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vendredi 1 janvier 2100

Présentation générale du site

             N'oubliez pas de lire chaque mois mon nouveau billet    


Vous trouverez avec les onglets en haut de cette page, des liens ordonnés vers mes documents techniques, qui sont également mis en file chronologique ainsi qu'en liste par sujet (dans la colonne de droite sur cette page, plus bas après la liste des pages les plus consultées).  L'accès par les onglets offre une présentation différente, qui  vise à rendre plus conviviale et plus logique l'accès à ces documents. J'expose dans ces écrits les résultats des analyses que je fais avec une approche totalement indépendante. Il n'y a que la vérité des faits scientifiques qui me motive; je n'ai pas d'intérêts personnels, ni de lien direct ou indirect avec quelque partie liée à ces sujets.

N'hésitez pas à ajouter des commentaires et/ou des questions, directement sur ces pages si c'est d'intérêt général. Si par contre vous souhaiter me contacter plus directement, vous pouvez m'envoyer un courriel: -->   durand.marc@uqam.ca.  Mon profil scientifique se retrouve sur Research Gate.

J'ai commencé en décembre 2010 à analyser la question de ce qui est communément appelé "le gaz de schiste".  Je ne rejette pas cette appellation qui est entérinée dans le langage courant, ainsi que dans la dénomination des commissions d'enquête que le gouvernement a créées pour ce sujet (ÉES, BAPE, etc.). Il y a cependant une expression plus scientifiquement juste: les gisements d'hydrocarbures de roche mère, que j'emploi pour le nom de ce site et pour la majorité de mes documents.

On désigne ces nouvelles ressources comme des gisements non conventionnels de pétrole et de gaz, car tant par leur nature géologique que par la méthode d'extraction employée (la fracturation artificielle requise), ils sont bien distincts des gisements conventionnels d'hydrocarbures. Les impacts économiques et environnementaux très négatifs qui en résultent sont également très différents.

Je tiens à remercier tous mes fidèles lecteurs. J'ai créé ce site spécialisé le 1er août 2014 en espérant qu'il soit utile à la compréhension des questions techniques reliées aux gisements de roche mère. Je suis heureux de voir qu'il remplit ce rôle auprès d'un nombre toujours croissant. En août 2015, un an après son ouverture, il y avait eu 20 000 vues. Après deux ans, la fréquentation a augmenté de façon significative, notamment en 2016 où il y a eu 10 000 vues par mois comptabilisées sur ce site. Le total cumulatif a dépassé 200 000 en mai 2017, puis 345 000 en juillet 2021. Par la suite, grâce notamment à l'outil de traduction en haut à droite de la page, la fréquentation oscille entre 2000 et 5000/mois, ce qui a permis au site de franchir en 2025 la barre des 400,000 vues cumulées.

Au Québec la fracturation hydraulique est maintenant interdite dans le schiste des Basses-terres du St-Laurent et la menace sur Anticosti a également été écartée; ces deux sujets ne sont plus dans l'actualité. En 2020 moins de lecteurs du Québec fréquentent ces pages, mais mon site rejoint maintenant des lecteurs de partout dans le monde. Les problèmes techniques et environnementaux reliés à la fracturation des gisements d'hydrocarbures disséminés dans leur roche mère sont universels. L'expérience d'ici peut servir aussi ailleurs. Mon "billet mensuel" a été très populaire entre 2014 et 2021; ensuite ces publications ont été plus espacées; les billets ne sont pas interrompus et ils seront encore publiées à l'occasion pour intervenir spécifiquement sur des sujets précis.

La question de la fracturation hydraulique et de l'exploration pour la recherche d'hydrocarbures a finalement été réglée au Québec en 2022. La dernière tentative des promoteurs a été présente le dossier de GNL au Saguenay en 2020 et 2021. Il reste encore dans le paysage d'ici des poursuites intentées devant les tribunaux par des promoteurs déçus.

samedi 11 octobre 2025

Les pétrolières et gazières perdent leur dernier recours

Dans une décision rendue le 9 octobre 2025, la Cour Suprême du Canada rejette la requête Demande d'autorisation, déposée conjointement par les douze compagnies d'exploration pétrolières et gazière:    

Gaspé Énergies inc.  - Resources Utica inc. - Resources Utica Nord-Est inc. - Resources Utica Sud-Ouest inc. - Resources Utica Joly inc.  - Gestion Bernard Lemaire inc.  - Société d’Énergie Questerre   - Développement Pieridae Québec - Énergie Pieridae, - Ressources et énergie Squatex inc. - Pétrolympia inc. - Pétrolympic ltd.  

Ces demandeurs contestaient l'arrêt de la Cour d'Appel du Québec qui a rendu le 22 mai une décision donnant raison à la partie adverse: le Procureur général du Québec, le Ministère de l'économie de l'innovation et de l'énergie et le Gouvernement du Québec.

Cette décision marque l'étape ultime des tentatives des compagnies gazières et pétrolières qui refusaient obstinément de se conformer aux exigences de la loi 21; cette loi promulguée le 12 avril 2022 visait à mettre un point final à l'exploration des hydrocarbures au Québec.

L'exploration des hydrocarbures au Québec, c'est vraiment terminé, il n'y en aura plus, mais les problématiques engendrées par les travaux d'exploration passés demeurent. Le principal problème qui subsistera encore durant des décennies est celui créé par la présence des puits d'exploration. Même quand ils seront finalement fermés, les problèmes de fuites vont persister.

dimanche 9 juin 2024

L'interdiction de l'exploitation du gaz de schiste

Le Québec a opté en 2022 pour une interdiction généralisée de l'exploration et de l'exploitation des hydrocarbures sur son territoire. C'était là un aboutissement d'un processus législatif qui s'est amorcé en 2011 ailleurs dans le monde. Je crois opportun de faire un rappel des lois et règlements qui ont été adoptés ailleurs dans le monde. C'était parfois un moratoire (temporaire et donc non définitif), c'était parfois une interdiction. Le plus souvent ces moratoires et interdictions touchaient la fracturation hydraulique, qui est toujours la méthode indispensable pour arriver à exploiter des gisements de roche-mères.

