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vendredi 1 janvier 2100

Présentation générale du site

             N'oubliez pas de lire chaque mois mon nouveau billet    


Vous trouverez avec les onglets en haut de cette page, des liens ordonnés vers mes documents techniques, qui sont également mis en file chronologique ainsi qu'en liste par sujet (dans la colonne de droite sur cette page, plus bas après la liste des pages les plus consultées).  L'accès par les onglets offre une présentation différente, qui  vise à rendre plus conviviale et plus logique l'accès à ces documents. J'expose dans ces écrits les résultats des analyses que je fais avec une approche totalement indépendante. Il n'y a que la vérité des faits scientifiques qui me motive; je n'ai pas d'intérêts personnels, ni de lien direct ou indirect avec quelque partie liée à ces sujets.

N'hésitez pas à ajouter des commentaires et/ou des questions, directement sur ces pages si c'est d'intérêt général. Si par contre vous souhaiter me contacter plus directement, vous pouvez m'envoyer un courriel: -->   durand.marc@uqam.ca.  Mon profil scientifique se retrouve sur Research Gate.

J'ai commencé en décembre 2010 à analyser la question de ce qui est communément appelé "le gaz de schiste".  Je ne rejette pas cette appellation qui est entérinée dans le langage courant, ainsi que dans la dénomination des commissions d'enquête que le gouvernement a créées pour ce sujet (ÉES, BAPE, etc.). Il y a cependant une expression plus scientifiquement juste: les gisements d'hydrocarbures de roche mère, que j'emploi pour le nom de ce site et pour la majorité de mes documents.

On désigne ces nouvelles ressources comme des gisements non conventionnels de pétrole et de gaz, car tant par leur nature géologique que par la méthode d'extraction employée (la fracturation artificielle requise), ils sont bien distincts des gisements conventionnels d'hydrocarbures. Les impacts économiques et environnementaux très négatifs qui en résultent sont également très différents.

Je tiens à remercier tous mes fidèles lecteurs. J'ai créé ce site spécialisé le 1er août 2014 en espérant qu'il soit utile à la compréhension des questions techniques reliées aux gisements de roche mère. Je suis heureux de voir qu'il remplit ce rôle auprès d'un nombre toujours croissant. En août 2015, un an après son ouverture, il y avait eu 20 000 vues. Après deux ans, la fréquentation a augmenté de façon significative, notamment en 2016 où il y a eu 10 000 vues par mois comptabilisées sur ce site. Le total cumulatif a dépassé 200 000 en mai 2017, puis 345 000 en juillet 2021. Par la suite, grâce notamment à l'outil de traduction en haut à droite de la page, la fréquentation oscille entre 2000 et 5000/mois, ce qui a permis au site de franchir en 2025 la barre des 400,000 vues cumulées.

Au Québec la fracturation hydraulique est maintenant interdite dans le schiste des Basses-terres du St-Laurent et la menace sur Anticosti a également été écartée; ces deux sujets ne sont plus dans l'actualité. En 2020 moins de lecteurs du Québec fréquentent ces pages, mais mon site rejoint maintenant des lecteurs de partout dans le monde. Les problèmes techniques et environnementaux reliés à la fracturation des gisements d'hydrocarbures disséminés dans leur roche mère sont universels. L'expérience d'ici peut servir aussi ailleurs. Mon "billet mensuel" a été très populaire entre 2014 et 2021; ensuite ces publications ont été plus espacées; les billets ne sont pas interrompus et ils seront encore publiées à l'occasion pour intervenir spécifiquement sur des sujets précis.

La question de la fracturation hydraulique et de l'exploration pour la recherche d'hydrocarbures a finalement été réglée au Québec en 2022. La dernière tentative des promoteurs a été présente le dossier de GNL au Saguenay en 2020 et 2021. Il reste encore dans le paysage d'ici des poursuites intentées devant les tribunaux par des promoteurs déçus.

lundi 30 juin 2025

Un rapport du Conseil des droits de l’homme de l'Organisation des Nations Unies

L'ONU vient de publier un très important rapport sur la nécessité absolue de mettre fin à l'exploitation des hydrocarbures : The imperative of defossilizing our economies

La version française de ce rapport est aussi présente sur le site de l'ONU. Elle porte un titre très simple mais absolument limpide: Défossiliser nos économies − un impératif.

J'ai peu de commentaires à ajouter, sinon de vous inciter à lire ce texte d'une grande clairvoyance.

Je souligne également l'article 59: 

59. Les États devraient interdire immédiatement :

  a)  La fracturation hydraulique, les sables bitumineux et le brûlage de gaz à la torche;

  b) La prospection et l’exploitation en mer


  c) La prospection ou l’exploitation dans les aires protégées et les zones riches en biodiversité.

lundi 28 février 2022

Sixième rapport du GIEC

Le sixième rapport du GIEC est rendu public aujourd'hui. C'est beaucoup plus tôt qu'initialement prévu que le seuil de +1,5°C sera dépassé; ce sera dès 2030, dans huit ans seulement. 

https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg2/downloads 

samedi 1 mai 2021

Mettre fin aux permis d’exploration d’hydrocarbures au Québec


James Millar porte-parole de Pieridae a indiqué il y a moins d’un an que son entreprise a réévalué ses projets au Québec à la fin de 2019; il déclare que ceux-ci ne cadrent plus avec les projets de la compagnie « Donc, nous n’avons pas de plan de développement dans la province ».  Pieridae avait acquis en 2017 tous les actifs de Pétrolia, après que cette dernière ait grassement obtenu des fonds publics au cours de son existence. Déclarer qu’après réévaluation on raye les projets de développement pétrolier au Québec, n’empêche pas cette même compagnie de déposer une poursuite de $32 millions contre le gouvernement du Québec pour le projet Haldimand annulé.


