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samedi 28 mars 2026

Marinvest Energy: un projet à la Northvolt ? ou pire ?

Nos politiciens locaux sont malheureusement bien souvent prêts à donner une écoute attentive pour des projets soumis par des promoteurs externes. On ne devrait pas si automatiquement croire toutes les belles promesses quand il s'agit de promoteurs qui n'ont pas les reins très solides. Marinvest Energy est une jeune entreprise créée à Bergen en Norvège en 2020, une société par actions. Est-ce un peu comme Northvolt qui avait lancé un gros projet d'usine de batterie au Québec, mais qui s'est révélée insolvable; le projet d'usine Northvolt a avorté. J'ai demandé à l'IA si cette nouvelle aventure avec Marinvest Energy peut poser un risque semblable. Voici les infos que l'IA a résumées en quelques points importants.

Marinvest Energy AS n’est pas une grande compagnie énergétique classique (comme Equinor), mais plutôt un développeur de projets énergétiques internationaux, avec un focus sur le LNG et la transition énergétique.

Voici une analyse complète et critique de Marinvest Energy AS basée sur les informations les plus récentes disponibles.


Chiffre d’affaires (estimé)

Aucun chiffre d’affaires public disponible, mais on peut estimer :

Indices concrets

  • Entreprise créée en 2020 à Bergen, Norvège Numéro d’enregistrement : 925 067 01
  •  phase développement uniquement 
  • Aucun actif opérationnel connu (pas de terminal construit)
  • Activité = développeur de projets, pas un opérateur
  • Filiale canadienne :  quasi aucun employé (1 seul identifié) 

Estimation réaliste

  • CA actuel : probablement proche de 0 à quelques millions $ max
  • Revenus possibles :
    • études de faisabilité
    • partenariats / financement
    • advisory technique

Donc ce n'est pas une entreprise générant du cash-flow industriel. C'est plutôt une structure “promoteur de mégaprojets”


Projets en cours (connus)

- Projet majeur : Baie-Comeau (Québec)

   Le cœur de leur stratégie actuelle

  Composantes :

  • Usine de liquéfaction de gaz (LNG)
  • Terminal maritime d’export
  • Pipeline d'environ ~1000 km
  • Approvisionnement en gaz de l’Ouest canadien (gaz produit par la fracturation hydraulique)

  Taille :

  • Jusqu’à ~10 millions de tonnes LNG/an
  • Potentiellement 3e plus gros projet LNG au Canada

  Statut :

  • Très préliminaire :
    • pas de dépôt officiel complet 
    • discussions confidentielles avec Ottawa (NDA) 
    • consultations autochtones en cours 

Autres projets ?

Aucun projet concret confirmé ailleurs

  • Pas de projets opérationnels en Europe ou ailleurs
  • Aucun terminal LNG construit à ce jour
  • Positionnement :
    • développeur international
    • mais pipeline de projets très opaque

Donc le projet du Québec est leur projet principal (voire unique)


Analyse de crédibilité

Points positifs: 

Direction issue du secteur (pipeline, LNG)

Positionnement stratégique cohérent (demande européenne LNG)

Soutien exploratoire :

    • discussions fédérales
    • intérêt politique local 

Signaux de risque importants

1. Structure extrêmement légère,  typique des “project developers” sans capacité interne

  • Filiale canadienne : 1 employé connu
  • Aucun effectif significatif public

2. Absence de capacité financière démontrée

  • Aucun chiffre d’affaires
  • Aucun financement annoncé
  • Aucun partenaire industriel majeur connu

  Un projet LNG de cette taille = 10 à 20+ milliards $ - énorme écart entre ambition et moyens

3. Opacité inhabituelle

  • NDA avec le gouvernement fédéral 
  • Très peu d’informations publiques
  • Pas de documentation technique accessible

      Ce type d'opacité est en fait rare pour un projet d’infrastructure majeur


4. Historique de projets similaires échoués

  • Le projet ressemble fortement à :
    • GNL Québec (rejeté)
    • autres projets LNG annulés

 mêmes enjeux :

  • environnement
  • acceptabilité sociale
  • rentabilité

5. Risques réglementaires majeurs

  • Opposition politique et environnementale forte 
  • Enjeux autochtones importants 
  • Processus d’évaluation non commencé
  • probabilité élevée de blocage

Comparaison avec Northvolt (très pertinent)

Tu fais une excellente analogie — mais il y a une différence clé :

Facteur

Northvolt

Marinvest Energy

Financement

milliards levés

inconnu

Partenaires

VW, Goldman Sachs

aucun majeur

Revenus

précommandes batteries

aucun

Capacité technique

usine en construction

aucun actif

Transparence

élevée

faible


Conclusion :
 Marinvest est beaucoup plus risqué que Northvolt à ses débuts

Est-ce qu’il y a un risque similaire (voire pire) ?