En Europe

- 2011. La France a été le premier pays à interdire l'exploitation du gaz de schiste par la technique de la fracturation hydraulique (loi Jacob,  13 juillet 2011) qui a évoqué le principe de précaution pour justifier cette interdiction. Ensuite suite à la nécessité de réduire l'exploitation des combustibles fossiles, la France en 2017 a banni tout nouveau projet d'hydrocarbure, ainsi que la fin d'ici 2040 de tout les projets déjà en cours.

- l'année suivante en 2012 la Bulgarie a interdit la fracturation hydraulique en janvier 2012, suite à une forte opposition publique après l'octroi de permis à la cie Chevron.

- 2012. Le Danemark a imposé un moratoire sur la fracturation hydraulique en 2012, ce moratoire est encore en vigueur. En décembre 2020 le pays a aussi annoncé la fin de l'octroi de tout nouveau permis de forage dans la mer du Nord.

2013. Espagne région de la Cantabrie, interdiction de la fracturation hydraulique.

- 2015. Pays-Bas. Le gouvernement néerlandais a décidé de ne pas délivrer de permis pour l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste jusqu'à 2020, décision prolongée par la suite.

- 2017. Irlande. En juillet 2017, l'Irlande a adopté une loi interdisant la fracturation hydraulique sur son territoire. 

- L'Allemagne qui a mis en place un moratoire sur la fracturation hydraulique en 2011, a ensuite transformé ce moratoire en interdiction partielle en 2017, avec une exception pour des projets de recherche, limité à quatre forages pour tout le pays.

- Écosse. Le gouvernement écossais a imposé un moratoire sur la fracturation hydraulique en 2015, suivi d'une interdiction de facto en 2019.

- 2015. Le Pays de Galles (Royaume-Uni)Le Pays de Galles a imposé un moratoire sur la fracturation hydraulique.


Aux États-Unis

En 2012. Le Vermont est devenu le premier État américain à interdire la fracturation hydraulique en 2012. Il est reconnu cependant que cette interdiction est relativement théorique vu q'il n'y a pas de ressources connues de gaz de schiste dans cet État.

En 2014. l'État de New York a officiellement interdit la fracturation hydraulique, après plusieurs années de moratoire. Il y a dans l'État de New-York des réserves liées à la formation de shale du Marcellus, intensivement exploitées dans l'État voisin de Pennsylvanie. Le bannissement de 2014 touchait l'emploi de l'eau (fracturation hydraulique). L'industrie s'est tournée vers une technique alternative encore plus controversée: la fracturation au CO2, un gaz à effet de serre notoire. En 2024, l'État de New-York envisage aussi d'interdire la fracturation au CO2.


Au Canada

- 2011. Le Québec impose un moratoire de facto sur des nouveaux forages dans l'Utica, qui sera suivi en 2018 d'une interdiction de la fracturation dans le shale. Cependant en 2016 le gouvernement avait aussi émis des permis de forage et de fracturation pour trois puits dans l'Île d'Anticosti, qui ne seront heureusement jamais forés; en août 2017 un arrêté ministériel met un point final à cette aventure cul-de-sac à Anticosti.  En avril 2022, la loi 21 promulgue l'interdiction totale de l'exploration et de l'exploitation de tous les gisements potentiels d'hydrocarbures sur l'ensemble du territoire du Québec, avec la révocation/rachat des permis encore existants. Cette loi a au final un impact surtout théorique, car aucune des régions du Québec ne recèle véritablement de gisement notable. L'avantage de la loi 21 est de mettre fin au gaspillage de fonds publics dans diverses aventures non fondées élaborées par des spéculateurs quêteurs de subventions.

- 2014. La Nouvelle-Écosse a interdit la fracturation hydraulique en 2014.

- 2013. Le Nouveau-Brunswick a imposé un moratoire sur la fracturation hydraulique, suite a d'importantes manifestations dont celles de la nation Elsipogtog. En 2023 la province envisage de déposer une loi comme celle du Québec qui interdirait tout projet d'extraction d'hydrocarbures sur son territoire.

La situation législative autour de l'exploitation du gaz de schiste évolue constamment. Plusieurs autres régions et pays ont mis en place des moratoires temporaires ou des interdictions locales en réponse à des préoccupations environnementales et sanitaires. Ces interdictions en en grande majorité, ont été adoptées après qu'une commission scientifique et parlementaire ait remis un rapport défavorable envers l'industrie.

lundi 17 avril 2023

Question de coût

J'ai ajouté une question sur les coûts de gestion des puits aux USA. ChatGPT accepte de donner une estimation assez honnête à cette question:






ChatGPT redonne ce qui existe comme écrits sur les puits abandonnés

Comme c'est le sujet de l'heure, j'ai interrogé l'Intelligence Artificielle de l'heure (CharGPT une version grand public de l'IA). Je sais que ce robot conversationnel a été entrainé avec les millions de pages de textes qui ont été écrits sur un nombre incalculable de sujets. Le robot n'est donc pas un ignorant, même quand on aborde un sujet pointu et très spécialisé.

J'ai voulu vérifier ce qu'il pouvait fournir comme réponse sur la question des fuites des puits d'hydrocarbures. Je dois dire en premier lieu qu'en douze ans dans ce dossier, je n'ai à peu près jamais pu obtenir des réponses sensées, sans faux-fuyants, des rares interlocuteurs spécialistes de l'industrie avec lesquels j'ai pu échanger. Il était manifeste à l'époque que les spécialistes de l'industrie, mes interlocuteurs éventuels, avaient pour consigne de ne pas discuter publiquement de ces questions. J'ai donc été étonné, mais pas complètement surpris, de constater que les questions techniques et les constats d'expert que j'ai fait sur la question de la détérioration des puits abandonnés en fin de production, n'ont jamais été contestés par des experts de l'industrie*. 

ChatGPT n'a pas montré ce type de limitations dans la discussion que j'ai engagé. Il a livré un condensé des propos tenus tant par l'industrie que par les autorités qui réglementent cette industrie. Il répète beaucoup qu'avec des bonnes techniques, de la réglementation et de la surveillance, la question des fuites pourra être gérée. Poussé dans ses retranchements par ma dernière question où j'indique que dans la réalité, ces voeux pieux sont rarement appliqués, ChatGPT l'admet et concède qu'il reste beaucoup à faire. Il y a dans cette dernière partie de l'échange des indices que des textes écrits par des environnementalistes ont également été retenus dans l'apprentissage de ChatGPT.