Le gouvernement devrait mettre fin à la très coûteuse aventure des permis d’hydrocarbures au Québec. Aucun des permis qui arrive à échéance ne doit être renouvelé ou remis sur le marché: il doit tout simplement être retiré. Aucune compensation ne doit être payée par l'État pour le retrait des permis échus. Aucun nouveau permis ne doit être crée par le MERN. Il y aurait lieu aussi de faire enquête pour mettre en lumière les nombreuses failles au MERN dans cette saga, laquelle aura couté depuis 2006 des centaines de millions de fonds publics en pure perte.


Des hauts fonctionnaires ont échafaudé une politique pour promouvoir l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures. Ces hauts fonctionnaires, dont plusieurs sont toujours en poste, et le lobby de l’industrie ont grandement influencé les politiciens qui se sont succédés, et qui pour la plupart n'avaient qu'une expertise fort limitée en ce domaine. Le syndrome des portes tournantes était bien présent : des fonctionnaires qui après avoir créé et distribué les permis, passaient du côté de l’industrie pour s’en faire ouvertement promoteurs.

-  Les permis distribués à rabais: 10¢/hectare comme droits annuels au lancement de cette politique. À lui seul le plus gros ballon dégonflé (Anticosti) aura englouti 92M$ en dépenses et en dédommagement pour le retrait des permis.

-    À cela s’est ajouté des subventions et injections directes de fonds publics dans plusieurs autres projets et compagnies privées (Junex, Pétrolia, etc.)

-  Des commissions d’études (ÉES, BAPE) ont suivi les premiers dégâts constatés. Aucun projet ne s’est avéré viable; les études ont montré que tous créaient des impacts environnementaux majeurs.

Il y a au moins deux autres tentatives de soutirer des millions de fonds publics :

- Lone Pine Resources Inc. poursuit le gouvernement du Canada ) pour 250M$

- Questerre Energy Corp de Calgary a initié une poursuite en 2018 pour faire invalider les règlements de la loi sur les hydrocarbures qui gèlent ses avoirs dans les Basses-Terres du St-Laurent. Le cout pour le règlement de ce litige est encore inconnu, car la poursuite a été suspendue pour y substituer des négociations à huis clos avec le gouvernement.


Lorsqu’on tente d’évaluer les retombées et les couts des aventures récentes impliquant les hydrocarbures au Québec, il est très facile de mesurer les retombées : il n’y a eu que des dépenses et aucun revenu pour l’État. Les faibles rentrées d’argent que donnent les frais annuels des permis sont très rapidement annulées par le couts des salaires des fonctionnaires requis pour gérer ces permis.

Les permis encore actifs en 2021 (source: MERN)


Les dépenses pour l’État sont faramineuses et elles croissent d’année en année; les commissions d’enquête, les inspections sur le terrain, les interventions sur les puits problématiques, les frais judiciaires des poursuites qui s’additionnent. À tout cela il faudrait ajouter au moins 500M$ des couts engendrés par la catastrophe des wagons transportant du pétrole de schiste à Lac Mégantic en 2013. Cela aussi c’était des hydrocarbures non conventionnels obtenus par la fracturation hydraulique, ce que M. Binnion de Questerre se plait à nommer « le miracle économique » du 21esiècle. Pour le Québec, le bilan de ce dossier est au contraire un véritable gouffre économique.


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Addendum du 2 juin 2021, le Centre Québécois du Droit de l'Environnement publie un très intéressant rapport qui démontre la capacité en toute légalité de mettre fin aux activités d'hydrocarbures au Québec.  Mettre fin aux activités de l'industrie des hydrocarbures englobe un éventail plus large d'activités, plus vaste que la seule option de mettre fin aux permis d'exploration. Ne pas renouveler ces permis à leur échéance et ne pas permettre qu'ils soient transférés serait la première étape essentielle; en quelques années, cela mettrait fin à toute activité extractive et/ou d'exploration.

jeudi 2 juillet 2020

Faillite du 2e plus gros joueur de l'industrie du gaz de schiste

Le 28 juin 2020, la Cie Chesapeake Energy a déposé son bilan. Le géant des hydrocarbures a été la figure dominante de l'implantation de la fracturation hydraulique pour l'exploitation de gisements marginaux. Cette firme basée à Oklahoma City est un opérateur dominant au Texas, en Louisiane, au Dakota, en Pennsylvanie, au Nouveau Mexique, entre autres.

Chesapeake Energy avait 37 milliards de dollars d'actifs il y a une dizaine d'années. La fracturation hydraulique a propulsé les USA en tête des pays producteurs ces dernières années, mais cette importante production a entrainé une chute du prix des hydrocarbures. L'effondrement de la demande en raison de la crise de la Covid-19 n'a fait qu'aggraver une situation déjà précaire. 

