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vendredi 1 janvier 2100

Présentation générale du site

             N'oubliez pas de lire chaque mois mon nouveau billet    


Vous trouverez avec les onglets en haut de cette page, des liens ordonnés vers mes documents techniques, qui sont également mis en file chronologique ainsi qu'en liste par sujet (dans la colonne de droite sur cette page, plus bas après la liste des pages les plus consultées).  L'accès par les onglets offre une présentation différente, qui  vise à rendre plus conviviale et plus logique l'accès à ces documents. J'expose dans ces écrits les résultats des analyses que je fais avec une approche totalement indépendante. Il n'y a que la vérité des faits scientifiques qui me motive; je n'ai pas d'intérêts personnels, ni de lien direct ou indirect avec quelque partie liée à ces sujets.

N'hésitez pas à ajouter des commentaires et/ou des questions, directement sur ces pages si c'est d'intérêt général. Si par contre vous souhaiter me contacter plus directement, vous pouvez m'envoyer un courriel: -->   durand.marc@uqam.ca.  Mon profil scientifique se retrouve sur Research Gate.

J'ai commencé en décembre 2010 à analyser la question de ce qui est communément appelé "le gaz de schiste".  Je ne rejette pas cette appellation qui est entérinée dans le langage courant, ainsi que dans la dénomination des commissions d'enquête que le gouvernement a créées pour ce sujet (ÉES, BAPE, etc.). Il y a cependant une expression plus scientifiquement juste: les gisements d'hydrocarbures de roche mère, que j'emploi pour le nom de ce site et pour la majorité de mes documents.

On désigne ces nouvelles ressources comme des gisements non conventionnels de pétrole et de gaz, car tant par leur nature géologique que par la méthode d'extraction employée (la fracturation artificielle requise), ils sont bien distincts des gisements conventionnels d'hydrocarbures. Les impacts économiques et environnementaux très négatifs qui en résultent sont également très différents.

Je tiens à remercier tous mes fidèles lecteurs. J'ai créé ce site spécialisé le 1er août 2014 en espérant qu'il soit utile à la compréhension des questions techniques reliées aux gisements de roche mère. Je suis heureux de voir qu'il remplit ce rôle auprès d'un nombre toujours croissant. En août 2015, un an après son ouverture, il y avait eu 20 000 vues. Après deux ans, la fréquentation a augmenté de façon significative, notamment en 2016 où il y a eu 10 000 vues par mois comptabilisées sur ce site. Le total cumulatif a dépassé 200 000 en mai 2017, puis 345 000 en juillet 2021. Par la suite, grâce notamment à l'outil de traduction en haut à droite de la page, la fréquentation oscille entre 1000 et 2000/mois, ce qui a permis au site de franchir en 2025 la barre des 400,000 vues cumulées.

Au Québec la fracturation hydraulique est maintenant interdite dans le schiste des Basses-terres du St-Laurent et la menace sur Anticosti a également été écartée; ces deux sujets ne sont plus dans l'actualité. En 2020 moins de lecteurs du Québec fréquentent ces pages, mais mon site rejoint maintenant des lecteurs de partout dans le monde. Les problèmes techniques et environnementaux reliés à la fracturation des gisements d'hydrocarbures disséminés dans leur roche mère sont universels. L'expérience d'ici peut servir aussi ailleurs. Mon "billet mensuel" a été très populaire entre 2014 et 2021; ensuite ces publications ont été plus espacées; les billets ne sont pas interrompus et ils seront encore publiées à l'occasion pour intervenir spécifiquement sur des sujets précis.

La question de la fracturation hydraulique et de l'exploration pour la recherche d'hydrocarbures a finalement été réglée au Québec en 2022. La dernière tentative des promoteurs a été présente le dossier de GNL au Saguenay en 2020 et 2021. Il reste encore dans le paysage d'ici des poursuites intentées devant les tribunaux par des promoteurs déçus.

mardi 1 octobre 2024

Fuites dans les puits d'hydrocarbures en France

J'aime bien personnellement la France; j'y ai vécu trois ans pour y compléter mes études de doctorat et ensuite, j'y ai fait de très nombreux voyages. Les trois derniers séjours (en février 2012,  en octobre 2013 ainsi qu'en juin 2016) ont été fait dans le cadre de rencontres sur la fracturation hydraulique et l’exploration pour les hydrocarbures non conventionnels. À chacun de ces trois déplacements, je répondais à des invitations pour participer à des colloques et pour donner des conférences.