Je vous laisse constater par vous-même la teneur de cet échange:

En conclusion, l'intelligence artificielle n'a pas de solution miracle pour l'insoluble question des puits abandonnés; elle est capable cependant de tenir une conversation très correcte sur le sujet, en reformulant ce que des interlocuteurs humains optimistes ont déjà écrit sur la question.

Finalement j'ai posé une question sur les coûts de ces puits. Là sa réponse est moins optimiste.

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* À l'exception des deux débats techniques auxquels j'ai participé. Hélas ces débats n'étaient pas sur le même terrain: mes opposants s'étant abstenus de véritable discussions techniques. Ils se sont
limités à vanter les bienfaits d'une industrie créant des emplois, etc.

mercredi 22 février 2023

La poursuite Lone Pine VS Canada - décision finale rendue

La justice est lente, mais elle est arrivée à donner un résultat satisfaisant dans le cas d'une poursuite consécutive à une loi du Québec entrée en vigueur en juin 2011.

En 2011 Junex détenait quatre permis d'exploration d'hydrocarbures le long du fleuve St-Laurent. Pour cette exploration, Junex a fait des ententes avec l'albertaine Canadian Forest Oil, qui deviendra peu après (septembre 2011) Lone Pine Ressources Inc. 

Les quatre permis détenus par Junex en 2011  (image tirée de Affaires mondiales Canada).


L'Assemblée Nationale du Québec adopte la loi 18 qui entre en vigueur le 13 juin 2011 "Loi limitant les activités pétrolières et gazières". Ce texte de loi constitue un modèle de concision et de précision; il ne comporte que cinq articles. Ils ont pour but de révoquer la portion des permis d'exploration qui se situent sous le fleuve St-Laurent et les îles qu'il comporte.

L'article 4 précise qu'il n'y aura "aucune indemnité de la part de l'État". Ce seul petit article revêt une importance capitale.

Évidemment, l'industrie pétrolière et les détenteurs de permis ont menacé l'État de poursuites. Leur contestation choisit de prendre un moyen indirect pour lutter contre la disposition de révocation de permis sans compensation. Lone Pine Resources Inc est une entreprise dont le siège social est en Alberta et ses activités sont au Canada. En raison d'avantages divers, cette entité (LPRI) est cependant enregistrée au Delaware. LPRI lance en février 2015 une poursuite devant le tribunal d'arbitrage de l'ALENA contre le Canada en espérant avoir un bon angle d'attaque en passant par les dispositions du chapitre 11 de l'ALENA, 

Le 21 novembre 2022, le tribunal d'arbitrage rend finalement sa décision. La poursuite de 118,9M U$ est rejetée. L'État n'a pas de compensations à payer pour l'annulation de permis d'exploration d'hydrocarbures, car la loi qui abroge les permis d'exploration n'est pas arbitraire. Le tribunal reconnait que la loi a été votée pour le respect du bien public et de l'environnement. C'est un précédent remarquable qu'aurait pu suivre le gouvernement du Québec à Anticosti, ainsi que plus récemment lors de sa décision d'offrir des compensations pour l'abrogation des permis. Le gouvernement a offert et donné des dizaines de millions de dollars pour des compensations qui sont injustifiées

Le principal motif invoqué par les requérants pour justifier leurs demandes monétaires faramineuses étaient reliés à la "perte de profits anticipés" pour l'extraction du gaz ou du pétrole. On peut également penser que les poursuites, et même les simples menaces de poursuites de ce type, visaient surtout à empêcher les gouvernements d'introduire des lois limitant l'activité de l'industrie extractive. Tout cela s'est déroulé entre 2011 et 2022 avec une très intense activité de lobby auprès des ministères, tant à Québec qu'à Ottawa. À certains moments ce lobby a réussi à influencer très efficacement les gouvernements. Par contre ces derniers ont eu aussi affaire à une opposition citoyenne de mieux en mieux informée. Les gouvernements ont eu des valses hésitations d'un côté et de l'autre. La longue suite des décisions des ministres guidés par leur cohorte de hauts fonctionnaires* dans le dossier hydrocarbures montre un manque de cohérence flagrant. Il en a résulté un bilan très lourd en gaspillage inutile de fonds publics. Lorsqu'on compare la loi 18 de 2011 et celle plus récente d'avril 2022, on constate ce manque de cohérence dans la politique des indemnités.

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* Des "experts" au MERN et MELCC ont utilisé les portes tournantes, passant du gouvernement au lobby, etc.  Dans les documents annexés à la poursuite de LPRI, il y a vers la fin de la liasse un document daté du 8 novembre 2012. Il contient des détails assez intrigants sur le rôle qu'aurait joué des hauts fonctionnaires (MM Sauvé e t J-Y Laliberté du MERN), du moins des promesses assez favorables faites à Junex et LPRI (voir p. 12 du document intitulé "Notice of intention to submit to Arbitration under chapter eleven of the North Americam Free Trade Agrement").

Le centre Québécois du Droit de l'Environnement (CQDE) avait obtenu le 10 septembre 2017 la permission de déposer un mémoire à titre d'ami de la Cour.

samedi 29 octobre 2022

Les fuites dans les puits d'hydrocarbures inactifs ou abandonnés

La question des fuites de méthane dans les puits d'hydrocarbures inactifs ou abandonnés commence à être prise en considération dans les médias. Si vous ne l'avez pas visionné, je vous signale un documentaire récent (oct. 2022) de diffuseurs francophones, qui s'intitule "Les fantômes du pétrole".

Malgré que le titre réfère au pétrole, cette problématique touche de façon plus large tous les puits d'hydrocarbures, pétrole et gaz confondus. Le documentaire montre quelques exemples intéressants de puits abandonnés ou inactifs, en France, aux USA et en mer du Nord notamment. 