La firme d'analyse Haynes & Boone de Houston estimait en mai dernier qu'il y avait déjà pour ce début d'année 2020 dix-sept producteurs ayant déclaré faillite aux USA en raisons de dettes cumulant 14
 G$. Chesapeake Energy est le 18e, qui ajoute 9 G$  au passif. Cette même analyse indiquait que 250 producteurs pourraient subir le même sort en raison de l'écart actuel entre les coûts de production et le prix des hydrocarbures. Les déficit des années 2014 à 2019 ont été mesurés à une moyenne de 2.9G$/an; pour l'année en cours le manque à gagner se chiffre déjà à plus de 38 G$.

Quels seront les prochains gros joueurs à se placer sur la loi des faillites aux USA et dans le monde? L'exploitation des gisements marginaux a des coûts d'extraction 100% plus élevés que ceux du pétrole et le gaz extraits des immenses réserves conventionnelles (Russie et Moyen-Orient antre autres).  Les exploitants américains ont emprunté des sommes colossales pendant la dernière décennie; la chute de la demande mondiale en cette année de pandémie de covid vient de sonner l'heure du bilan.

Les faillites ne signifient pas nécessairement un arrêt de la production avec les installations en place, car elles pourront reprises par d'autres. Mais l'accès au capital pour continuer à forer les nouveaux puits qui sont requis pour compenser la production déclinante des puits en place, sera maintenant très restreint.

L'impact climatique de ces faillites a été bien commenté dans un texte du NY Times en juillet dernier. Un nombre considérable de puits fuyants sont laissés dans un état lamentable par les exploitants trop endettés pour les fermés correctement. Pour plaire aux petits producteurs les plus endettés, l'administration Trump vient de lever en août 2020 les obligations réglementaires qui se rapportaient à la correction des fuites, contre l'avis des grands acteurs de l'industrie. 


mercredi 11 mars 2020

Gaz de schiste au Québec - une mise à jour par Richard Langelier

Gaz de schiste au Québec

1. Quelle est la situation du gaz de schiste au Québec ?

En septembre 2018, juste avant de perdre le pouvoir, le gouvernement de Philippe Couillard mettait en vigueur la Loi sur les hydrocarbures et ses règlements d’application. Ceux-ci interdisent la fracturation hydraulique dans le shale (schiste) et imposent des distances séparatrices de 1 km par rapport aux cours d’eau.
Une distance très réduite de 275 mètres devrait, du moins en théorie, protéger les maisons des nuisances et inconvénients liés à la recherche des hydrocarbures.
Comme le schiste est une « roche mère », susceptible d’emprisonner les hydrocarbures, cela limitait fortement la capacité de forer des exploitants dans la vallée du Saint- Laurent, là où se concentre essentiellement le schiste.
Ces règlements sont sous la responsabilité du Ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles (MERN) dont la mission est de développer nos ressources naturelles.
Le problème c’est que le Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP), qui, lui, découle de la Loi sur la qualité de l’environnement, donc du Ministère de l’Environnement, prévoit d’autres règles qui contredisent en partie les règlements du MERN.
En effet, le RPEP permet la fracturation hydraulique sur l’ensemble du territoire et donne des distances séparatrices plus courtes.
Les compagnies gazières ont donc décidé de contester la légalité des règlements du MERN devant la Cour supérieure du Québec,
Le gouvernement de M. François Legault, en refusant d’harmoniser les deux règlements, facilite donc la contestation de la compagnie Questerre : si les règlements du ministère de l’Environnement sont suffisants pour protéger les sources d’eau, n’est-ce pas une démonstration implicite que les règles du MERN sont superflues, exagérées et donc ultra vires ?
Voilà ce que plaidera sans doute la compagnie Questerre.
Lors d’une rencontre avec le ministre Charrette, en juin 2019, le Comité de pilotage des maires et mairesses qui réclament une meilleure protection de leurs sources d’eau potable, le gouvernement s’était engagé à étudier les revendications des municipalités et à y donner suite positivement. Une rencontre avait été planifiée au début de l’automne.
Mais par la suite, le ministre a refusé de rencontrer les élu.e.s locaux, à cause de la contestation de Questerre.
Il faudrait donc que le gouvernement de la CAQ cesse de tenir un double discours. S’il est contre le gaz de schiste, comme il le prétend parfois, qu’il passe aux actes.

2. Pourquoi les gens ont-ils reçus une lettre de Questerre ?

Parce que la compagnie a acheté tous les permis de recherche d’hydrocarbures dans la vallée du Saint- Laurent.
Questerre est une petite compagnie albertaine qui agit comme opérateur pour la multinationale espagnole Repsol.
La Loi sur les hydrocarbures exige plus de transparence et les compagnies ont l’obligation de prévenir municipalités et résidents qu’elles détiennent un permis de recherche d’hydrocarbures.
Cette disposition vise à éviter l’envahissement sauvage des territoires, comme nous l’avions connu de 2008 à 2012.
Questerre répond donc d’abord à une obligation légale en avisant les citoyens et citoyennes du fait qu’elle détient maintenant les permis.

3. Questerre veut-elle faire des forages dans notre région ?

Questerre a toujours soutenu vouloir faire un projet expérimental dans la région de Bécancour-Lotbinière.
Mais l’exploitation du gaz de schiste exige le creusement de milliers de puits, car les puits s’épuisent rapidement. C’est donc une sorte de frénésie.
Si Questerre gagne sa bataille judiciaire, nous pouvons prévoir un envahissement du territoire.