La loi du 30 décembre 2017 a mis fin à l’exploration et à l’exploitation des hydrocarbures. Six ans plus tôt, la loi du 13 juillet 2011 interdisait déjà la fracturation hydraulique; cela consistait en fait à interdire l’exploration pour les gisements non conventionnels de pétrole ou de gaz. La loi de 2011 abrogeait aussi tous les permis déjà émis pour les projets comportant un recours à la fracturation hydraulique. Entre ces deux dates 2011 et 2017, il y a eu en France d’intenses discussions et des débats entre experts aux visions opposées*. On m’a invité à m’impliquer dans ces débats à titre d’expert indépendant.

Lors du premier colloque du 7 février 2012, un expert local a réagi à ma présentation sur les risques de fuite des puits; il a indiqué péremptoirement qu’en France les puits d’hydrocarbures n’avaient pas de fuite car ils étaient tous « scellés ». À cette époque en réalité, il n’y avait pas de programme d’inventaire et de surveillance systématique de tous les puits en France; c’est sans doute pourquoi les responsables locaux pouvaient affirmer qu’aucun rapport n’indiquait que les puits d’hydrocarbures dans l’hexagone avaient des fuites.

Les débats ont peut-être contribué à la prise de conscience qui est survenue durant les années suivantes car par la suite, je n'ai plus vu ce type d'affirmation. L’Accord de Paris en 2015 a également contribué à changer les mentalités et certaines approches pour l’exploration et l’exploitation des gisements d’hydrocarbures.

En 2015 l’INERIS a entrepris la compilation d’un inventaire des puits anciens. L’INERIS a ajouté en 2018 un autre volet: l’étude des risques et des impacts pouvant résulter de la reconversion des puits d’hydrocarbures en puits géothermiques. La géothermie profonde est largement utilisée en France pour le chauffage de complexes d’habitation notamment.

Le rapport final de l'INERIS a été publié récemment en 2024. C’est un document détaillé et très pertinent pour toute personne qui s’intéresse à la question des fuites dans les puits d’hydrocarbures. Il analyse avec beaucoup de justesse l’évaluation et la catégorisation des divers risques. Il énumère et commente aussi les principaux cas de fuites qui sont survenus dans certains des 12154 puits que comporte l’inventaire. Je n’ai qu’un commentaire critique: le document n’analyse pas le « devenir » des puits, il se limite à une évaluation de l’état actuel de la situation. C’est certes valable et utile comme étude, mais on devrait aussi analyser ce qui sera légué aux prochaines générations comme problèmes pour ces 12154 puits, notamment la gestion des ouvrages légués à l’État et les coûts probables pour le contrôle et la remédiation des fuites.

Le Conseil des Académies Canadiennes dans son rapport de 2014 a  intégré dans ses recommandations ma propre évaluation du fait que ces puits devront être gérés à très long terme, qu’ils devront être réparés et que cela implique «la nécessité d’une surveillance à perpétuité, car même après qu’on ait réparé d’anciens puits présentant des fuites, les réparations du ciment pourraient elles-mêmes se détériorer. » CAC 2014 p. 228. Cet aspect de la problématique est absent du rapport de l’INERIS. C’est peut-être du au fait que l’INERIS a reçu le mandat d’analyser aussi l’option de la reconversion en puits géothermiques. Cependant une très faible proportion des puits existants pourraient éventuellement être reconvertis en ouvrages géothermiques permanents; quoi faire avec les autres?

Voici quelques données du rapport sur les puits anciens de France.

Carte des puits d'hydrocarbures en France

La carte montrant la localisation de puits d'hydrocarbures en France (en réalité 26% des 12154 puits de l'inventaire n'ont pas pu être localisés)

Sur la carte de France, on voit qu'il y a quatre régions distinctes:

- 52% des puits sont dans le bassin d'Alsace qui est la région d'exploitation la plus ancienne (Pechelbronn, notamment qui a démarré au 18e siècle).

- 31% des puits dans le grand bassin parisien où a subsisté une exploitation résiduelle ces dernières années.