Il traite également du cas Aliso Canyon qui se rapporte à une méga fuite dans un puits qui était opérationnel dans une installation de stockage de gaz adjacente à une zone urbanisée près de Los Angeles. Avec le vieillissement des puits, leur corrosion en cours, il y aura de plus en plus de cas similaires qui vont défrayer l'actualité dans les années qui viennent. 

vendredi 22 avril 2022

Un pas historique, mais qui ne règle pas tout

Le 12 avril, le projet de  Loi visant principalement à mettre fin à la recherche et à la production d’hydrocarbures ainsi qu’au financement public de ces activités a été adopté par un vote nettement majoritaire:  Pour 96, Contre 0; il y a eu 10 abstentions. Il s'agit là d'un pas historique qui, souhaitons-le, pourrait être imité par d'autres législations.

Il faut cependant souligner que le Québec n'a jamais été un acteur significatif dans la production d'hydrocarbures. Les spéculations sur le pseudo potentiel du gaz de schiste dans le shale d'Utica, l'aventure du pétrole d'Anticosti, les forages en Gaspésie à Galt, ceux dans les secteurs Bourque et Haldimand, n'auront jamais été autre choses que des aventures fort spéculatives. Elles n'ont jamais démontré qu'elles étaient viables économiquement. Elles n'auraient sans doute jamais démarré sans l'appui soutenu du gouvernement du Québec, un appui législatif ainsi qu'un appui financier très concret. Le gouvernement et Investissement Québec ont injecté en pure perte plus d'une centaine de millions dans ces aventures sans lendemain.

Le potentiel de développement pétrolier et gazier au Québec a de tout temps été considéré faible par les experts reconnus et les grands investisseurs sérieux de cette industrie. Les travaux d'exploration des quinze dernières années n'ont eu lieu qu'en raison d'une certaine frénésie qui s'est emparé de ce marché à partir de 2007 avec l'utilisation généralisée en Amérique du Nord de la fracturation hydraulique. Les spéculateurs ont "vu" des gisements potentiels partout où il y avait du shale. Les autorités gouvernementales du Québec se sont laissés bernés par les spéculateurs et ont embraqué dans cette frénésie d'exploration, d'abord les shales dans les Basses-Terres du St-Laurent, ensuite le shale Macasty à Anticosti.

En 2022, le gouvernement du Québec est revenu sur terre; le potentiel réel d'une industrie extractive des hydrocarbures au Québec ainsi que les impacts négatifs que la simple exploration a causé ont été évalués par des commissions gouvernementales (ÉES, BAPE, etc.). Leurs conclusions et leurs recommandations ont toutes été sans appel; il fallait mettre fin dès que possible à ce coûteux gaspillage de temps et de ressources.

Avec la loi 21 qui met fin aux permis d'exploration et qui s'attaque à la question de la fermeture des puits forés, l'industrie extractive d'hydrocarbures au Québec c'est fini. En réalité, cela n'avait jamais commencé. Les puits de Galt en Gaspésie n'ont produit qu'un très maigre volume de pétrole; comme c'était encore considéré comme une phase expérimentale, le gouvernement n'en a obtenu aucune redevance. Ailleurs le bilan productif est tout simplement zéro. Donc dans la réalité, le Québec tire un trait sur un potentiel qui s'est avéré inexistant. Par contre au passif les chiffres sont plus importants; le gouvernement a subventionné, investi, pris des participations de dizaines de millions, sans compter l'argent public dépensé en études, commissions d'enquête, etc.  La loi 21 met un frein à cette période où les gouvernements qui se sont succédés croyaient fermement à l'établissement de cette industrie extractive et mettaient en oeuvre tous les moyens concrets pour favoriser son développement. Il était plus que temps de réaliser que cette industrie n'avait en fait aucun potentiel de rentabilité et que les intenses pressions du lobby auprès des ministères avaient mené le Québec à les subventionner en pure perte.

Hélas, la loi 21 ne marque pas la fin de la dilapidation de fonds publics. Elle prévoit devoir encore investir $100,000,000 pour payer à l'industrie 75% du coût de fermeture des puits. Elle tente aussi de se prémunir contre des poursuites de la part des détenteurs de permis d'exploration en réservant des fonds pour compenser l'annulation des permis. J'ai trois remarques à faire sur ce point:

1) Offrir des compensations pour des dépenses spéculatives constitue une grave erreur; c'est une erreur qui a été faite à Anticosti mais ce n'est pas une raison pour la répéter. Offrir ces compensations n'arrêtera pas l'appétit des spéculateurs. Cela va plutôt les encourager à demander encore plus d'argent et cela n'empêchera aucunement les poursuites.

2) Les dépenses soit disant d'exploration faites par les détenteurs de permis ont été le plus souvent, soit déjà largement compensées par des avantages fiscaux de la part des deux ordres de gouvernements, soit des dépenses visant non pas des actifs tangibles en exploitation/exploration géologique, mais bien autre chose comme du lobbying dans un contexte où l'acceptabilité sociale est quasi nulle. C'est particulièrement le cas après le moratoire effectif de 2011, comme le démontre l'analyse du professeur Éric Pineault.

3) Financer 75% du coût de la fermeture "définitive" des puits en espérant régler définitivement cette question, c'est aussi une grande illusion. Le coût de gestion des puits après fermeture sera non négligeable. L'industrie le sait très bien; elle a contribué à façonner dans les États où elle existe des législations qui toutes lui permettent de transférer les puits au domaine public une fois qu'elle a extrait la portion rentable de la ressource. Mais ce n'est jamais la fin des fuites. J'avais écrit dans mon mémoire au BAPE en 2014 ceci:

Revoir la règlementation sur les puits de façon radicale, en éliminant par exemple le retour des puits au domaine public. Si les risques à moyen et long termes après l’abandon des puits sont nuls comme le laisse entendre les promoteurs, laissons leur en la pleine responsabilité. Des permis d’exploitation avec une règle rendant l’exploitant totalement responsable de son puits pour 99 ans par exemple. Pas de fermeture en fin d’exploitation commerciale, mais une période de 99 ans à compléter pour l’ausculter, vérifier que le débit de gaz est toujours zéro (cela ne sera pas le cas évidemment… ), réparer ou remplacer les bouchons, tubage, valves pour s’assurer tout ce temps que « le puits doit être laissé dans un état qui empêche l'écoulement des liquides ou des gaz hors du puits ». 