4. Quels sont les enjeux environnementaux ?

Ils sont énormes : pollution inévitable des sources d’eau potable (comme en Pennsylvanie et en Californie).
Problèmes majeurs de santé pour les personnes vivant en périphérie des puits, documentés par des études récentes.
Problèmes géologiques (tremblements de terre).
Problèmes de gestion des eaux usées contaminées (environ 10 millions de litres d’eau ressortent de chacun des puits après la fracturation). Pour être « gérable » et économiquement rentable, il faut des centaines sinon des milliers de puits pour justifier les dépenses engagées pour tenter de dépolluer les eaux usées  issues de la fracturation (BAPE générique sur le gaz de schiste, 2014).
Ces enjeux sont bien documentés. Le Collectif scientifique pour la protection de l’eau potable, dont je suis membre, a déposé, à la demande du Comité de pilotage des municipalités qui réclament une meilleure protection de leurs sources d’eau potable, plus de 300 pages d’études scientifiques qui montrent les effets négatifs importants sur la santé des populations, la qualité de l’eau potable, les conséquences sur le climat et les effets sociaux de ce type de développement.
Récemment, d’autres pays, comme l’Angleterre, se sont joints à la cohorte toujours plus importante de pays qui rejettent ce type de développement.

5. Quels sont les enjeux économiques ?

Il n’existe aucun gisement important connu au Québec. Dans les années 1970 avec leurs immenses moyens, les multinationales de l’énergie (Texaco, Shell, etc.) et la filiale gouvernementale du gaz d’Hydro-Québec, ont cherché des hydrocarbures et n’ont rien trouvé.
Il n’y a donc que des gisements marginaux pouvant difficilement être exploités de façon rentable (les puits gaspésiens les plus importants ont donné quelques milliers de barils de pétrole sur une période de 3 ans; en Arabie Saoudite des puits donnent 100, 000 barils par jour !).
Mais les compagnies qui disposent des permis au Québec sont de petites compagnies dont le seul objectif est de pouvoir clamer qu’elles ont trouvé des hydrocarbures dans l’espoir d’être rachetées par des géants du secteur.
Ces compagnies sont au fond des spéculateurs aux reins peu solides (Gastem qui a poursuivi Ristigouche est incapable de payer la sanction de 175, 000 dollars imposée par le tribunal; Piradee (ex-Pétrolia) est au bord de la faillite et ne peut fermer les puits gaspésiens; Junex, achetée par un fonds spéculatif autrichien, ne sait pas trop où aller…Investissements Québec a dû radier récemment ses actifs détenus dans ce secteur; nous y avons perdu plus de 100 millions de dollars de fonds publics).
Bref, ces compagnies seront incapables de réparer les dégâts qu’elles causeront inévitablement.
On comprend mal qu’un gouvernement qui se targue d’être un champion économique soutienne encore ces canards boiteux qui, de toute façon, ne créeraient pas d’emplois locaux importants (ceux qui gagneront 30 dollars de l’heure seront albertains, non pas québécois…)
Sur le plan géopolitique, le gouvernement Legault devrait prendre garde de ne pas être entrainé dans la guerre économique que mène les États-Unis de M. Trump avec la Russie.
Le marché, voit bien que les tentatives américaines de contrer la construction du pipeline russe North Stream 2 ont échouées (ce qui met du plomb dans l’aile de GNL Québec). Le marché européen du gaz ne sera pas entièrement américain, et la concurrence sera rude pour sa place sur ce marché.
Il importe donc de constater que le développement d’activités liées à la production ou au transport du gaz sur notre territoire menace aussi les autres activités économiques pérennes, souvent au cœur des activités régionales. Elles rapporteraient donc peu, et, en plus de nous réserver des risques qui dépassent de loin les bénéfices, de surcroît, elles nous éloigneraient de nos cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES).
Ces activités sont donc sans nécessité, établies sur la base d’une analyse économique à court terme et déficiente, puisqu’elle externalise les coûts environnementaux, et seraient menées sans acceptabilité sociale, même dans son acception la plus étroite.
Depuis plus de 10 ans maintenant, de toutes les façons possibles (des sondages aux participations les plus diverses dans les consultations gouvernementales, aux pétitions, résolutions municipales, manifestations, rassemblements, etc.) la population a exprimé clairement son opposition s à ce type de développement.
Il y a donc aussi des enjeux politiques, car, de façon évidente, les citoyens et citoyennes n’accepteront pas ce retour des spéculateurs dans leur territoire. Ils ont déjà joué dans ce film. Le gouvernement serait bien avisé d’en tenir compte.

Richard E. Langelier
Docteur en droit (LL.D.) et sociologue

mardi 1 août 2017

Arrêt de l'exploration pétrolière et gazière à Anticosti

Par un arrêté ministériel, le gouvernement met un point final à cette aventure en cul-de-sac. Cependant, et c'était malheureusement prévisible, il fait cela en accordant de très généreuses compensations (>41M$) aux détenteurs des permis d'exploration: 19,5M$ pour Corridor, 5,5M$ pour Junex et 16,2M$ pour Maurel & Prom. Le montant pour Pétrolia est toujours en cours de discussion, ainsi que pour le petit permis de TransAmerican, ce qui fera encore gonfler la facture. Ces montants pour racheter les permis avec des fonds publics montrent un énorme contraste avec ce que ces permis ont rapporté à l'État: à peine plus de 50 000$/an (voir la figure ci-dessous).
Figure 1  Carte des permis détenus dans l'île d'Anticosti avec les données des entrées de fonds pour l'État (790$+9440$+3x13427$) et des sorties (>41,2M$) de fonds gouvernementaux reliés à ces groupes de détenteurs.

