samedi 28 mars 2026

Marinvest Energy: un projet à la Northvolt ? ou pire ?

Nos politiciens locaux sont malheureusement bien souvent prêts à donner une écoute attentive pour des projets soumis par des promoteurs externes. On ne devrait pas si automatiquement croire toutes les belles promesses quand il s'agit de promoteurs qui n'ont pas les reins très solides. Marinvest Energy est une jeune entreprise créée à Bergen en Norvège en 2020, une société par actions. Est-ce un peu comme Northvolt qui avait lancé un gros projet d'usine de batterie au Québec, mais qui s'est révélée insolvable; le projet d'usine Northvolt a avorté. J'ai demandé à l'IA si cette nouvelle aventure avec Marinvest Energy peut poser un risque semblable. Voici les infos que l'IA a résumées en quelques points importants.

Marinvest Energy AS n’est pas une grande compagnie énergétique classique (comme Equinor), mais plutôt un développeur de projets énergétiques internationaux, avec un focus sur le LNG et la transition énergétique.

Voici une analyse complète et critique de Marinvest Energy AS basée sur les informations les plus récentes disponibles.


Chiffre d’affaires (estimé)

Aucun chiffre d’affaires public disponible, mais on peut estimer :

Indices concrets

  • Entreprise créée en 2020 à Bergen, Norvège Numéro d’enregistrement : 925 067 01
  •  phase développement uniquement 
  • Aucun actif opérationnel connu (pas de terminal construit)
  • Activité = développeur de projets, pas un opérateur
  • Filiale canadienne :  quasi aucun employé (1 seul identifié) 

Estimation réaliste

  • CA actuel : probablement proche de 0 à quelques millions $ max
  • Revenus possibles :
    • études de faisabilité
    • partenariats / financement
    • advisory technique

Donc ce n'est pas une entreprise générant du cash-flow industriel. C'est plutôt une structure “promoteur de mégaprojets”


Projets en cours (connus)

- Projet majeur : Baie-Comeau (Québec)

   Le cœur de leur stratégie actuelle

  Composantes :

  • Usine de liquéfaction de gaz (LNG)
  • Terminal maritime d’export
  • Pipeline d'environ ~1000 km
  • Approvisionnement en gaz de l’Ouest canadien (gaz produit par la fracturation hydraulique)

  Taille :

  • Jusqu’à ~10 millions de tonnes LNG/an
  • Potentiellement 3e plus gros projet LNG au Canada

  Statut :

  • Très préliminaire :
    • pas de dépôt officiel complet 
    • discussions confidentielles avec Ottawa (NDA) 
    • consultations autochtones en cours 

Autres projets ?

Aucun projet concret confirmé ailleurs

  • Pas de projets opérationnels en Europe ou ailleurs
  • Aucun terminal LNG construit à ce jour
  • Positionnement :
    • développeur international
    • mais pipeline de projets très opaque

Donc le projet du Québec est leur projet principal (voire unique)


Analyse de crédibilité

Points positifs: 

Direction issue du secteur (pipeline, LNG)

Positionnement stratégique cohérent (demande européenne LNG)

Soutien exploratoire :

    • discussions fédérales
    • intérêt politique local 

Signaux de risque importants

1. Structure extrêmement légère,  typique des “project developers” sans capacité interne

  • Filiale canadienne : 1 employé connu
  • Aucun effectif significatif public

2. Absence de capacité financière démontrée

  • Aucun chiffre d’affaires
  • Aucun financement annoncé
  • Aucun partenaire industriel majeur connu

  Un projet LNG de cette taille = 10 à 20+ milliards $ - énorme écart entre ambition et moyens

3. Opacité inhabituelle

  • NDA avec le gouvernement fédéral 
  • Très peu d’informations publiques
  • Pas de documentation technique accessible

      Ce type d'opacité est en fait rare pour un projet d’infrastructure majeur


4. Historique de projets similaires échoués

  • Le projet ressemble fortement à :
    • GNL Québec (rejeté)
    • autres projets LNG annulés

 mêmes enjeux :

  • environnement
  • acceptabilité sociale
  • rentabilité

5. Risques réglementaires majeurs

  • Opposition politique et environnementale forte 
  • Enjeux autochtones importants 
  • Processus d’évaluation non commencé
  • probabilité élevée de blocage

Comparaison avec Northvolt (très pertinent)

Tu fais une excellente analogie — mais il y a une différence clé :

Facteur

Northvolt

Marinvest Energy

Financement

milliards levés

inconnu

Partenaires

VW, Goldman Sachs

aucun majeur

Revenus

précommandes batteries

aucun

Capacité technique

usine en construction

aucun actif

Transparence

élevée

faible


Conclusion :
 Marinvest est beaucoup plus risqué que Northvolt à ses débuts

Est-ce qu’il y a un risque similaire (voire pire) ?

       Oui — et probablement plus élevé.

 Raisons clés :

  1. Entreprise beaucoup plus petite et opaque
  2. Aucun financement structuré connu
  3. Projet extrêmement capitalistique
  4. Acceptabilité sociale très incertaine
  5. Historique négatif au Québec pour ce type de projet

Verdict final

Marinvest Energy = promoteur de mégaprojet à stade très précoce, avec faible capacité démontrée

Probabilité réaliste (ordre de grandeur) :

  • Projet réalisé : faible à modérée
  • Retards majeurs : très probable
  • Abandon / transformation : probable

Conclusion claire

-  Le risque d’un scénario type Northvolt (ou pire) est réel
Même possiblement plus élevé, car :

  • moins structuré
  • moins financé
  • moins avancé

J'ajoute à cette évaluation une dernière question: il y a des centaines d'installations dans le monde, des terminaux de liquéfaction GNL, répartis dans 25 pays, principalement dans le golfe persique. Comment se fait-il que Marinvest Energy ne soit lié à aucun projet, sauf celui proposé au stade très préliminaire à Baie-Comeau? Si sa technologie est si prometteuse, comment se fait-il que jusqu'ici aucun autre projet récent n'y soit associé?