J'avais formulé cette recommandation en 2014, car dans mon esprit cela aurait découragé fortement les détenteurs de permis à forer des nouveaux puits à des fins purement spéculatives.


N.B. À relire aussi mon billet de mai 2021: Mettre fin aux permis d'exploration d'hydrocarbures au Québec.





samedi 19 février 2022

Consultations particulières et auditions publiques sur le projet de loi n° 21

Est-ce la fin des hydrocarbures au Québec?

Mardi 22 février 2022, la Commission de l'agriculture, des pêcheries, de l'énergie et des ressources naturelles commence des consultations particulières et des auditions publiques sur le projet de loi n° 21. Cette loi vise principalement à mettre fin à la recherche et à la production d’hydrocarbures, ainsi qu’au financement public* de ces activités.

La commission a mis en ligne une page pour l'envoi de commentaires et des mémoires.

La commission a choisi d'entendre treize groupes ou associations, plus deux professeurs:

- Fédération québécoise des municipalités

- Front commun pour la transition énergétique

- Environnement vert plus

- Solidarité Gaspésie

- Centre québécois du droit de l'environnement

- Association pétrolière et gazière du Québec

 • M. Richard Ouellet, professeur titulaire à la fac de droit Université Laval

- Institut national de la recherche scientifique 

 • Mme Annie Chaloux, prof. à la fac de Lettres et sc. h., Université de Sherbrooke

- Équiterre 

- Fondation David Suzuki

- Eau Secours

- Mères au front

- Nature Québec

- Greenpeace


Il est possible de voir ces présentations en direct ou en différé.


Sans mettre en doute la compétence de toutes ces personnes, j'espère que la question des puits après leur fermeture sera abordée. Le projet de loi 21 oublie totalement cette question dans ses articles. Les puits même fermés définitivement ne disparaissent pas de la réalité; ils devront être inscrits au passif du Québec.


Hélas cet impact négatif n'est même pas inventorié et évalué; il dépassera sans aucun doute 100M$. La commission d'étude de la loi 21 s'apprête à examiner les articles du projet de loi, et peut-être même discuter des compensations à verser à l'Industrie, alors qu'ils ne disposent même pas des données à inscrire au passif. Pire, personne ne semble avoir pensé à cet aspect de la question au gouvernement. J'aurais bien aimé avoir la chance d'exposer cela il y a six ans, lors d'une occasion qui me fut nommément refusée en 2016: Étude de la loi 106 en commission parlementaire. La semaine prochaine pourrait aussi être une bonne occasion...


Nous allons soumettre à cette commission un mémoire pour en faire un rappel. La Commission indique que les mémoires seront mis en ligne dès qu'il seront reçus et entendus lors des consultations. Je le mettrai également sur cette page-ci dès que possible. 


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* Redondant ici: s'ił n'y a plus d'activités, comment pourrait-t-il y avoir du financement public de ces activités ? Pourquoi mentionner ici du financement public ? À moins qu'il s'agisse d'un lapsus d'écriture, très révélateur: on pense "financement public pour mettre fin à l'activité"?  Encore des fonds publics bientôt dilapidés.


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ADDENDUM du 22 février 2022 -  Je visionne les auditions et je trouve cela très frustrant de constater que tous semble croire qu'une fois les indemnités payés, les puits fermés, etc. qu'il n'y aura plus de problème ! Une très grosse partie de la question est totalement oubliée: le passif que représentent les puits, même fermés avec la technologie "state of the art". Il y en a plus de 800 dans le décor. L'inventaire est mal fait mais ce qu'on sait c'est qu'ils vont devenir problématiques et très couteux à réparer dans dix, quinze ou vingt ans. Les détenteurs de permis empocheront encore des subsides, mais en échange ils transfèrent à l'état des puits qui ont une valeur négative considérable. Il n'est pas exagéré de chiffrer cela entre $50,000 à $1,000,000 par puits. C'est scandaleux.


Avec trois autres collègues, nous avons déposé à la commission un mémoire collectif. La Commission nous avait indiqué qu'il serait mis en ligne sur leur site; comme je n'ai pas vu trace de notre document sur le site de la Commission en date de ce jour, je le place ci-dessous au bénéfice de tous ceux qui seraient intéressés par son contenu: 


Addendum:  les mémoires déposés ont finalement fait leur apparition sur le site de la Commission à ce lien:https://www.assnat.qc.ca/fr/travaux-parlementaires/commissions/CAPERN/mandats/Mandat-47129/memoires-deposes.html



Récemment, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Québec, M. Jonathan Julien, déposait le projet de loi intitulé  Loi visant principalement à mettre fin à la recherche et à la production d’hydrocarbures ainsi qu’au financement public de ces activités. Au dire de son parrain, ce projet de loi concrétise l’engagement pris par le gouvernement du Québec, lors de la COP 26, de renoncer à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures en territoire québécois. Au cœur de ce projet de loi, un juteux programme de compensation pour les titulaires de licence de recherche d’hydrocarbures assorti d’un calendrier pour la fermeture « définitive » de la trentaine de puits de gaz de schiste forés et, dans certains cas fracturés, entre 2004 et 2011. 

 

Le présent texte examine certains enjeux soulevés par ce projet de loi. 

 

Des compensations nécessaires et justifiées ? 

Le ministre Julien prétend qu’une somme de 100 millions de dollars doit être versée aux titulaires des licences octroyés dans le passé pour compenser les travaux réalisés en vain et les coûts administratifs liés à la détention de ces licences. D’emblée, remarquons d’abord que le projet de loi ne limite d’aucune façon la somme totale du pactole proposé et que les sociétés gazières ont des prétentions qui dépassent de très loin les compensations offertes. Aucune garantie n’est donc offerte au public sur les coûts que devront assumer les contribuables québécois. 

 

Ainsi, le projet de loi prévoit le remboursement des dépenses d’exploration encourues. Est-ce bien logique et conforme aux pratiques économiques usuelles? Les détenteurs de licence prétendent réclamer en plus des sommes pour des profits anticipés. Dans ce dernier cas, il faut clore fermement la porte à ce type de demande, car le potentiel exploitable de l’Utica est maintenant établi comme nul[1]. Il n’y aurait pas eu de profits dans un pseudo gisement qui s’est avéré non exploitable de façon rentable dès la fin des travaux d’exploration. 

