Vous trouverez avec les onglets en haut de cette page, des liens ordonnés vers mes documents techniques, qui sont également mis en file chronologique ainsi qu'en liste par sujet (dans la colonne de droite sur cette page, plus bas après la liste des pages les plus consultées). L'accès par les onglets offre une présentation différente, qui vise à rendre plus conviviale et plus logique l'accès à ces documents. J'expose dans ces écrits les résultats des analyses que je fais avec une approche totalement indépendante. Il n'y a que la vérité des faits scientifiques qui me motive; je n'ai pas d'intérêts personnels, ni de lien direct ou indirect avec quelque partie liée à ces sujets.
Documents écrits par Marc Durand, Doct-ing* en géologie appliquée et géotechnique, sur le sujet des gisements d'hydrocarbures marginaux exploités de façon non conventionnelle - Un point de vue d'un scientifique indépendant dans l'épineux dossier de la fracturation hydraulique. * Professeur retraité du département des sciences de la Terre et de l'atmosphère, Université du Québec Montréal.
vendredi 1 janvier 2100
Présentation générale du site
Vous trouverez avec les onglets en haut de cette page, des liens ordonnés vers mes documents techniques, qui sont également mis en file chronologique ainsi qu'en liste par sujet (dans la colonne de droite sur cette page, plus bas après la liste des pages les plus consultées). L'accès par les onglets offre une présentation différente, qui vise à rendre plus conviviale et plus logique l'accès à ces documents. J'expose dans ces écrits les résultats des analyses que je fais avec une approche totalement indépendante. Il n'y a que la vérité des faits scientifiques qui me motive; je n'ai pas d'intérêts personnels, ni de lien direct ou indirect avec quelque partie liée à ces sujets.
mardi 1 octobre 2024
Fuites dans les puits d'hydrocarbures en France
J'aime bien personnellement la France; j'y ai vécu trois ans pour y compléter mes études de doctorat et ensuite, j'y ai fait de très nombreux voyages. Les trois derniers séjours (en février 2012, en octobre 2013 ainsi qu'en juin 2016) ont été fait dans le cadre de rencontres sur la fracturation hydraulique et l’exploration pour les hydrocarbures non conventionnels. À chacun de ces trois déplacements, je répondais à des invitations pour participer à des colloques et pour donner des conférences.
La loi du 30 décembre 2017 a mis fin à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures. Six ans plus tôt, la loi du 13 juillet 2011 interdisait déjà la fracturation hydraulique; cela consistait en fait à interdire l’exploration pour les gisements non conventionnels de pétrole ou de gaz. La loi de 2011 abrogeait aussi tous les permis déjà émis pour les projets comportant un recours à la fracturation hydraulique. Entre ces deux dates 2011 et 2017, il y a eu en France d’intenses discussions et des débats entre experts aux visions opposées*. On m’a invité à m’impliquer dans ces débats à titre d’expert indépendant.
Lors du premier colloque du 7 février 2012, un expert local a réagi à ma présentation sur les risques de fuite des puits; il a indiqué péremptoirement qu’en France les puits d’hydrocarbures n’avaient pas de fuite car ils étaient tous « scellés ». À cette époque en réalité, il n’y avait pas de programme d’inventaire et de surveillance systématique de tous les puits en France; c’est sans doute pourquoi les responsables locaux pouvaient affirmer qu’aucun rapport n’indiquait que les puits d’hydrocarbures dans l’hexagone avaient des fuites.
Les débats ont peut-être contribué à la prise de conscience qui est survenue durant les années suivantes car par la suite, je n'ai plus vu ce type d'affirmation. L’Accord de Paris en 2015 a également contribué à changer les mentalités et certaines approches pour l’exploration et l’exploitation des gisements d’hydrocarbures.
En 2015 l’INERIS a entrepris la compilation d’un inventaire des puits anciens. L’INERIS a ajouté en 2018 un autre volet: l’étude des risques et des impacts pouvant résulter de la reconversion des puits d’hydrocarbures en puits géothermiques. La géothermie profonde est largement utilisée en France pour le chauffage de complexes d’habitation notamment.
