus dans la section horizontale et les boues de forage, qui ont comme rôle de les évacuer, fonctionnent moins bien dans les sections longues.   5) Il est très complexe et coûteux de descendre le tubage dans les sections longues. 6) Les forages dévient de leur orientation prévue; le foreur doit mesurer au front de trou la déviation et appliquer pour la suite une correction d'orientation; toutes ces mesures techniques (mesures-corrections) sont possibles, coûteuses et indispensables, sinon la fracturation ne se retrouvera plus dans la bonne couche géologique. 7) La probabilité de perte du forage, donc la nécessité de le reprendre à zéro à côté, augmente. La perte d'un puits pour un blocage impossible à corriger, cela existe depuis toujours, mais c'est beaucoup plus sérieux dans les forages très longs, car ils sont très coûteux. Pour toutes ces raisons, l'amélioration technique que représente les forages très longs n'est appliquée concrètement que dans 15 % des nouveaux forages. Ce n'est pas parce qu'une technique existe que les exploitants choisissent automatiquement de l'appliquer.


La Presse - Affaires

Le journal La Presse a publié dans la section Affaires l'article que je lui ai soumis en relation avec les fausses affirmations véhiculées par le PCQ le Parti Conservateur du Québec et son chef Éric Duhaime.

La CAQ de Christine Fréchette a aussi ouvert la porte au retour de l'exploration et exploitation d'hydrocarbures en proposant une nouvelle consultation publique. Cette consultation serait bien inutile, car les variations dans l'acceptabilité publique ne modifient en rien les paramètres géologiques et économiques d'un gisement de gaz qui n'est pas économiquement exploitable.

L'oppposition à la fracturation hydraulique aurait faiblie ces derniers temps malgré les risques démontrés de cette technique. En réalité, il y a eu une intense campagne sur les réseaux sociaux orchestrée par un organisme financé par des intérêts pétroliers de Calgary. Karel Mayrand dans l'Actualité analyse les ramifications entre ce groupe, Québec Fier, et les promoteurs actuels du retour du dossier au Québec.

Cet impact sur l'opinion publique a permis à deux partis dans l'actuelle campagne électorale de tenter de faire du millage sur cette question; c'était là justement l'objectif du groupe d'influence de Calgary. En 2026 ce n'est probablement que la suite de ce qui a eu lieu en 2018. Lors de l'élection de 2018, les intentions d'influencer la campagne électorale en faveur des intérêts de l'industrie pétrolière avaient été clairement annoncées par le groupe piloté par Michael Binnion de Questerre Energy.

J'ai eu affaire avec cette personne à quelques reprises, notamment lors d'un débat à Sherbrooke en 2012 ainsi que durant les événements qui ont suivi ce débat désastreux pour lui. Je ne suis pas surpris de ce type de démarches de sa part.