 

Reste donc la question de la valeur des licences. Est-ce qu’un permis d’exploration qu’on rachète a comme valeur les dépenses encourues par son ancien détenteur? La réponse est négative; une licence d’exploration a, au départ, une valeur très incertaine et hautement spéculative. Elle monte si l’exploitant fait une découverte commercialement rentable; elle tombe à zéro si les conditions d’exploitation rendent toute extraction commercialement non viable.

 

Pour le territoire de l’Utica, c’est le deuxième cas qui s’applique. Aucun acheteur de permis n’investira un cent pour un pseudo gisement maintenant reconnu non exploitable. L’exploration minière comme l’exploration pour les hydrocarbures est constituée d’une longue suite de nombreux échecs, où les dépenses d’exploration de nombreux prospects sont compensées par les autres cas, plus rares, où un gisement très rentable est finalement trouvé. Telle est la logique économique prévalant dans ce secteur, mais telle est aussi la norme à laquelle les sociétés gazières en cause tentent d’échapper au Québec dans la plus pure logique néolibérale qui veut que les profits soient privés et les pertes doivent être assumées par les collectivités.

 

La valeur d’un billet de loterie est, au départ, équivalente, à son coût d’achat. Ensuite, une fois les résultats connus, cette valeur grimpe en flèche, ou tombe à zéro. Dans l’exploration géologique, ce changement de valeur n’est pas aussi instantané, car l’exploration se fait sur une plus longue période, généralement des années; mais il y a là aussi, au final, plus de cas perdants que de cas gagnants. Les travaux d’exploration ont démontré que le potentiel gazier n’était pas suffisant pour rendre le « gisement » de l’Utica exploitable. Tous les investisseurs du domaine des ressources minérales connaissent et acceptent, au départ, les règles du jeu. 

 

Divers autres facteurs s’ajoutaient à cette démarche spéculative entreprise en 2007: le contexte socio-démographique d’un potentiel gisement situé en plein centre de la zone la plus densément habitée du Québec. On savait ou aurait dû savoir qu’une politique extractive controversée était encore à établir, à rendre socialement acceptable, que des renversements étaient possibles, ce qui ajoutait une dimension politique au caractère spéculatif des investissements en exploration. 

 

Pour toutes ces raisons, le gouvernement ne devrait pas verser un cent de compensation. Il en a le droit plein et entier, voire le devoir de mettre fin au potentiel spéculatif de l’extraction d’hydrocarbures en territoire québécois. 

 

Les licences de recherche d’hydrocarbures ont cependant conservé pour certains spéculateurs ambitieux et gourmands une valeur qui n’a rien à voir avec le potentiel présumé d’un pseudo gisement : il s’agit de les garder ou de les racheter pour tenter de négocier des compensations auprès d’un gouvernement naïf ou complaisant. Il est vrai que tous les gouvernements qui se sont succédés au Québec depuis 15 ans ont adopté cette attitude. Le gouvernement a créé un précédent dangereux et inacceptable en payant pour annuler les licences octroyées pour la recherche d’hydrocarbures sur le territoire de l’île d’Anticosti. C’était une grave erreur; elle fournit maintenant une valeur spéculative à des permis qui autrement ne vaudraient plus rien. 

 

Des sociétés gazières déjà largement compensées ? 

Dans le cas où le gouvernement souhaiterait, malgré toute logique économique à l’effet contraire, compenser l’annulation des licences pour ainsi se donner une image respectable auprès de l’industrie, il faut lui rappeler que les dépenses d’exploration qu’il s’apprête à rembourser ont déjà fait l’objet de compensations gouvernementales généreuses.

 

Lors de la 2e Conférence de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) en octobre 2010, il y a eu des présentations qui toutes tendaient à démontrer un avenir radieux pour l’exploration pétrole et gaz au Québec. Une de ces présentations comparait les divers contextes économiques et fiscaux des dépenses dans les principales régions où cette industrie démarrait : le Québec arrivait en tête des États les plus généreux avec l’industrie gazière et pétrolière, comme le montraient les déductions et congés fiscaux, octroyés, les subventions directes et les prises de participation significatives dans ces projets. Mentionnons encore les redevances ridicules exigées par l’État sur une éventuelle production gazière ou pétrolière (ce qui a d’ailleurs permis à Junex d’extraire plus de 12 000 barils de pétrole sans rien verser à l’État québécois). 

 

Comme on peut le constater, les avantages consentis combinés aux subventions et aux avantages fiscaux octroyés à l’industrie d’exploration et provenant des deux gouvernements (Québec et Ottawa) ont constitué un fort incitatif pour l’exploration au Québec. Ce ne sont pas les dépenses brutes d’exploration qu’il faut examiner pour un calcul de compensations éventuelles. Une bonne part de ces dépenses ont déjà été remboursées ou assumées par les gouvernements. Il ne faudrait donc pas payer deux fois ce qui a déjà été donné sous forme d’avantages divers. 

 

Un legs négatif dont il faut tenir compte

Les sites miniers abandonnés sont inscrits au passif du Québec; l'estimé conservateur et encore incomplet chiffrait cette valeur négative à 1,2G$ en 2019. Le Québec n'a pas encore fait d'évaluation comptable comparable pour les puits d'exploration de pétrole et de gaz.  Avant d’offrir de généreuses compensations, et ce, de façon irréfléchie aux détenteurs de licences d'exploration, le gouvernement doit impérativement attribuer une valeur négative à chacun des puits existants sur le territoire de ces permis.  Un puits qui aura coûté 12M$ à forer peut éventuellement devenir problématique quelques décennies plus tard. L'intervention requise pour tenter de colmater ce puits corrodé pourra s'avérer extrêmement coûteuse et se chiffrer en millions de dollars. Le rapport[2] sur la question du gaz de schiste du Conseil des Académies Canadiennes reconnait de plus qu’il faudra prévoir des réparations de réparations de ces puits et qu’ils devront être surveillés sur des siècles. Cela s’applique à tous les puits, y compris les puits fermés et ceux qui connaitront une fermeture prochaine. Des inventaires sur des milliers de puits fermés entre 1 et 40 ans ont montré qu’avec le temps la proportion de puits détériorés et donnant des fuites augmente avec les années[3]. Un puits classé « fermé définitivement » ne disparaît pas pour autant; c’est une structure souterraine longue de plusieurs centaines à quelques milliers de mètres qui se dégrade avec le temps[4]. C’est un passif important[5] légué aux prochaines générations. Ces nuisances environnementales se retrouvent transférées à la charge de l'État sans que leur bilan négatif soit établi. Le projet de loi 21 passe totalement à côté de cette problématique. Dans d’autres pays et provinces les exploitants doivent contribuer à un fonds dédié à cette question.