- 13% des puits pour l'exploitation gazière dans le bassin dAquitaine.

- 4% pour d'autres petits gisements marginaux en Provence, en Lorraine, dans le massif Armoricain et au large en mer (62 puits).

Lors de l'étude, il y avait encore 64 puits en exploitation, un nombre estimé entre 200 et 300 de puits non fermés, mais sans activités. Dans le reste des puits il y a un quart de l'inventaire où il n'y a pas de données; ils sont comptés dans la catégorie puits fermés ou abandonnés. Plus de 2000 de ces puits sont classés orphelins, car aucun propriétaire ou responsable n'a été identifié.

Les auteurs de l'inventaire écrivent qu'entre 5 à 10% des puits identifiés seraient à risque de fuites. C'est un estimé et non pas un bilan d'observations de l'ensemble des puits sur le terrain. Il n'y a eu que quelques rares campagnes d'inspection et elles portaient sur des petits échantillons:

- 60 puits pour l'INERIS de 2007 à 2028; fuites détectées sur 13% des puits

- 41 puits en Alsace par le BRGM en 2015; fuites détectées sur 12% des puits 

- fuites mesurées par autocontrôle de certains opérateurs !  %?

C'est selon moi une sous-estimation du pourcentage réel. Les auteurs notent, avec raison, que "L’absence de données de surveillance ne peut en aucun cas être assimilée à l’absence de fuite". De plus les mesures actuelles sont très fragmentaires et elles ne tiennent pas compte du vieillissement des structures et de la corrosion progressive des aciers dans le temps. Les puits affectés par des fuites vont augmenter dans le futur, en nombre et en gravité. La nécessité d'un programme de surveillance et d'intervention serait primordiale pour l'ensemble des puits.

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* Pour illustrer les divergences de politiques dans cette période, je peux donner l'exemple assez révélateur du rapport de l'étude pilotée par le sénateur J-C Lenoir et le député C. Bataille mandatés de l'Office Parlementaire d'Évaluation des Choix Scientifiques et Technologiques (OPCEST). Cette commission a interrogé en 2013 à peu près tout les promoteurs de l'exploitation de gisements non conventionnels et elle a fait un catalogue optimiste de toutes les techniques, y compris les plus farfelues,  qui  pourraient contourner la fracturation avec de l'eau interdite par la loi de 2011. J'ai été auditionné par cette commission à la toute fin des entrevues, juste avant la rédaction du rapport final. Mon intervention y est résumée en une demi-page (p. 80) dans le chapitre des "Risques Maitrisables", alors que j'avais exposé exactement le contraire pendant une heure quinze: ces risques sont inhérents aux puits et ne sont pas du tout maitrisables.

lundi 17 avril 2023

ChatGPT redonne ce qui existe comme écrits sur les puits abandonnés

Comme c'est le sujet de l'heure, j'ai interrogé l'Intelligence Artificielle de l'heure (CharGPT une version grand public de l'IA). Je sais que ce robot conversationnel a été entrainé avec les millions de pages de textes qui ont été écrits sur un nombre incalculable de sujets. Le robot n'est donc pas un ignorant, même quand on aborde un sujet pointu et très spécialisé.

J'ai voulu vérifier ce qu'il pouvait fournir comme réponse sur la question des fuites des puits d'hydrocarbures. Je dois dire en premier lieu qu'en douze ans dans ce dossier, je n'ai à peu près jamais pu obtenir des réponses sensées, sans faux-fuyants, des rares interlocuteurs spécialistes de l'industrie avec lesquels j'ai pu échanger. Il était manifeste à l'époque que les spécialistes de l'industrie, mes interlocuteurs éventuels, avaient pour consigne de ne pas discuter publiquement de ces questions. J'ai donc été étonné, mais pas complètement surpris, de constater que les questions techniques et les constats d'expert que j'ai fait sur la question de la détérioration des puits abandonnés en fin de production, n'ont jamais été contestés par des experts de l'industrie*. 