Cet arrêté ministériel a le mérite de clarifier une fois pour toutes la position du gouvernement dans le dossier Anticosti. Par contre la véritable raison de la fin de cette aventure en cul-de-sac reste volontairement gardée dans l'ombre. On a pas voulu utiliser l'élément essentiel dans ce dossier: le fait que l'exploitation du pétrole n'avait aucune possibilité d'être rentable*. Le contenu du communiqué indique plutôt que le gouvernement veut insister sur des motifs politiques.
On y invoque l'appui à une demande de classement à l'UNESCO et on lance une flèche au Parti québécois en terminant le communiqué ainsi: "Rappelons que c'est le Parti québécois qui a autorisé le projet d'exploration sur l'île d'Anticosti sans en informer ni consulter la population et qui a signé ce contrat". Cette assertion vise à camoufler le fait que toute l'implication gouvernementale dans la saga Anticosti a débuté bien avant (en janvier 2008) avec la cession des permis d'Hydro-Québec au profit de Pétrolia. C'était sous le gouvernement Charest et je ne crois pas me souvenir "que la population avait alors été consulté ou informée ...". Le gouvernement libéral avait aussi livré 10M$ à Pétrolia en achetant des actions à 1,42$ en 2012; elles en valent moins de 1/10e aujourd'hui. Idem pour Junex.
Les inspections, commissions ÉES, contestations judiciaires devant les tribunaux par Pétrolia, frais d'avocats pour les négociations ont ajouté une somme du même ordre. Tout cela fait beaucoup de fonds publics en pure perte pour soutenir artificiellement un projet jugé non rentable au départ par beaucoup d'investisseurs privés experts dans le domaine. Le Québec devient maintenant le seul endroit sur la planète qui rembourse les dépenses d'exploration en double:
1e) avec les avantages fiscaux combinés Ottawa & Québec (un retour fiscal complexe mais qui frise les 95%), 
2e) plus un dédommagement comptant à la fin des permis qui lui peut dépasser de beaucoup les dépenses brutes réelles.
Et la population applaudit le premier ministre, car il démontre qu'il aime l'environnement et la pêche au saumon dans l'île. Tout le monde est content, même les écolos patentés qui n'y voient pas la très grossière astuce.
Amis albertains qui vivez en ce moment les grandes misères du déclin pétrolier chez vous, venez forer au Québec, on vous garantit un rendement de 100% libéré de tout risques.


Cette façon d'annuler des permis à Anticosti contre un dédommagement substantiel risque d'avoir un impact très négatif sur des causes pendantes devant les tribunaux. Dans la cause Lone Pine Ress. Inc. contre le gouvernement, la compagnie réclame 118,9 millions US pour l'annulation d'un seul des cinq permis qu'elle avait obtenu de Junex Inc. par affermage. Le permis a été révoqué par l'entrée en vigueur de la loi 18  le 13 juin 2011. Ce type de réclamation est reconnu abusif par plusieurs, mais la cause n'étant pas encore entendue, on ne peut présumer si cela influencera son issue. L'autre cause qui sera débattue cet automne oppose la cie Gastem de l'ex ministre libéral Raymond Savoie contre la municipalité de Ristigouche-Sud-Est; la compagnie réclame 1,5 millions à la municipalité pour avoir adopté un règlement de protection de l'eau souterraine. La aussi le principe de limiter les privilèges reliés aux permis pétroliers est au coeur du litige. Les juges aiment peuvent s'éclairer avec des précédents et les pratiques courantes; voilà le danger.

Le gouvernement du Québec a toujours refusé d'appuyer Ristigouche dans ce dossier, laissant les 168 habitants se débrouiller avec cette réclamation; il aide certes les résidents d'Anticosti, mais risque de nuire grandement à ceux de Ristigouche.

Il y aura d'autres causes, car la loi sur les hydrocarbures adoptée en décembre dernier érige en droits absolus ce qui était plutôt auparavant considéré comme des privilèges. La couronne, le roi dans le code très ancien, accordait et retirait ces privilèges de puiser des ressources sur les terres de l'État. C'était médiéval comme pouvoir mais le code civil en a gardé le principe en l'adaptant aux États démocratiques. On parle encore des terres de la couronne quand on réfère au terres appartenant à l'État. Le sous-sol et les ressources géologiques dans leur ensemble appartiennent à l'État, même sous les terrains privés et même quant l'État cédait un bail "locatif" d'usage privé limité dans le temps. Le tarif d'un bail minier locatif était toujours ridiculement bas (10¢/ha  ou 10$/km2) car il était entendu que l'État demeurait en tout temps seul propriétaire et pouvait restreindre ou éteindre le permis quand le bien commun l'exige.