- En opération en 2024, il y a 90 usines GNL d'une capacité combinée de 490 millions de tonnes/an.

- En construction: 18 projets avec une capacité totale annuelle de plus de 200 millions de tonnes.

- En projet: 150 à 300 projets étudiés dans le passé ou en cours d'étude dans le monde.

Aux États-Unis seulement, il y en a 28. dont 25 proposés pour la courte période 2020-2024. Ils sont donc très nombreux mais il faut dire qu'historiquement moins de 20% des projets sont réalisés. La période actuelle indique une surchauffe, une vague historique dans le nombre d'installations GNL projetées depuis le début de la guerre en Ukraine. Cela amène un risque de surcapacité par rapport à la demande mondiale après 2030; la proportion historique de projets avortés va très probablement passer à une valeur bien plus faible que 20%. 

mercredi 18 mars 2026

Le Québec n'a pas renoncé à de la richesse en renonçant à des gisements non rentables.

Le gaz de schiste (du shale d’Utica) revient dans l’actualité de ce mois de mars 2026 suite à la prise de position de Christine Fréchette. J’écoute les entrevues données dans les médias avec un grand intérêt mais aussi avec une déception. Il y a un élément de la discussion qui m’interpelle, car il est omniprésent et inexact: plusieurs intervenants abordent ce dossier comme si le Québec aurait renoncé aux richesses souterraines d’hydrocarbures pour des raisons d'environnement, de risque à la santé, de manque d'acceptabilité sociale, etc. Cela suppose dans l’argumentaire que les ressources exploitables existeraient, mais qu'on y aurait renoncé pour X raisons.  Or, il y a eu suffisamment d’exploration géologique et des forages pour qu’on ait pu se prononcer sur l’exploitabilité commerciale de l’Utica, tout comme aussi du shale Macasty à Anticosti.

Les coûts d’exploitation dans l’Utica, comme aussi à Anticosti, seraient très supérieurs au rendement économique de l’exploitation envisagée. J’ai étudié cette question avec énormément de soin et d’objectivité. Il y a eu suffisamment d’exploration et d’études pour démontrer l’impossibilité strictement commerciale d’avoir un revenu d’exploitation capable de rembourser les coûts d’extraction. Le Québec n’a pas renoncé à aucune richesse; le shale d'Utica dans la plaine du St-Laurent n'était pas exploitable économiquement. Il ne le serait pas plus dans le contexte actuel.

Il y a plusieurs arguments invoqués l'arrêt de l’aventure des gaz de schiste au Québec (2008 à 2022). Mais celui qui est le moins souvent mentionné est malgré tout celui qui a été déterminant il y a dix ans: l'industrie après avoir foré et fracturé des puits en 2008, 2009 et 2010, s'est rendu compte que la stricte rentabilité commerciale du gaz de l'Utica n'était pas possible, même en supposant des prix du gaz trois fois plus élevés qu'à l'époque (~3U$ le 1000pi.cu.).

Le meilleur puits fracturé (A175 St-Edouard HZ No1) ne pouvait livrer que 4M$ de revenu alors qu'il en coûtait quatre fois plus (12 à 15M$*) pour forer et compléter un forage par la fracturation hydraulique. Talisman Energy et les autres compagnies ont finalement rayé ces puits de leurs actifs, et cela avant même que le BAPE et l'ÉÉS livrent les conclusions de leurs études. La stricte rentabilité commerciale étant impossible à envisager dans le shale d'Utica, aucun investissement privé ne viendra à nouveau y envisager une exploitation éventuelle. Du côté des promoteurs, on a cherché à camoufler cet élément dans le débat. Du côté des opposants, on a mis de l'avant une foule d'arguments dont le manque d'acceptabilité sociale. Les médias ont beaucoup rapporté tout le détail de ces perceptions opposées et le fait objectif de la non rentabilité d'une exploitation de l'Utica est ainsi passée sous le radar.

À l'époque, l'activité d'exploration était largement subventionnée (Ministères + Investissement Québec); sans ces incitatifs, elle n'aurait même pas démarré ici en 2008. Des dizaines de millions de fonds publics sont été perdus dans ces trous.

En réalité, il n'y a eu que des intérêts purement spéculatifs à l'étape de l'exploration. L'État avait initialement distribué des permis d'exploration à des prix ridicules. Comme le gouvernement est actuellement poursuivi pour motif "de privation de profits anticipés", il y a pour les anciens détenteurs de permis un avantage certain à ce que le mythe de l'existence de gisement rentable reste présent dans le discours public et politique.

Le prix actuel du gaz en Amérique du Nord a certes fluctué au cours des années, mais le prix actuel (~3,55U$) n'est que très légèrement supérieur au prix de 2010, en raison principalement de la grande abondance de gaz sur le marché nord américain. On ne pourrait jamais localement exploiter le pseudo potentiel de l'Utica de façon rentable.

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* Info qu'on m'a communiquée verbalement à l'époque par un des principaux dirigeant des compagnies alors actives dans les Basses-Terres du St-Laurent.