ChatGPT n'a pas montré ce type de limitations dans la discussion que j'ai engagé. Il a livré un condensé des propos tenus tant par l'industrie que par les autorités qui réglementent cette industrie. Il répète beaucoup qu'avec des bonnes techniques, de la réglementation et de la surveillance, la question des fuites pourra être gérée. Poussé dans ses retranchements par ma dernière question où j'indique que dans la réalité, ces voeux pieux sont rarement appliqués, ChatGPT l'admet et concède qu'il reste beaucoup à faire. Il y a dans cette dernière partie de l'échange des indices que des textes écrits par des environnementalistes ont également été retenus dans l'apprentissage de ChatGPT.

Je vous laisse constater par vous-même la teneur de cet échange:

En conclusion, l'intelligence artificielle n'a pas de solution miracle pour l'insoluble question des puits abandonnés; elle est capable cependant de tenir une conversation très correcte sur le sujet, en reformulant ce que des interlocuteurs humains optimistes ont déjà écrit sur la question.

Finalement j'ai posé une question sur les coûts de ces puits. Là sa réponse est moins optimiste.

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* À l'exception des deux débats techniques auxquels j'ai participé. Hélas ces débats n'étaient pas sur le même terrain: mes opposants s'étant abstenus de véritable discussions techniques. Ils se sont
limités à vanter les bienfaits d'une industrie créant des emplois, etc.

mercredi 14 septembre 2016

“Nul n’est prophète en son pays” - mais il y a bien d’autres pays heureusement

Mon activité dans le dossier des gaz de schiste me permet de garder un bon contact avec la France. J’avais été invité en février 2012 à titre d’expert à un colloque à Paris. En octobre 2013 ce fut une invitation comme participant pour un débat scientifique à St-Cyr-sur-Morin. Lors de ce même voyage, j’ai aussi pu présenter au comité mixte Sénat/Assemblée Nationale (photo ci-dessous) un exposé de plus d’une heure sur les risques technologiques de la fracturation hydraulique.

En juin 2016, on m’a de nouveau invité pour un séminaire pour les élus du Sud-Ouest à Montpellier cette fois-ci. Finalement cette semaine, j’ai piloté une tournée de puits pour une délégation de quatre députés de la France en visite technique au Québec. À cette occasion, la délégation m’a remis la médaille de l’Assemblée Nationale, en raison de mon apport aux connaissances scientifiques au dossier. Je suis très heureux de cette reconnaissance de mon travail de recherche bénévole, lequel occupe passablement de mon temps depuis 2010.





















J'ai eu également des demandes de la part d'organismes en Suisse, en Pologne et en Algérie, ce qui a donné lieu à des échanges directs très intéressants par téléconférence. C'est sans compter en plus les milliers de visiteurs sur mon site WEB qui chaque semaine m'apporte la conviction de faire oeuvre utile, pour informer et soutenir des regroupements avides d'information de qualité sur le dossier très technique de la fracturation hydraulique.


C’est fort différent au Québec où le gouvernement s’est plutôt rangé depuis 2008 dans le camp des promoteurs de la fracturation hydraulique; il vient même de déposer un projet de loi (loi 106 sur les hydrocarbures) qui va permettre officiellement l’emploi de cette technique fort controversée. Mes mémoires, conférences et entrevues dans les médias ont à chaque occasion dénoncé ces orientations du gouvernement, tout comme les lacunes et les biais dans des rapports techniques produits par ses ministères et publiés par les diverses commissions d’études (BAPE, ÉES) qu’il a instaurées. Il semble bien que mes dénonciations publiques n’ont pas été appréciées dans les ministères concernés à Québec. 


Nul n’est prophète en son pays d’après le dicton populaire; c’est encore plus vrai quand cela dérange la tranquille concordance de points de vue entre les promoteurs et certains hauts fonctionnaires au gouvernement du Québec.