Ce sera de moins en moins le cas, car cette vision est en train de changer avec les lois et règlements récents adoptés par le gouvernement Couillard. Une fois accordés, les droits pétroliers deviennent des titres de propriétés privés quasi-intouchables et prioritaires sur toute autre dans la loi 106 adoptée sous le bâillon en décembre 2016. Gare à toute autre loi, ou règlement, municipal, provincial ou fédéral qui tente d'en restreindre l'usage; il y aura un coût inévitable à payer aux privilégiés détenteurs de titres pétroliers. Plusieurs organismes ont exprimé des sérieuses réserves sur les dispositions de la loi et l'arbitraire qui découle de sa promulgation sans les règlements associés requis (Barreau du Québec et la chambre des notaires). En cette fin de juillet 2017, le gouvernement installe un précédent dangereux: le principe du dédommagement quant il y a atteinte au titre pétrolier.

La jurisprudence s'installe avec les pratiques en cours. Le bien public, l'environnement au premier chef, devient maintenant très menacé, car l'adoption de mesures de protection pourra devenir très coûteuse en frais de dédommagement. Plusieurs personnes vont trouver que dépenser plus de 100M$ pour assurer la protection d'Anticosti, c'est trop cher. Les gouvernements dont les finances sont toujours serrées protégera peut-être moins dans l'avenir; on adoptera peu de règlements si leur impact risque d'être coûteux en frais de dédommagement.

La cohérence du gouvernement dans le reste de ce secteur pétrolier demeure  donc fort discutable; la loi sur les hydrocarbures contenue dans le texte de la 
loi 106, autorise la fracturation hydraulique de façon extrêmement laxiste, alors que de plus en plus de pays ailleurs dans le monde votent des lois pour l'interdire. La vraie cohérence exige que ce qui est inacceptable à Anticosti ne devrait pas être acceptable ailleurs au Québec.

Voici un survol sommaire des endroits où il y a interdiction de la fracturation hydraulique:

En Australie le parlement de Victoria a voté une loi en mars 2017 qui interdit l’exploitation de gisements non conventionnels :

Aux USA, le Vermont  en 2012, l’État de New-York  en 2015, le Maryland en 2015 aussi ont interdit la fracturation hydraulique. Le sénat du Massachusetts a approuvé une loi interdisant la fracturation ainsi que le traitement ou rejets d’eau de fracturation dans les limites de l’État.  Le comté de Monterey en Californie a voté Oui à une loi interdisant la fracturation. Au Texas et au Colorado des villes se prononcent aussi contre.

En Suisse, dans le canton de Vaud, il y a un moratoire contre la fracturation depuis 2011; la population locale juge cependant que ce n’est pas assez, car un gouvernement conserve la possibilité de mettre fin à un moratoire. La population souhaite une interdiction complète.
En Allemagne en juin 2016, après des années de discussions sur le sujet, la loi interdisant la fracturation est votée.
Ces interdictions existent en France  depuis 2011 et en Bulgarie depuis 2012. Les Pays-Bas ont adopté en 2015 une interdiction jusqu’en 2020. En juin 2017, c'est l’Irlande qui s’ajoute à cette liste de pays européens. 

Au Canada, dans trois des dix provinces il y a de facto un moratoire complet: Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Terre-Neuve. Le Québec a un moratoire de facto partiel, car ils s'applique uniquement à la région des Basses-Terres, plus l'interdiction totale de travaux d'exploration pétrolière dans l'Île d'Anticosti. Avec l'adoption en décembre 2016 de la loi sur les hydrocarbures et des règlements qui s'y rattachent, le message envoyé à l'industrie reste des plus ambigus: la fracturation hydraulique demeure autorisée dans l'ensemble du territoire. Les règlements adoptés récemment visaient manifestement à favoriser le démarrage d'une industrie québécoise d'extraction des hydrocarbures, bien que localement et selon le vent politique, on intervienne pour faire brusquement marche arrière (Anticosti).

Interdire la fracturation (hydraulique ou par tout autre méthode du genre) aurait été et aussi demeure la meilleure approche pour légiférer en matière d'exploration/exploitation d'hydrocarbures, c'est pour cela que tant d'États et de pays le font. Cela exclurait automatiquement l'exploration de gisements non conventionnels comme le shale d'Utica dans les Basses-Terres du St-Laurent ainsi que le pseudo gisement de roche mère à Anticosti. Les permis d'explorations n'auraient pas du être abolis avec compensation; on pouvait les laisser valides jusqu'à leur expiration et ensuite ne pas les renouveler tout simplement. Rien ne précise dans un permis d'hydrocarbures le type de gisement visé; la recherche des gisements conventionnels demeurerait valide pour ces permis. Comme on sait qu'il n'y en a aucun conventionnel à Anticosti, comme on sait aussi que le gaz de schiste de l'Utica n'entre pas dans cette catégorie, l'exploration cesserait d'elle-même dans ces deux zones. Même en Gaspésie où un petit potentiel demeure pour du conventionnel, une loi interdisant clairement la fracturation réglerait aussi probablement les cas de Haldimand et de Bourque pour lesquels, sans le dire ouvertement encore, Pétrolia se rend compte qu'il s'agit de gisements marginaux non économiques avec seulement des techniques conventionnelles.