 

Des projets pilotes réalistes ?

Les rédacteurs du projet de loi 21 ont placé dans l­eur texte un très étrange chapitre VI  intitulé  - Projets Pilotes - .    Ce chapitre compte quatre articles (nous soulignons pour des renvois aux notes en bas de page)

42. Un projet pilote mis en œuvre en vertu du présent chapitre ne peut avoir pour effet de permettre la recherche d’hydrocarbures ou de réservoirs souterrains, la production d’hydrocarbures ou l’exploitation de la saumure. 

43. Le ministre peut, par arrêté, autoriser la mise en œuvre d’un projet pilote afin d’acquérir des connaissances géoscientifiques relatives : 

  1° au potentiel de séquestration de dioxyde de carbone; 

  2° au potentiel de stockage d’hydrogène produit à partir d’une source d’énergie renouvelable; 

  3° au potentiel de géothermie profonde; 

  4° au potentiel en minéraux critiques et stratégiques de la saumure; 

 5° à toute autre activité qui favorise la transition énergétique ou qui participe à l’atteinte des objectifs de lutte contre les changements climatiques. 

Le ministre détermine les normes et les obligations applicables dans le cadre d’un projet pilote, lesquelles peuvent différer des normes et des obligations prévues par la présente loi[6] ou par un règlement pris pour son application. Il peut également déterminer, parmi les dispositions du projet pilote, celles dont la violation constitue une infraction. 

44. Un projet pilote a une durée maximale de trois ans que le ministre peut, s’il le juge nécessaire, prolonger d’au plus deux ans. Le ministre peut, en tout temps, modifier un projet pilote ou y mettre fin. 

45. Le cas échéant, le ministre détermine, dans l’arrêté́ qui autorise la mise en œuvre du projet pilote, la personne responsable de la fermeture définitive de puits et de la restauration de site conformément aux dispositions de la présente loi, avec les adaptations nécessaires[7], ainsi que les délais impartis.

 

Nous n’avons connaissance que d’un seul projet pilote: celui que les six lobbyistes de Questerre Energy de Calgary tentent de vendre au gouvernement du Québec. Ce projet servirait à tester le stockage du CO2 dans des puits déjà forés. Questerre s’est porté acquéreur de 3200km2 de permis délaissés par les autres qui, dès 2012 – 2013, ont abandonné l’idée de développer le gaz de schiste[8] dans les Basses-terres du St-Laurent. Le projet encore mal défini de Questerre situé dans la région de Bécancour s'appuie sur une entente récente avec le chef du Conseil de la nation Waban Akis  de Wôlinak.

 

Prétendant participer activement à la lutte contre les dérèglements climatiques, le gouvernement ouvre la porte à certains projets pilotes de séquestration des GES en utilisant les puits forés dans l’Utica. Il faut dire que certains spéculateurs ont fait miroiter cette possibilité avec, à la clef, des compensations importantes pour les municipalités ou les communautés qui consentiraient à autoriser un tel projet sur leur territoire. Scientifiquement, ces dispositions législatives sont tout aussi farfelues que les rêves de richesse par l’exploitation des hydrocarbures au Québec.

 

Le stockage du CO2 dans le roc profond peut se réaliser dans des conditions géologiques bien particulières; certaines formations rocheuses comme le grès de Postdam ont dans certaines de leurs strates et de façon naturelle des porosité élevées (20% à 25%). Ces couches constitueraient des cibles éventuelles pour du stockage de CO2. Ces strates poreuses sont le plus souvent des aquifères non exploitables en raison de la très grande salinité de l’eau qu’elles contiennent. 

 

Les shales se situent à l'autre bout du spectre des porosités et perméabilité. Dans le cas des gisements diffus de gaz de schiste, la porosité est très faible et la perméabilité est quasi nulle; c’est la raison pour laquelle il faut avoir recours à la fracturation hydraulique pour modifier de façon draconienne le shale et espérer pouvoir en extraire une partie (10% à 15%) du gaz emprisonné.

 

Quand on injecte 20 millions de litres pour fracturer le shale gazifère dans un puits horizontal long de 1200m, on ajoute une très infime valeur de l'ordre de 0,04%[9] à la porosité existante, qui elle peut valoir 0,5% à 2% dans les shales. Les puits qui existent dans la région de Bécancour, comme tous les autres forés durant la période d'exploration pour les gaz de schiste dans l'Utica (29 puits, dont 18 ont eu la fracturation) ne constituent pas des puits qu'on pourrait reconvertir pour du stockage de CO2.  Le prétendre apparait comme une astuce non scientifique qui vise d'autres objectifs, qui peuvent être de se soustraire à l'obligation de fermeture définitive des puits.

 

Il n’est pas approprié de placer dans la loi qui se rapporte à la fermeture des puits d’hydrocarbures un chapitre qui ne peut absolument pas concerner la reconversion de puits de gaz de schiste. Le lobby pour le projet pilote de Questerre a réussi à faire inclure dans la loi 21 un chapitre incongru qui leur permettra peut-être d’échapper à l’obligation de fermeture définitive des puits. Cela démontre encore une fois que le législateur est perméable à ce type de pression et cela se fait au détriment de la logique et des objectifs de la loi.