Le rapport final de l'INERIS a été publié récemment en 2024. C’est un document détaillé et très pertinent pour toute personne qui s’intéresse à la question des fuites dans les puits d’hydrocarbures. Il analyse avec beaucoup de justesse l’évaluation et la catégorisation des divers risques. Il énumère et commente aussi les principaux cas de fuites qui sont survenus dans certains des 12154 puits que comporte l’inventaire. Je n’ai qu’un commentaire critique: le document n’analyse pas le « devenir » des puits, il se limite à une évaluation de l’état actuel de la situation. C’est certes valable et utile comme étude, mais on devrait aussi analyser ce qui sera légué aux prochaines générations comme problèmes pour ces 12154 puits, notamment la gestion des ouvrages légués à l’État et les coûts probables pour le contrôle et la remédiation des fuites.
Le Conseil des Académies Canadiennes dans son rapport de 2014 a intégré dans ses recommandations ma propre évaluation du fait que ces puits devront être gérés à très long terme, qu’ils devront être réparés et que cela implique «la nécessité d’une surveillance à perpétuité, car même après qu’on ait réparé d’anciens puits présentant des fuites, les réparations du ciment pourraient elles-mêmes se détériorer. » CAC 2014 p. 228. Cet aspect de la problématique est absent du rapport de l’INERIS. C’est peut-être du au fait que l’INERIS a reçu le mandat d’analyser aussi l’option de la reconversion en puits géothermiques. Cependant une très faible proportion des puits existants pourraient éventuellement être reconvertis en ouvrages géothermiques permanents; quoi faire avec les autres?
Voici quelques données du rapport sur les puits anciens de France.
Sur la carte de France, on voit qu'il y a quatre régions distinctes:
- 52% des puits sont dans le bassin d'Alsace qui est la région d'exploitation la plus ancienne (Pechelbronn, notamment qui a démarré au 18e siècle).
- 31% des puits dans le grand bassin parisien où a subsisté une exploitation résiduelle ces dernières années.
- 13% des puits pour l'exploitation gazière dans le bassin dAquitaine.
- 4% pour d'autres petits gisements marginaux en Provence, en Lorraine, dans le massif Armoricain et au large en mer (62 puits).
Lors de l'étude, il y avait encore 64 puits en exploitation, un nombre estimé entre 200 et 300 de puits non fermés, mais sans activités. Dans le reste des puits il y a un quart de l'inventaire où il n'y a pas de données; ils sont comptés dans la catégorie puits fermés ou abandonnés. Plus de 2000 de ces puits sont classés orphelins, car aucun propriétaire ou responsable n'a été identifié.
Les auteurs de l'inventaire écrivent qu'entre 5 à 10% des puits identifiés seraient à risque de fuites. C'est un estimé et non pas un bilan d'observations de l'ensemble des puits sur le terrain. Il n'y a eu que quelques rares campagnes d'inspection et elles portaient sur des petits échantillons:
- 60 puits pour l'INERIS de 2007 à 2028; fuites détectées sur 13% des puits
- 41 puits en Alsace par le BRGM en 2015; fuites détectées sur 12% des puits
- fuites mesurées par autocontrôle de certains opérateurs ! %?
C'est selon moi une sous-estimation du pourcentage réel. Les auteurs notent, avec raison, que "L’absence de données de surveillance ne peut en aucun cas être assimilée à l’absence de fuite". De plus les mesures actuelles sont très fragmentaires et elles ne tiennent pas compte du vieillissement des structures et de la corrosion progressive des aciers dans le temps. Les puits affectés par des fuites vont augmenter dans le futur, en nombre et en gravité. La nécessité d'un programme de surveillance et d'intervention serait primordiale pour l'ensemble des puits.
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* Pour illustrer les divergences de politiques dans cette période, je peux donner l'exemple assez révélateur du rapport de l'étude pilotée par le sénateur J-C Lenoir et le député C. Bataille mandatés de l'Office Parlementaire d'Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPCEST). Cette commission a interrogé en 2013 à peu près tout les promoteurs de l'exploitation de gisements non conventionnels et elle a fait un catalogue optimiste de toutes les techniques, y compris les plus farfelues, qui pourraient contourner la fracturation avec de l'eau interdite par la loi de 2011. J'ai été auditionné par cette commission à la toute fin des entrevues, juste avant la rédaction du rapport final. Mon intervention y est résumée en une demi-page (p. 80) dans le chapitre des "Risques Maitrisables", alors que j'avais exposé exactement le contraire pendant une heure quinze: ces risques sont inhérents aux puits et ne sont pas du tout maitrisables.
lundi 17 avril 2023
ChatGPT redonne ce qui existe comme écrits sur les puits abandonnés
Comme c'est le sujet de l'heure, j'ai interrogé l'Intelligence Artificielle de l'heure (CharGPT une version grand public de l'IA). Je sais que ce robot conversationnel a été entrainé avec les millions de pages de textes qui ont été écrits sur un nombre incalculable de sujets. Le robot n'est donc pas un ignorant, même quand on aborde un sujet pointu et très spécialisé.