       Oui — et probablement plus élevé.

 Raisons clés :

  1. Entreprise beaucoup plus petite et opaque
  2. Aucun financement structuré connu
  3. Projet extrêmement capitalistique
  4. Acceptabilité sociale très incertaine
  5. Historique négatif au Québec pour ce type de projet

Verdict final

Marinvest Energy = promoteur de mégaprojet à stade très précoce, avec faible capacité démontrée

Probabilité réaliste (ordre de grandeur) :

  • Projet réalisé : faible à modérée
  • Retards majeurs : très probable
  • Abandon / transformation : probable

Conclusion claire

-  Le risque d’un scénario type Northvolt (ou pire) est réel
Même possiblement plus élevé, car :

  • moins structuré
  • moins financé
  • moins avancé

J'ajoute à cette évaluation une dernière question: il y a des centaines d'installations dans le monde, des terminaux de liquéfaction GNL, répartis dans 25 pays, principalement dans le golfe persique. Comment se fait-il que Marinvest Energy ne soit lié à aucun projet, sauf celui proposé au stade très préliminaire à Baie-Comeau? Si sa technologie est si prometteuse, comment se fait-il que jusqu'ici aucun autre projet récent n'y soit associé?

- En opération en 2024, il y a 90 usines GNL d'une capacité combinée de 490 millions de tonnes/an.

- En construction: 18 projets avec une capacité totale annuelle de plus de 200 millions de tonnes.

- En projet: 150 à 300 projets étudiés dans le passé ou en cours d'étude dans le monde.

Aux États-Unis seulement, il y en a 28. dont 25 proposés pour la courte période 2020-2024. Ils sont donc très nombreux mais il faut dire qu'historiquement moins de 20% des projets sont réalisés. La période actuelle indique une surchauffe, une vague historique dans le nombre d'installations GNL projetées depuis le début de la guerre en Ukraine. Cela amène un risque de surcapacité par rapport à la demande mondiale après 2030; la proportion historique de projets avortés va très probablement passer à une valeur bien plus faible que 20%. 

En conclusion, quelle est la probabilité que le projet de Marinvest Energy pour un terminal GNL à Baie Comeau ainsi qu'au gazoduc d'alimentation, se rende à l'étape finale?   réponse : probabilité nulle. Mais par contre quelle est la probabilité que Marinvest Energy obtienne un soutien politique (réglementaire, subventions, etc.) pour démarrer les études de ce projet terminal GNL/gazoduc transprovincial?   réponse : probabilité non nulle pour principalement deux raisons: le préjugé très favorable du gouvernement Carney à Ottawa pour des projets énergétiques et les tendances actuelles vers un allègement des contraintes environnementales tant à Ottawa qu'à Québec. Il est donc encore possible de voir à nouveau des fonds publics gaspillés inutilement dans des projets d'hydrocarbures qui n'aboutiront qu'à un cul-de-sac.

vendredi 10 mars 2023

GNL Québec devant un tribunal d'arbitrage de la Banque Mondiale

On pourrait légitimement penser que la saga GNL Québec s'est terminée en février 2022 quand l'Agence fédérale d'Évaluation d'Impact a entériné son rapport qui confirmait les conclusions auxquelles le gouvernement du Québec était lui-même arrivé en 2021. Ce n'est hélas pas le cas. Le journaliste Pascal Girard de Radio-Canada nous apprenait le 10 mars 2023 que les promoteurs de GNLQ et de Gazoduq venaient de déposer une plainte au Centre international pour le règlements des différents relatifs aux investissements (CIRDI) de la Banque Mondiale. Le réclamant, Ruby River Capital LLC, invoque les deux accords économiques liant le Canada et les États-Unis : North American Free Trade Agreement (ALÉNA) et l'accord plus récent du 1er juillet 2020 United States-Mexico-Canada Agreement.