 

En 2014 la rédaction du RPEP (Règlement sur le Prélèvement des Eaux et leur Protection) avait subi les effets du même type de pression de la part du lobby pétrolier de l’époque. Ce règlement, qui visait dans son essence la protection des eaux souterraines, s’est vu ajouter de façon tout à fait incongrue, dans son chapitre V une section de sept articles consacrée à la fracturation hydraulique dans les puits d’hydrocarbures[10]. À l’époque Pétrolia avait de nombreux lobbyistes qui grenouillaient dans les ministères pour faire ajuster les lois et les règlements en cours d’élaboration en fonction des besoins de l’époque. L’extraction des hydrocarbures de schiste à Anticosti n’avait strictement rien à voir avec la protection des eaux, bien au contraire; pourtant la vision des promoteurs de l’heure a fait que ces articles ont été intégrés au RPEP.

 

Nous avons lutté sans relâche durant huit ans pour faire invalider ces articles du RPEP. En 2022 le gouvernement dans un virage à 180° pense maintenant mettre fin à l’exploration des hydrocarbures. La loi 21 comporte un article qui abroge enfin dans le règlement sur les eaux les dispositions conçues pour la fracturation hydraulique:

114. La section IV du chapitre V de ce règlement, comprenant les articles 40 à 46, est abrogée

Cela a pris huit ans pour corriger cette aberration. Cependant cette même loi 21 refait le même genre d’erreur avec ses articles 42 à 45 sur les projets pilotes. Le stockage de CO2 n’a rien à voir avec des puits forés dans le shale pour du gaz de schiste.

 

La transparence indispensable

Les citoyens et les collectivités doivent vivre maintenant et à jamais avec la présence de puits réalisés pour l’exploration d’hydrocarbures. Pourtant réalisés dans l’espace public (i.e. le milieu souterrain), l’accès à des données cruciales[11] sur ces puits nous a été régulièrement refusé en invoquant les articles de la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels. C’était là un abus manifeste au MERN et une interprétation très biaisée en faveur de l’industrie.

 

Nous demandons l’ajout de deux articles explicites pour mettre fin à ce blocage de l’information relative aux puits, qu’ils aient été désignés par le terme forage, ou par l’expression sondage stratigraphique[12].

-        Premier article : les détenteurs de permis actuels ou passés doivent déposer tous les documents relatifs aux forages, notamment les documents qui traitent des travaux de complétion et de fracturation, si ces documents n’ont pas déjà été transmis à l’époque ou leur dépôt était facultatif.

-        Deuxième article : tous les documents relatifs aux travaux et inspections sur les puits ont un caractère public et les délais antérieurement prévus pour leur divulgation cesse dès l’adoption de la loi. 

 

Conclusion

Comme scientifiques indépendants engagés dans le soutien aux municipalités et aux citoyens et citoyennes inquiets des conséquences environnementales d’un tel développement, nous ne pouvons qu’applaudir à l’abandon de la recherche d’hydrocarbures, mais, en même temps, nous devons réclamer des amendements à un projet de loi qui, une fois de plus, fait la part belle à ces spéculateurs en mal de gains obtenus sans cause légitime. L’actuel gouvernement a la responsabilité pleine et entière de régler ce fiasco économique et environnemental où près des centaines de millions de dollars d’argent public a été gaspillé. Les députés de la CAQ avaient voté en 2016, en troisième lecture et sous le bâillon, en faveur de l’adoption de la Loi sur les hydrocarbures[13] qu’on veut maintenant abroger. C’est cette loi qui suggère au gouvernement d’indemniser les détenteurs de permis s’il y porte atteinte. Ce qui place aujourd’hui le gouvernement en position de faiblesse pour négocier. Le gouvernement de Pauline Marois a malheureusement créé un précédent dangereux. Quant aux Libéraux qui ont « donné » les permis, inondé ces spéculateurs de subventions, de participations financières avantageuses, en plus de préparer le cadre de politique publique et législatif que le syndicat des ingénieurs a dénoncé. Il y a donc un aveuglement volontaire de tous les gouvernements qui se sont succédés depuis 15 ans et qui, aidés par un groupe de hauts fonctionnaires et de certains autres au service d’intérêts privés, ont cru à ces projets dont nous avions pourtant démontré le caractère chimérique, dès 2011.



[2] Conseil des académies canadiennes (CAC) 2014. Incidences environnementales liées à l’extraction du gaz de schiste au Canada, 266p. Voir p. 228 de ce rapport le texte cité : « la nécessité́ d’une surveillance à perpétuité́, car même après qu’on ait réparé́ d’anciens puits présentant des fuites, les réparations du ciment pourraient elles-mêmes se détériorer ».

[3] Brufatto et al 2003, From Mud to Cement—Building Gas Wells,  Oilfield Review, Sept 2003, pp 62-76

[4] Aucune des techniques disponibles n’apporte de solution aux fuites de gaz et autres composés fluides. C’est un problème connu qui perdure et augmente avec le temps.

[5] Les puits fracturés dans l’Utica, les autres puits en Gaspésie, Anticosti, les centaines d’autres plus anciens dont on a qu’un inventaire incomplet constituent un passif qui dépassera largement 100M$.

[6] C'est une porte ouverte pour permettre à un détenteur de permis de demander de soustraire à cette loi tout projet qui se prétendrait "projet pilote".

[7] Il y a beaucoup de flou dans ces articles 43 et 45; le ministre s'attribue une latitude qui n'a aucune limite précise définie dans cette loi, ni même un objectif clairement présenté.

[8] Pour des raisons de non rentabilité, le principal détenteur de permis Talisman assume en octobre 2012 la perte 109M$ d’investissement en exploration et forages au Québec

[9] C’est en effet au mieux 20000m3 de vides de volume injecté dans 50 millions de m3 de roc (20 000/50 000 000 = 0,0004 = 0,04%)

[10] Durand, 2014. D’où vient la norme de 400m du RPEP, aussi dans un document vidéo de 19 minutes.

[11] Les rapports portant sur les travaux de complétion des puits, notamment l’étape de la fracturation.

[12] Le MERN a introduit une distinction entre sondage stratigraphique et forage pour contrer une requête du CQDE à propos des autorisations de forages à Anticosti en 2013. Les obligations (autorisation, dépôt de rapport, etc.) relatives aux forages disparaissaient quand le MERN les désignait plutôt comme des sondages stratigraphiques. Les rapports de forage devaient être déposés au MERN et accessibles dans la banque du Système d’information géoscientifique pétrolier et gazier, mais pas ceux des sondages stratigraphiques.