J'ai voulu vérifier ce qu'il pouvait fournir comme réponse sur la question des fuites des puits d'hydrocarbures. Je dois dire en premier lieu qu'en douze ans dans ce dossier, je n'ai à peu près jamais pu obtenir des réponses sensées, sans faux-fuyants, des rares interlocuteurs spécialistes de l'industrie avec lesquels j'ai pu échanger. Il était manifeste à l'époque que les spécialistes de l'industrie, mes interlocuteurs éventuels, avaient pour consigne de ne pas discuter publiquement de ces questions. J'ai donc été étonné, mais pas complètement surpris, de constater que les questions techniques et les constats d'expert que j'ai fait sur la question de la détérioration des puits abandonnés en fin de production, n'ont jamais été contestés par des experts de l'industrie*.
ChatGPT n'a pas montré ce type de limitations dans la discussion que j'ai engagé. Il a livré un condensé des propos tenus tant par l'industrie que par les autorités qui réglementent cette industrie. Il répète beaucoup qu'avec des bonnes techniques, de la réglementation et de la surveillance, la question des fuites pourra être gérée. Poussé dans ses retranchements par ma dernière question où j'indique que dans la réalité, ces voeux pieux sont rarement appliqués, ChatGPT l'admet et concède qu'il reste beaucoup à faire. Il y a dans cette dernière partie de l'échange des indices que des textes écrits par des environnementalistes ont également été retenus dans l'apprentissage de ChatGPT.
Je vous laisse constater par vous-même la teneur de cet échange:
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* À l'exception des deux débats techniques auxquels j'ai participé. Hélas ces débats n'étaient pas sur le même terrain: mes opposants s'étant abstenus de véritable discussions techniques. Ils se sont
limités à vanter les bienfaits d'une industrie créant des emplois, etc.
mercredi 14 septembre 2016
“Nul n’est prophète en son pays” - mais il y a bien d’autres pays heureusement
Mon activité dans le dossier des gaz de schiste me permet de garder un bon contact avec la France. J’avais été invité en février 2012 à titre d’expert à un colloque à Paris. En octobre 2013 ce fut une invitation comme participant pour un débat scientifique à St-Cyr-sur-Morin. Lors de ce même voyage, j’ai aussi pu présenter au comité mixte Sénat/Assemblée Nationale (photo ci-dessous) un exposé de plus d’une heure sur les risques technologiques de la fracturation hydraulique.
En juin 2016, on m’a de nouveau invité pour un séminaire pour les élus du Sud-Ouest à Montpellier cette fois-ci. Finalement cette semaine, j’ai piloté une tournée de puits pour une délégation de quatre députés de la France en visite technique au Québec. À cette occasion, la délégation m’a remis la médaille de l’Assemblée Nationale, en raison de mon apport aux connaissances scientifiques au dossier. Je suis très heureux de cette reconnaissance de mon travail de recherche bénévole, lequel occupe passablement de mon temps depuis 2010.
J'ai eu également des demandes de la part d'organismes en Suisse, en Pologne et en Algérie, ce qui a donné lieu à des échanges directs très intéressants par téléconférence. C'est sans compter en plus les milliers de visiteurs sur mon site WEB qui chaque semaine m'apporte la conviction de faire oeuvre utile, pour informer et soutenir des regroupements avides d'information de qualité sur le dossier très technique de la fracturation hydraulique.
C’est fort différent au Québec où le gouvernement s’est plutôt rangé depuis 2008 dans le camp des promoteurs de la fracturation hydraulique; il vient même de déposer un projet de loi (loi 106 sur les hydrocarbures) qui va permettre officiellement l’emploi de cette technique fort controversée. Mes mémoires, conférences et entrevues dans les médias ont à chaque occasion dénoncé ces orientations du gouvernement, tout comme les lacunes et les biais dans des rapports techniques produits par ses ministères et publiés par les diverses commissions d’études (BAPE, ÉES) qu’il a instaurées. Il semble bien que mes dénonciations publiques n’ont pas été appréciées dans les ministères concernés à Québec.