Cette histoire commence à ressembler à ce qui s'est passé avec la compagnie Lone Pine Ressources qui avait déposé à l'ALENA une poursuite de 119 millions U$ contre le gouvernement du Canada. Cette fois-ci la réclamation atteint 20 milliards U$. Ces accords commerciaux continuent donc de servir de contre-pouvoir face aux décisions environnementales des gouvernements élus. Même si ces poursuites par leur caractère manifestement outrancier ont peu de chance de rapporter les sommes réclamées, elles exercent néanmoins une forte pression sur les gouvernements pendant les très longues années que durent ces procédures.

mercredi 31 août 2022

GNL après les élections ?

Je lis ce matin un texte de Louis Blouin sur le site des nouvelles de Radio-Canada qui traite d'une éventuelle relance du projet d'usine de liquéfaction de GNL Québec au Saguenay. Dès le 4e paragraphe on peut s'inquiéter : le cabinet de Fitzgibbon aurait laissé savoir qu’après les élections provinciales, il y aurait une volonté de la part de Québec de reconsidérer et d’accélérer le projet, si la Coalition avenir Québec est réélue "

Il est entendu que la CAQ ne souhaitait pas traiter ce sujet pendant la campagne électorale. François Legault a rapidement réagi en réitérant que ce projet ne verrait pas le jour au Québec. Mais après, une fois les élections passées, est-il possible qu'un projet comparable prenne vie? Le lobby de GNL Québec se fait discret, mais il demeure actif. Le cabinet du ministre Fitzgibbon a précisé que des projets énergétiques ont été étudiés à l'invitation du gouvernement fédéral lors de la préparation de la visite du chancelier de l'Allemagne.

Nous devons donc demeurer vigilants quant aux faux arguments qui seront véhiculés dans les médias au cours des prochains jours dans ce dossier, notamment parce qu'un des cinq partis se fait ouvertement promoteur du gaz de schiste. L'Europe a besoin de s'affranchir du gaz russe dans le contexte de la guerre en Ukraine, c'est un fait, mais cela ne fait pas disparaitre les impacts environnementaux que nous avons exposés et qui ont alimenté le contenu final du rapport du BAPE publié en mars 2021, ainsi que celui de l'Agence d'évaluation d'impact du Canada en février 2022.

L'Allemagne, comme bien d'autres pays européens, a fermé la porte à l'exploitation de ses propres gisements de gaz de schiste, qui auraient pu être branchés directement à ses réseaux de distribution sans passer par l'étape de liquéfaction. Il n'y a donc aucune logique à importer de l'Ouest canadien du gaz de schiste extrait par la fracturation hydraulique dans des milliers de puits. Il en faudrait 14000 en Alberta et Colombie-Britannique pour alimenter une usine de liquéfaction comme celle qui était proposée au Saguenay. S'il n'est pas envisageable d'extraire ce gaz par fracturation hydraulique en Allemagne même, il l'est encore moins de le faire dans l'Ouest du pays.  Le gaz devrait ensuite transiter à travers tout le Canada, pour être liquéfié dans une usine au Saguenay, ou ailleurs sur la côte Est. Il ne pourrait être transporté outre-Atlantique que préalablement liquéfié. En Allemagne, il serait remis sous sa forme gazeuse pour alimenter ensuite les gazoducs locaux.

L'Allemagne produisait récemment du gaz à l'interne pour environ 15% de ses besoins; le reste (83 Gm3) était importé. L'Agence Internationale de l'Énergie (IEA) indique qu'il y a 144 milliards de m3 de gaz volontairement perdu par torchage et par fuites aux évents chaque année aux puits de pétrole dans le monde (flairing and venting, chiffres de 2021). Cela correspond à une fois et demi la quantité de gaz utilisé en Allemagne annuellement. Le pays cherche évidemment à réduire de façon drastique ses importations de gaz. L'organisme Global Gas Flairing Tracker où l'Allemagne s'implique, tente de faire comprendre aux pays producteurs de pétrole l'intérêt de réduire le gaspillage du gaz naturel et tient à jour la liste des pays où se produisent les plus importantes émissions. Dans bien des cas, ce gaz pourrait être capté et acheminé aux pays qui en auront encore besoin durant les prochaines décennies. Il devient non pertinent de démarrer de nouveaux champs d'extraction ailleurs dans le monde.