La démarche du gouvernement a été et demeure fort illogique et très imprudente: la loi 106 et ses règlements visent à ouvrir le Québec à toutes les formes d'exploitation, conventionnelles et non conventionnelles. On a voulu plaire tous azimuts au lobby pétrolier. Politiquement parlant le gouvernement se rend ensuite compte que fracturer la Montérégie, fracturer Anticosti ça n'a pas de bon sens. Il fait marche arrière de la pire façon qui soit: en mettant fin unilatéralement à un contrat signé en bonne et due forme et en annulant des permis avec compensation. Sans fracturation hydraulique possible, Junex par exemple conserverait des permis de recherche applicables seulement à de l'exploration de gisements conventionnels. Or il n'y a aucun gisement de ce type dans ses permis à Anticosti; ces permis seraient tombés en désuétude d'eux-mêmes. À leur échéance, le gouvernement n'aurait eu qu'à ne pas les céder à aucun nouveau détenteur, à les abroger tout simplement. Payer Junex et transAmerica pour abolir leurs permis à Anticosti est une aberration: aucun contrat d'exploration ne les lie au gouvernement. C'est un cadeau d'amis purement et simplement.

Pour Pétrolia, Corridor, St-Aubin (M&Pr), le contrat limitait les dépenses d'Investissement Québec à 57,5M$. Quand certains parlent d'engagement contractuels de 115M$ "qu'il faut respecter", ils mentent grossièrement. L'autre moitié de ce 115M$ n'a jamais fait l'objet de contrat et est tombé en désuétude dès novembre 2014 quand Junex a déclaré forfait. Selon les journaux, Investissement Québec a déjà fourni à l'opérateur Pétrolia un peu moins de 20M$. Une solution aurait pu aussi être de laisser aller l'exploration pour dépenser le reste. Le contrat serait tombé de lui-même après un déboursé additionnel certes, mais moindre que les 41M$ annoncés le 28 juillet. Il aurait fallu pour que cette solution soit un peu acceptable que le gouvernement n'ait pas récemment encore accordé de manière irréfléchie des autorisations de prélèvement d'eau et des permis de fracturation. Il aurait dû n'autoriser au final que de l'exploration conventionnelle.  Les partenaires voyant que la fracturation est exclue auraient peut-être d'un commun accord renoncé avant même la fin des dépenses devenues inutiles. Au pire on aurait dépensé jusqu'au bout, mais personne n'aurait pu exiger des compensations en fin de contrat.

En plus du Québec, seul Morel&Prom avait à payer quelque chose; cette firme avait un droit de retrait dès que le total des frais d'exploration atteidrait 35M$. Au 28 juillet 2017 on était probablement rendu tout près de ce montant. Il ne restait peut-être que quelques millions, soit le coût d'un seul forage. La transparence fait cruellement défaut car on n'a rendu public, ni le contrat, ni les dépenses. Le territoire d'Anticosti est public, le financement de l'exploration a été fait majoritairement avec des fonds publics; pourquoi garder ce contrat secret? Pourquoi avoir annulé unilatéralement le contrat juste avant cette échéance? Ça sert surtout objectivement à justifier le transfert massif de fonds publics vers les promoteurs privés. Le vérificateur général devrait enquêter sur cela.

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* Je crois utile à propos de la non rentabilité manifeste du pseudo-gisement d'Anticosti de résumer certains chiffres d'une étude cruciale, qu'on passe complètement sous le radar: il s'agit des données de l'ensemble de l'exploration, incluant les tous derniers forages. Les chambre de commerce, la CAQ, l'Institut Économique de Montréal, etc. vont continuer de prétendre qu'on ne connaitra jamais le potentiel réel du pétrole d'Anticosti, qu'on renonce à exploiter nos ressources créatrices de richesses d'ici, etc. Or c'est faux; les travaux d'exploration complétés jusqu'à maintenant donnent une image précise et adéquate. Cependant les promoteurs ont choisi de ne pas présenter l'ensemble des informations récemment collectées, car elles ne sont pas en appui pour leurs prétentions.

La figure 2 ci-dessous montre les densités en hydrocarbures en place calculés par les chercheurs de la Commission Géologique du Canada (Cheng et a, 2016). C'est une étude publiée en mai 2016, quelques jours avant le dépôt du rapport de l'ÉES. Ni l'ÉES, ni le gouvernement, ni Hydrocarbures Anticosti, encore moins les Pétrolia et consorts qui négocient des millions actuellement n'ont publicisés ces résultats. Et pour cause! Les données démontrent amplement qu'on a pas besoin d'autres explorations et que le potentiel d'exploitabilité est inexistant. Avec cette évaluation, on connait non seulement les quantités d'hydrocarbures, mais on a des évaluations distinctes pour les rapports en gaz et en pétrole.

Le contour violet sur la carte Huile et sur la carte Gaz montre le scénario optimisé qui représente une hypothèse d'exploitation de la meilleure zone avec 4155 puits. Le coût brut de chaque puits est fixé à 10M$ (dollars US dans tout ce qui suivra); le coût pour 4155 puits est donc de l'ordre de 42G$. À cela s'ajoutent des coûts d'exploitation, des coûts pour la liquéfaction du gaz, etc.; 98G$ ou 58G$ selon deux estimations dans le rapport économique (tableau 9, p.29) déposé à l'ÉES. La somme des dépenses se situerait entre 100G$ et 140G$ pour cette zone de 4155 puits qui couvre 23% seulement du territoire. Cent vingt milliards de dollars (120G$) c'est la moyenne des deux valeurs des dépenses. C'est la somme considérable requise pour exploiter un peu moins du quart du territoire.