lundi 1 août 2016

Le règlement modifié pour la loi sur les hydrocarbures

Dans la Gazette Officielle du Québec, 13 juillet 2016 on dépose un avis de 45 jours pour l’entrée en vigueur d’une modification au Règlement sur le pétrole, le gaz naturel et les réservoirs souterrains, (RLRQ, c. 13.1, r.1) qui fixera les règles d'application pour le projet de loi sur les hydrocarbures (que nous avons analysé dans le billet du mois de juillet). Ce texte fait 17 pages; il modifie plusieurs articles du règlement actuel qui s'appliquent à l'exploration et à l'exploitation des hydrocarbures. La liste des articles modifiés est donnée en annexe dans ce billet du mois.
En résumé, il y a dans ces propositions de modification du règlement M-13.1 du bon, du moins bon, du très mauvais et de l’incongru.
On ajoute une distance séparatrice de 500 m avec les habitations existantes ; ça pourrait être une bonne chose dans le cas de simples puits verticaux. C’est très insuffisant pour des forages avec fracturation hydraulique dans les extensions horizontales de ces puits. Une distance de 500 m devrait s’appliquer à toute partie d'un puits d'exploration ou d'exploitation d'hydrocarbures y compris les extensions horizontales sous terre, pas simplement à la localisation en surface de la tête du puits. Le règlement ne fait pas cette distinction; il se limite à fixer la distance à partir de la seule portion en surface des puits. Même ce 500 m pourrait s’avérer bien insuffisant, car on a dans la littérature scientifique des cas de déplacements de contaminants sur des distances bien plus grandes.
Pour les autorisations, le gouvernement demandera plus de détails techniques et plus de garanties (caution et assurances) lors des forages, ainsi que lors de la stimulation (fracturation), ce qui est bon en soi. Ce qui est moins bon, c’est que ces informations sont déposées au gouvernement, mais gardées confidentielles.
L’émission récente d’autorisations simultanées pour la réalisation de forage et leur fracturation subséquente pour trois puits à Anticosti contredit totalement les anciennes procédures, tout comme les nouvelles qui sont proposées (a. 49). Il est illogique d’avoir donné ces autorisations de fracturer dans trois puits pas encore forés, car il est impossible de remplir les exigences réglementaires quant à la description précise de l’état initial réel des puits.
Ce qui est très mauvais, c’est qu’il n’y a rien de prévu pour gérer les risques à moyen et long termes, car toutes les règles, cautions et assurances responsabilité prennent fin quand le ministre accorde le certificat de libération au moment où l’exploitant quitte le site.
C’est uniquement pendant les travaux de forage et pendant l’exploitation que les montants d’assurance et de caution sont exigés. La caution est pour garantir l’obturation, la fermeture finale des puits et la restauration réglementaire. Une fois tout cela complété, la caution est remise à l’exploitant. Il n’y a nulle part dans la loi et le règlement la création d’un fond pour gérer les coûts après l’abandon. Il n’y a plus alors d’assurance, ni de caution. Tout tombe à la charge de l’État, comme depuis toujours.

Ce qui constitue vraiment un recul significatif c'est le retrait d'une exigence importante qu'on efface des articles qui traitent de la fermeture définitive des puits une fois l'exploitation terminée (expliqué en détails plus bas dans l'annexe a.60 et a.61). On exigeait que chaque puits soit laissé dans un état qui empêche l'écoulement des liquides ou des gaz hors du puits, avant d'obtenir le certificat de libération. On sait que de très nombreux puits d'exploration d'hydrocarbures ont en réalité des fuites significatives; même les puits récents ont un taux énorme d'occurence de fuites. Grâce à la pression constante des citoyens, l'État commence avec peine à comptabiliser les centaines de puits anciens susceptibles de laisser fuir du méthane et bien d'autres composés d'hydrocarbures. Le travail d'inventaire a été amorcé en 2014.

Devant le constat que l'exigence du règlement sur l'étanchéité des puits est rarement respectée, quelle solution les fonctionnaires ont-ils trouvée? Ont-il pensé exiger que l'industrie applique dorénavant des meilleures solutions techniques pour rendre les puits vraiment étanches?  Non, leur solution simpliste pour éliminer ces infractions systématiques à cet article du règlement sur les puits, c'est tout simplement d'enlever, en douce, cette exigence du règlement. Les nouveaux puits pourront avoir des fuites, les fonctionnaires ne seront plus incommodés par cette très embêtante question et l'industrie au Québec pourra conserver ses techniques courantes dont il a été démontré qu'elles sont incapables d'assurer une étanchéité des puits à court, moyen et long termes. Tout indique que les fuites dans le cas des futurs puits avec fracturation seront beaucoup plus significatives. C'est une très mauvaise avenue que prend la modification proposée dans le règlement. Elle est évidemment contraire aux constats et aux recommandations de toutes les commissions (ÉES, BAPE) qui ont souligné la problématique des fuites et les risques de contamination qui leur sont consécutives.