lundi 7 février 2022

GNLQ - le dernier clou dans le cercueil

Le ministre fédéral de l'Environnement a entériné la rapport final de l'Agence d'Évaluation d'Impact du Canada  (AEIC). Le document signé Steven Guilbeault est celui-ci:

https://iaac-aeic.gc.ca/050/documents/p80115/142756F.pdf

Ce dédoublement de procédure typiquement canadien, n'a donc rien changé à la mort de ce projet signifié il y a six mois (juillet 2021) par le gouvernement du Québec. La publication du rapport du BAPE, qui contenait déjà toutes les bonnes raisons d'enterrer ce projet, date quant à elle de mars 2021. 

mardi 20 juillet 2021

Décision du gouvernement sur GNLQ

La nouvelle de ce mardi 20 juillet porte sur l'annonce que fera le ministre Benoit Charrette demain mercredi à Saguenay à propos du projet GNLQ étudié par le BAPE, dont le rapport défavorable a été rendu public le 24 mars dernier. 

Les gouvernements prennent toujours leurs décisions sur des considérations politiques avant tout, rarement sur les seuls arguments des analyses fournies par les scientifiques*. Les créations d'emploi, les investissements dans des régions qui en ont un grand besoin, etc. ont un poids politique qui a jusqu'ici guidé les prises de positions du premier ministre à propos de GNL Québec.

Cette fois-ci cependant, même en regard d'un point de vue strictement politique, les scientifiques et l'opposition citoyenne telle qu'exprimée dans la très grande participation au processus de consultation du BAPE ont formé un bloc puissant opposé à ce projet. Est-ce que cette opposition aura eu aux yeux du Conseil des ministres un poids politique assez fort pour renverser leurs prises de position antérieures?  La réponse ce mercredi à 15h à l'hôtel Montagnais à Saguenay.

Je commenterai plus en détails la décision une fois qu'elle sera rendue.

21 juillet 15h10, fin de l'attente c'est NON au projet GNLQ. Le ministre Benoit Charette vient de le confirmer en conférence de presse. C'est en répondant à une question d'une journaliste de TVA que le ministre Charette a précisé que c'était un refus définitif pour ce projet. Le projet GNLQ ne rencontrait aucune des trois conditions qui aux yeux du gouvernement l'aurait rendu acceptable. Il a reconnu que son gouvernement avait initialement appuyé ce projet, mais que cet appui était conditionnel à ces trois conditions.

Le ministre Charette a répondu à une autre question portant sur l'autre élément: GAZODUQ. Ce deuxième projet étant relié à GNLQ, il tombe à l'eau automatiquement. Les communautés des premières nations ont récemment signifié un refus définitif à un gazoduc qui aurait à traverser leur territoire.

Vers la fin de la période de questions, le ministre précise que le décret du refus sera publié à la Gazette officielle d'ici deux à trois semaines; il ajoute que les éléments du dossier, les questions du gouvernement au promoteur seront publiées dans les prochains jours. Il résume cette partie du dossier en disant que les réponses du promoteur n'étaient pas du tout satisfaisantes.

Les feux de forêt dans les provinces de l'Ouest nous rappellent que l'impact des combustibles fossiles constitue dès maintenant une réalité qu'on ne peut passer sous le tapis. Faut-il attendre que ce soit les forêts du Saguenay qui s'embrasent à leur tour pour convaincre les promoteurs locaux que des projets impliquant l'expansion de la production de pétrole ou de gaz ne sont plus envisageables? Ils sont déçus pour les jobs que promettait GNLQ. On ne peut pas en 2021 fonctionner comme dans les années cinquante et accepter n'importe quoi sur ce seul argument de jobs à créer.

Le Québec n'ouvre pas son territoire pour permettre l'expansion de nouveaux pipelines et gazoducs. Ceux qui existent déjà fourniront encore quelques décennies les besoins en combustibles, mais tous les nouveaux investissement doivent aller dans des projets qui diminueront leur utilisation, pas le contraire.

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* Un cas très concret du peu de poids accordé aux arguments scientifiques, c'est par exemple le fait que seuls les promoteurs ont prétendu que le projet GNLQ permettrait une diminution de l'impact des gaz à effet de serre. Tous les scientifiques ont exprimé un avis contraire; pourtant le premier ministre a cru et a exprimé pour deux projets distincts un avis concordant avec celui des promoteurs sur cette question précise: en septembre 2020 pour GNLQ et même tout récemment en avril 2021 Goldboro GNL.