Nul n’est prophète en son pays d’après le dicton populaire; c’est encore plus vrai quand cela dérange la tranquille concordance de points de vue entre les promoteurs et certains hauts fonctionnaires au gouvernement du Québec.
lundi 1 août 2016
Le règlement modifié pour la loi sur les hydrocarbures
Devant le constat que l'exigence du règlement sur l'étanchéité des puits est rarement respectée, quelle solution les fonctionnaires ont-ils trouvée? Ont-il pensé exiger que l'industrie applique dorénavant des meilleures solutions techniques pour rendre les puits vraiment étanches? Non, leur solution simpliste pour éliminer ces infractions systématiques à cet article du règlement sur les puits, c'est tout simplement d'enlever, en douce, cette exigence du règlement. Les nouveaux puits pourront avoir des fuites, les fonctionnaires ne seront plus incommodés par cette très embêtante question et l'industrie au Québec pourra conserver ses techniques courantes dont il a été démontré qu'elles sont incapables d'assurer une étanchéité des puits à court, moyen et long termes. Tout indique que les fuites dans le cas des futurs puits avec fracturation seront beaucoup plus significatives. C'est une très mauvaise avenue que prend la modification proposée dans le règlement. Elle est évidemment contraire aux constats et aux recommandations de toutes les commissions (ÉES, BAPE) qui ont souligné la problématique des fuites et les risques de contamination qui leur sont consécutives.
Voilà pour le très mauvais; passons maintenant à l'incongru. Cela se rapporte à la question de la faille Jupiter à Anticosti mentionnée dans article 22 (voir ci-dessous dans l’annexe); il y a là des incongruités que j’explique en quatre remarques:
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c) La localisation des failles donnée sur les cartes par les géologues est une interprétation pour marquer un décalage observé de strates ou une mesure indirecte par l'analyse des relevés sismiques. On a que très rarement une observation directe de la position d’une faille tant qu’on ne l’a pas traversée par un forage, ou par un tunnel dans le cas de grands travaux de génie civil. On s’aperçoit alors qu’il y a toujours une différence entre la position donnée sur la meilleure carte et la réalité. J’ai observé cela des dizaines de fois comme bien d’autres collègues de terrain. La figure 2 (carte de Junex, 2011) montre aussi la faille Jupiter: notez la grande différence dans sa position dans la partie ouest de l’île, entre les figures 1 et 2.
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Figure 3. Bloc
diagramme montrant deux failles et un puits avec fracturation hydraulique qui
pénètre dans la zone de broyage de la faille de gauche.
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Dans l’octroi récent des permis pour les trois puits à venir à Anticosti, le comité d’experts était bien mal avisé de conclure de façon très biaisée à des « risques… minimes … par l’absence de fractures ou de failles majeures qui permettraient l’ascension non voulue de fluides contaminants ». La figure 3 montre en fait la localisation d’un des trois puits pour lesquels ils ont recommandé l’octroi des permis : le puits La Loutre HZ. En superposant la carte géologique sur la position de ce futur puits, on retrouve deux failles dans son voisinage immédiat (fig. 4). Les figures 3 et 4 montrent exactement la même portion de terrain dans l'île d'Anticosti.
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Figure 4. Carte
de localisation du puits La Loutre HZ au voisinage immédiat de deux failles.
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Article 49 : demande de permis de complétion. C’est ici qu’on distingue la stimulation chimique VS la fracturation hydraulique. On ajoute les règles déjà contenues dans le RPEP, ainsi que la liste des produits chimiques utilisées dans la fracturation hydraulique. Comme dans le RPEP on demande une évaluation 3D de la propagation des fractures ; or ce type de modélisation n’a aucune fiabilité et ne peut pas donner une prédiction crédible de ce qui se passera réellement. C’est de la frime que de mettre ça dans le règlement. On demande une description du suivi microsismique, mais il n’est pas précisé qu’il doit être fait. Le RPEP ne l’exige pas, sauf pour le premier forage dans la formation géologique.
« 8° le puits doit être laissé dans un état qui empêche l'écoulement des liquides ou des gaz hors du puits. » (a.61).