Voilà pour le très mauvais; passons maintenant à l'incongru. Cela se rapporte à la question de la faille Jupiter à Anticosti mentionnée dans article 22 (voir ci-dessous dans l’annexe); il y a là des incongruités que j’explique en quatre remarques:


 a) Le règlement fixe 600 m comme distance à la ligne inférée comme position de la faille pour exclure l'implantation de forages. Cette restriction s'applique à l’emplacement où s’installera la foreuse; il n’est pas mentionné que l'exclusion s'applique à toute extension horizontale souterraine des puits. La restriction sera donc interprétée comme dans le cas de la distance de 500 m par rapport à une habitation, c'est-à-dire qu'elle s'applique uniquement à la tête du puits en surface. Si c’est effectivement comme cela qu’on appliquera le règlement, alors il n’a aucune portée réelle, car un forage peut s’étendre sur bien plus que 600 m à l’horizontale. L’ajout de ce règlement est inutile, sauf pour donner une fausse apparence de rigueur à la loi.



Figure 1. Carte géologique montrant les failles d’Anticosti. (rapport ÉES ATRA01  p.21).





 b) Il y a sur la plus récente carte publiée (oct. 2015, fig. 1) exactement 27 failles dans l’île. Il y en a six ou sept autres en mer au voisinage immédiat d’Anticosti pour un total de 33 failles répertoriées. La faille Jupiter est seulement la plus longue et la mieux connue, mais toutes les autres sont susceptibles de poser des problèmes identiques. Le règlement devrait spécifier à 600 m de toute faille, pas juste à 600 m de la faille Jupiter. C’est incongru car la faille Jupiter est certes importante à Anticosti, mais des failles importantes comme cela, il y en a aussi en Gaspésie, dans les Basses-Terres du St-Laurent, en fait partout ailleurs au Québec. Pourquoi instaurer un règlement général qui ne mentionne qu’une seule faille ? Ce règlement n’a aucune valeur scientifique.
De plus, des zones de broyage pour une faille c’est souvent en fait sept, ou dix failles parallèles qui décomposent la déformation en multiples blocs. Ça peut s’étendre sur plus que 600 mètres.

c) La localisation des failles donnée sur les cartes par les géologues est une interprétation pour marquer un décalage observé de strates ou une mesure indirecte par l'analyse des relevés sismiques. On a que très rarement une observation directe de la position d’une faille tant qu’on ne l’a pas traversée par un forage, ou par un tunnel dans le cas de grands travaux de génie civil. On s’aperçoit alors qu’il y a toujours une différence entre la position donnée sur la meilleure carte et la réalité. J’ai observé cela des dizaines de fois comme bien d’autres collègues de terrain. La figure 2 (carte de Junex, 2011) montre aussi la faille Jupiter: notez la grande différence dans sa position dans la partie ouest de l’île, entre les figures 1 et 2.


Figure 2. Carte géologique montrant une autre interprétation de la faille Jupiter.



d) Un trait rouge sur la carte marque la position d’une faille en surface du roc. Elle n’est pas nécessairement à la même position à 500 m, 1000 m ou 1500 m de profondeur, là où la fracturation sera implantée. Les positions ne sont identiques que dans les cas où le pendage de la faille est vertical (90° comme dans le cas de la faille à gauche dans le schéma fig. 3).


Figure 3. Bloc diagramme montrant deux failles et un puits avec fracturation hydraulique qui pénètre dans la zone de broyage de la faille de gauche.




Dans le cas de la faille située à droite dans la figure 3,  le pendage illustré (70°) décale la position de la faille de près de 550 m à la profondeur 1500 m.  Un forage avec une extension horizontale de 1600 m à cette profondeur et dirigé à droite vers cette faille l'atteindrait. Il est donc illusoire dans un règlement de fixer ainsi une distance séparatrice pour un objet qui en pratique n’est pas définissable en termes juridiques simples et précis. C’est en profondeur que la fracturation aura un impact sur la faille. Même si la faille de droite (fig. 3) se situe à bien plus que la distance réglementaire de 600 m, la fracturation atteindra cette faille en posant les mêmes risques qu'un puits implanté très près de la zone de broyage.