Un autre élément qui laisse un doute sur la qualité des connaissances scientifiques et de celles l'entourage du ministre, est apparu en fin de la conférence de presse où le ministre répond à la question précise de Keven Doherty à propos du gaz de l'Ouest canadien: "est-ce que c'est possible de voir le gaz comme une énergie de transition?". Il répond: "le gaz naturel dans certaines conditions peut servir d'énergie de transition" (minute 31:30 de la vidéo). Ce mythe que le gaz puisse être une énergie de transition, est faux au point de vue scientifique.

jeudi 7 janvier 2021

2021 sera une année de gros ménage: > Trump - Covid - GNL - etc. > >


Ces jours-ci se termine le très désastreux règne des quatre années de trumpisme; d'ici 15 jours les américains vont amorcer un très gros ménage de tous le débris laissés par cette administration qui a eu un impact rétrograde sur la démocratie de ce grand pays, sur l'environnement, sur la santé de ses citoyens. Je dis "trumpisme" et non pas Trump, car les dégâts, le désordre et les débris à ramasser ne sont pas le fait d'un seul homme: tous les "suiveux", républicains d'extrême droite, complotistes de tout acabit, etc. y ont grandement participé. Quand le plus gros responsable sera sorti de la Maison Blanche, le ménage pourra commencer. Les américains devront réparer bien des structures dans leur pays: la cohésion sociale, la confiance dans les institutions, leur système de santé, et bien d'autres choses. L'année 2021 ne suffira pas à cette tâche.

L'humanité dans son ensemble aura comme travail de l'année 2021 de nettoyer le terrible virus de la covid-19 partout dans le monde et non pas seulement dans les pays développés. Pour les virus, les frontières n'existent pas vraiment; ce ne sont que des barrières peu efficaces qui ne peuvent que retarder temporairement leur progression planétaire. En 2021, une fois que chaque pays aura fait le plein de sa propre vaccination et pour que le ménage sanitaire soit complet sur terre, il faudra qu'émerge une prise en charge de la santé mondiale beaucoup plus efficacement que précédemment.

La question de la dégradation de l'environnement par les trop grandes émissions de gaz à effet de serre et par les rejets de nos multiples contaminants industriels dans les milieux de vie de la biosphère (sols, eau, atmosphère) va demeurer en 2021 et pour encore bien des années à venir, la plus grande menace pour l'humanité. Chaque individu, chaque ville, chaque pays doit en devenir conscient dans ses décisions courantes. C'est très loin d'en être le cas actuellement; prenons simplement comme exemple les décisions qu'on devra prendre cette année au Québec dans le cas de la lutte aux changements climatiques. Comment se fait-il qu'on doivent encore militer si fort pour balayer hors du Québec un projet d'expansion de la production de gaz de l'Ouest comme GNL Saguenay? * Je souhaiterais qu'on fasse un très gros ménage en 2021 dans les projets, dans les politiques, dans les règlements mis en place au cours des dix dernières années. On pourrait commencer par un gros coup de balai dans les lois et règlements qui ont été adoptés pendant la période où des promoteurs ont fait miroiter des projets de développement pétrolier et gazier.  Je pense notamment aux articles de la loi 106, au RPEP, aux règlements reliés à la loi sur les hydrocarbures et plus spécifiquement à tous leurs articles où le développement pétrolier et gazier est encore permis et facilité.

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* Les coups de balais sont déjà commencés chez GNL

dimanche 8 novembre 2020

À quoi sert le BAPE ?

« Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement informe et consulte les citoyens, enquête, puis avise le ministre responsable de l'Environnement sur les dossiers qu'il lui confie, afin d'éclairer la prise de décision gouvernementale ». Tout est dit dans cette phrase qui décrit le BAPE sur son site. 

Les quatre verbes énumèrent en fait les quatre étapes du travail d’une commission du BAPE.

1 - Le BAPE informe de deux façons; il y a la documentation mise en ligne sur le site web, que le public est invité à consulter pour s’informer. Il y a aussi les séances publiques de la première étape qui visent à présenter le projet et à répondre aux questions du public. Ici il y a deux gros « bugs » :

a) Lors de la première étape d’information, la documentation des dernières commissions du BAPE ne comporte plus des avis d’experts indépendants. La documentation principale est maintenant constituée par les documents déposés par le promoteur, par les études d’impact requises au dépôt du dossier, études qu’il a commandées et payées lui-même. Créé en 1978, le BAPE a dans ses premières années commandé des études indépendantes et des contre-expertises face aux documents du promoteur, mais ce n’est plus le cas actuellement. Des contre-expertises viendront à une étape ultérieure, celle de la consultation. Elles seront présentées par des experts indépendants qui trouveront encore le temps et l’énergie pour analyser divers aspects du projet et qui seront assez généreux de leur temps pour effectuer toutes ces recherches et rédiger leur mémoire bénévolement.