Dans l’octroi récent des permis pour les trois puits à venir à Anticosti, le comité d’experts était bien mal avisé de conclure de façon très biaisée à des « risques… minimes … par l’absence de fractures ou de failles majeures qui permettraient l’ascension non voulue de fluides contaminants ». La figure 3 montre en fait la localisation d’un des trois puits pour lesquels ils ont recommandé l’octroi des permis : le puits La Loutre HZ. En superposant la carte géologique sur la position de ce futur puits, on retrouve deux failles dans son voisinage immédiat (fig. 4). Les figures 3 et 4 montrent exactement la même portion de terrain dans l'île d'Anticosti.


Figure 4. Carte de localisation du puits La Loutre HZ au voisinage immédiat de deux failles.



Manifestement les trois experts n’ont pas consulté cette carte récente publiée sur le site de l'ÉES Anticosti. Les règlements ont bien peu d’utilité quand on les applique aussi mal.

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Annexe – liste des articles modifiés du règlement M-13.1
Article 1 : suppressions de définitions et ajout de la définition « fracturation : opération qui consiste à créer des fractures dans une formation géologique en y injectant un fluide, sous pression, par l’entremise d’un puits ». Cette définition est moins restrictive que celle d'un autre règlement récent (RPEP) qui limite la définition à ce qui excède 50 000 litres.
Article 15 qui traite des permis de forage de puits. On allonge la liste des éléments à décrire dans le programme de forage. On exige un peu plus quant à la supervision ; c’était « un programme de forage certifié par un ingénieur », ça devient « un programme de forage certifié par un ingénieur pouvant justifier d'une formation ou d'une expérience dans le domaine du forage ».
Article 16 : La caution à déposer demeure à 10% du coût comme sans la version antérieure, mais on enlève ce qui la limitait à 150 000$.
Article 17 : c’était une ridicule exigence d’assurance-responsabilité de seulement 1M$. Ce sera dorénavant majoré à 2$, plus une assurance-pollution de 2M$, plus une assurance contrôle de puits de 10M$, plus une assurance complémentaire et excédentaire de 8M$. On ajoute que l’exploitant doit déclarer les incidents techniques lors du forage.
Article 18 : traite de la révision des garanties lors de la demande d’un permis de complétion (fracturation).
Article 19 : délai de 12 mois pour commencer le forage. La modification exigera moins, car ce qui doit débuter c’est « les activités visant la mise en place du tubage initial ». Cela peut donc n'être que des travaux préparatoires comme un simple déboisement sur le site d'un futur puits.
Articles 20, 21 : modifications peu significatives.
Article 22 : distances séparatrices. Deux ajouts notables : « 3.3° à moins de 500 m de toute habitation ou édifice; 3.4° à moins de 600 m de part et d’autre de la zone de broyage de la faille de Jupiter située sur l’île d’Anticosti ». Commenté plus haut dans ce billet du mois.
Article 23 : ajout intéressant d’exiger des analyses des hydrocarbures rencontrés, de doser le H2S et les rapports isotopiques du méthane. C'est utile pour reconnaître la signature isotopique spécifique au méthane thermogénique. Pour être vraiment utiles, ces mêmes dosages devraient être faits aussi dans les puits domestiques AVANT l'implantation d'un puits d'hydrocarbures; il n'y a rien de cet ordre dans le règlement.
Articles 24, 25, 26, 27, 28, 33 et 34 Les exigences techniques pour la cimentation et les tubages sont abrogées. On ajoute pour les remplacer la production d’avis à la fin de chaque opération de cimentation.
Article 40 : mesures géophysiques (diagraphies) dans le puits. Abrogé, on exigera plus rien de ce type.
Articles 47 et 48 ; on exige des rapports plus fréquents (48h) du progrès du forage et ils doivent être signés par un ingénieur.

Article 49 : demande de permis de complétion. C’est ici qu’on distingue la stimulation chimique VS la fracturation hydraulique. On ajoute les règles déjà contenues dans le RPEP, ainsi que la liste des produits chimiques utilisées dans la fracturation hydraulique. Comme dans le RPEP on demande une évaluation 3D de la propagation des fractures ; or ce type de modélisation n’a aucune fiabilité et ne peut pas donner une prédiction crédible de ce qui se passera réellement. C’est de la frime que de mettre ça dans le règlement. On demande une description du suivi microsismique, mais il n’est pas précisé qu’il doit être fait. Le RPEP ne l’exige pas, sauf pour le premier forage dans la formation géologique.
Article 52 : rapports journaliers des travaux incluant brûlage des gaz, mesures de l’extension des fractures, sauf qu’ici aussi il n’est pas fait d’obligation de suivi microsismique. Il faudrait absolument que ce point soit clarifié et que le suivi microsismique pour toutes les opérations de fracturation hydraulique soit exigé formellement dans le règlement.
Article 54 : Après les travaux de complétion l'exploitant transmet au ministre un rapport signé par un ingénieur. On parle des « données recueillies pendant les activités de complétion, incluant la cartographie des événements microsismiques enregistrés le cas échéant » Cette formulation indique bien qu’il peut ne pas y avoir de suivi microsismique, donc aucune mesure de l'extension réelle de la fracturation. C'est là véritablement un élément très mauvais de ce règlement.
Les articles qui traitaient des conditions à respecter pour la fermeture temporaire (article 60) et définitive (article 61) comportaient chacun huit paragraphes. Ceux qui traitaient de l’étanchéité des puits se lisaient ainsi : « 6° le puits fermé temporairement doit être laissé dans un état qui empêche l'écoulement des liquides ou des gaz hors du puits » (a.60).
« 8° le puits doit être laissé dans un état qui empêche l'écoulement des liquides ou des gaz hors du puits. » (a.61).
Cette obligation de ne pas constater de fuites lors de l’inspection rattachée à la fermeture disparaît complètement. En effet le texte du 13 juillet 2016 simplifie grandement les exigences ainsi :
34. Les articles 60 et 61 de ce règlement sont remplacés par les suivants :
«60. Le titulaire de permis de recherche de pétrole, de gaz naturel et de réservoir souterrain ou de bail d’exploitation relatif au pétrole et au gaz naturel ou à un réservoir souterrain doit, dès que les travaux de fermeture temporaire de puits sont terminés, prendre les mesures suivantes :
1° dans le cas d’un puits sur terre, indiquer et protéger la tête de puits par une clôture ou un abri et sécuriser le site;
2° dans le cas d’un puits en territoire submergé, équiper la tête de puits d’un dispositif permettant de la localiser facilement.
61. Le titulaire de permis de recherche de pétrole, de gaz naturel et de réservoir souterrain ou de bail d’exploitation relatif au pétrole et au gaz naturel ou à un réservoir souterrain doit, dès que les travaux de fermeture définitive de puits sont terminés, signaler le puits au moyen d’une plaque d’acier de 15 cm de largeur et de 30 cm de hauteur et y indiquer, en relief, le nom du puits et ses coordonnées géographiques. Cette plaque doit être fixée à 1,5 m au-dessus de la surface du sol au moyen d’une tige d’acier. Lorsque la tige d’acier n’est pas soudée sur le coffrage extérieur, la plaque doit également indiquer en quelle direction et à quelle distance est situé le puits».
Il n’y a rien d’autre dans le règlement de 2016 que la préoccupation de localiser la position en surface du puits abandonné ; l’obligation de transférer à l’État un puits sans fuite disparait complètement !
Aucune modification des articles 62 à 70,  dont l’article 64 qui fixe les droits annuels à 0,10$/hectare ce qui représente $10/km2,  environ $72000 pour la totalité d'Anticosti, à peine juste assez pour le coût d'un seul inspecteur au MDDELCC.
Article 71 : «La période d'essai pour l'extraction de pétrole ou de gaz naturel ne doit pas excéder 60 jours ». Junex à Galt et Pétrolia à Haldimand sont toujours en période d’essai n’est-ce pas ?  (pas de redevances à verser à l'État en période d'essai).
Il y a aussi à la fin l’ajout d’articles 118.1 à  118.14 pour préciser les modalités des versements des garanties pour la période qui se termine à la fin des travaux de restauration du site. Toutes prennent fin et sont remboursées lors de l’émission du certificat de libération. Le gouvernement ne prévoit aucune garantie après cette date. Tous les risques à moyen et long termes sont officiellement libérés du budget des exploitants.