b) Les séances d’informations sont parfois assez pénibles; c’est un fourretout d’informations et de questions du public.  On y obtient parfois des réponses, parfois non, tout dépend de la compétence des représentants du gouvernement qui sont présents et des représentants du promoteur. On est ici en plein dans une opération de gestion de l’image et ceux qui répondent aux questions sont le plus souvent des porte-paroles, des professionnels en communication, rarement des experts compétents sur les questions techniques majeures du dossier. À cette étape, c’est parfois une réponse vague « vu que celui qui pourrait répondre plus scientifiquement à votre question n’est pas là … », ou alors la question est notée et la réponse viendra d’une lettre d’un fonctionnaire qui sera ajoutée ponctuellement dans la pile de la documentation. Il n’y a aucun expert indépendant impliqué sur le panel de la commission dans cette partie des audiences, qui pourrait répondre et nuancer les réponses fournies; il en découle parfois que les séances d’informations se transforment alors en opposition acerbe entre la salle et le panel.

2 - Cette opération complété, le BAPE consulte : on demande au citoyen de donner son avis sur la base d’informations et de documents essentiellement fournis par le promoteur, ainsi que l’information fournie à l’étape précédente. Les mémoires d’experts indépendants sont rendus publics après la date limite qu’on fixe aux citoyens pour rédiger leur avis. Ces opinions divergentes qui font un examen critique du projet seront entendues pêlemêles dans le flot des interventions de toutes sortes. Toutes les interventions individuelles sont dans la catégorie « préoccupations et opinion de citoyen ». Il s’agit la selon moi d’un gros problème d’équilibre dans l’information qui est fournie. On devrait consulter le public après avoir diffusé une information complète des avis existants, notamment ceux qui relèvent d’une expertise indépendante, c’est-à-dire autre que celle du promoteur et des études payées par le promoteur.

3 - La troisième étape « enquêter » m’apparait bien nébuleuse. Les commissaires font quoi exactement pour enquêter? Appellent-ils des experts indépendants pour complément d’information? Font-ils eux-mêmes des recherches? On comprend bien qu’ils lisent les mémoires déposés, qu’ils en font une synthèse qui sera incluse dans leur rapport final; est-cela l’étape enquêter? Je n’ai personnellement jamais été contacté par aucune des commissions du BAPE auxquelles j’ai participé. Je ne connais aucun collègue non plus pour qui cela aurait été différent.

4 - L’étape nommée aviser, indique bien que le rapport final des commissaires n’est qu’un avis (parmi d’autres?). Le ministre de l’Environnement n’a aucune obligation de suivre une quelconque recommandation. C’est le ministre du MELCC qui au tout début du processus a défini le cadre du mandat donné à la commission du BAPE et c’est lui qui à l’autre bout de la ligne se déclare satisfait ou pas de l’avis qu’il reçoit.

Alors je reviens à ma question du début en la reformulant : à quoi servent toutes ces heures consacrées à analyser les paramètres d’un projet pour arriver à présenter aux commissaires du BAPE un mémoire en bonne et due forme, tout en espérant que cela ait un atome d’impact en bout de processus sur la décision finale du ministre?

Je n’ai pas la réponse. Je fais l’exercice malgré tout, au cas où … Un peu comme mon oncle qui ne croyait plus à la religion, mais qui continuait à aller à la messe une fois l’an, au cas où … 

Il y a par contre un fait indéniable qui demeure : le BAPE fournit depuis plus de 40 ans un espace où les citoyens, les groupes mobilisés dans la société civile et les experts indépendants peuvent faire valoir leur point de vue. L’immense succès de cette participation se traduit en chiffres impressionnants :

  3000 séances publiques

  250 000 participants*

  14 000 mémoires*

  360 rapports publics 
chiffres de 2019,  ref. C. Srivastava

La couverture médiatique de cette vaste participation citoyenne a un impact politique non négligeable. C’est là en soi une autre bonne raison de participer aux audiences du BAPE.

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* Ces nombres de participants et de mémoires en date de 2019 vont certainement augmenter d'un bond, car le BAPE qui se déroule pour GNLC suscite une participation considérable jamais vue.