Figure 2  Les hydrocarbures (pétrole et gaz) en place à Anticosti, la zone d'exploitation envisagée dans le scénario optimisé (4155 puits), ainsi que les quantités qui seraient extraites dans l'hypothèse des taux de récupération les plus optimistes. Données en milliards de barils ou barils équivalents pétrole (Gbbl et Gbep)


Avec la compilation des données géologiques dans les deux cartes de Cheng et a, 2016, (fig. 2 ci-dessus) on constate qu'il y a bien moins que 43Gbbl en pétrole dans l'ensemble territoire des permis; en fait il y en a 29,4Gbl. À cela s'ajoute 7,6Gbep en gaz (Gbep= milliard de baril équivalent pétrole) pour un total de 37Gbep.

Dans la zone du scénario optimisé la compilation réduit à 6,5 Gbbl le pétrole en place dans le shale. Le taux de récupération conservateur est 1,2%; le taux optimiste envisageable (estimé le plus haut) est fixé à 1,8%. Dans les nombres indiqués au bas de la figure 2, on ne prend que l'estimé haut, lequel appliqué au 6,5 Gbbl de pétrole en place permet d'obtenir la quantité de pétrole qu'on tirerait des 4155 puits: 117 millions de barils, arrondi et exprimé en milliards dans la figure 2 (0,12Gbbl).

Quel revenu tirerait-on de ces 120 millions de barils? J'ai utilisé une valeur de 100U$/baril dans un autre texte, ce qui donnait 12G$; un très gros déficit d'opération en vue!  Allons-y cette fois-ci avec 200U$/baril, bien qu'en réalité c'est là une valeur aucunement réaliste. Le revenu brut monte à 24G$; ce qui ne couvre que le quart des dépenses. Y aurait-il un prix qui rendrait Anticosti rentable? 800$ par exemple pour amener la valeur extraite au niveau de l'estimé le plus bas des dépenses (100G$)? Et si on tient compte du gaz vendu?  Aucune de ces hypothèses n'est envisageable. 

Premièrement le gaz tiré de l'Île ne pourra jamais arriver au prix du gaz exploité ailleurs. Le gaz sera au contraire un coût, pas un revenu; il faudra s'en défaire d'une façon ou d'une autre. La figure 2 montre qu'on obtient à la sortie des puits en moyenne trois fois plus de gaz que de pétrole, pourtant en place il y en a 3,5 fois moins. Cela s'explique par le taux de récupération du gaz (15%) nettement plus élevé que celui du pétrole (1,8%). Les données des cartes Cheng et al, 2016 indiquent qu'Anticosti a un rapport Gaz/Pétrole prévu  nettement plus élevé que ce qu'on trouve au Dakota par exemple. C'était déjà connu en 2013 : "Des données certes fragmentaires (tableaux 2 et 3 ci-dessus) montrent que le rapport gaz/pétrole pour le Macasty (40,9/27,8 = 1,47) est plus du triple que celui mesuré dans le Bakken (16,6/42,7 = 0,39)". Il est impossible dans un puits d'exploiter seulement le pétrole; le gaz sort du shale fracturé avec le pétrole et il sort même beaucoup plus rapidement du shale fracturé.

Dans le Bakken, le brûlage pur et simple du gaz excédentaire est une catastrophe environnementale énorme. Anticosti aurait un problème nettement plus considérable; brûler ce 350Mbep de gaz faute de pouvoir le sortir commercialement de l'Île représenterait la solution la plus économique, mais il y aurait quand même un coût faramineux si ce rejet devait être facturé au marché du carbone. En réalité, les nouvelles réglementations interdisent maintenant le brulage à la torchère au Canada. Il devrait donc être vendu à perte; les installations requises pour le gaz (gazoduc. usine de liquéfaction, transport, etc.) ont une large part dans le déficit global de l'ensemble des opérations.

Pour ce qui est d'un pétrole à 800$, oubliez ça même dans une analyse purement théorique; c'est une hypothèse tout simplement non envisageable pour notre calcul ici, car il faut dans un tel cas parler du facteur EROI. Ce facteur en termes simples exprime la quantité d'énergie extraite (le pétrole extrait dans le gisement dans le cas présent) divisé par la quantité d'énergie dépensée pour l'extraire et le transporter. Anticosti est un cas où le rendement de l'extraction par fracturation est nettement sous la valeur trois.

Avec une valeur d'EROI=3, on consomme l'équivalent énergétique d'un baril pour en extraire trois. Tout gisement doit avoir un EROI plus grand que trois sinon ce n'est pas un gisement, quelque soit le prix atteint par ce qu'on veut extraire. Plus le prix du pétrole augmente, plus les coûts d'extraction augmentent. Beaucoup de coûts annexes (matériaux, salaires, etc.) en plus du coût même des combustibles (pour les foreuses, compresseurs, camions, bateaux etc.) augmenteraient aussi. Avec les données qui indiquent qu'un baril à 200$ ne rapporterait que le quart des dépenses, l'EROI de ce site l'exclut tout à fait de ce qu'on peut considérer comme un gisement potentiel, même dans un futur indéfini. 

Les données indiquant que le shale Macasty d'Anticosti ne permettaient jamais d'y envisager un gisement potentiellement rentable et exploitable existent depuis bien avant 2014. Le shale d'Anticosti n'a jamais figuré sur les cartes des gisements réels et potentiels de roche mère (figure 3 ci-dessous) et il ne constituera jamais non plus un gisement. Les promoteurs, ceux-là mêmes qu'on dédommage à grands frais en ce moment, n'ont utilisé que des valeurs gonflées à l'hélium pour rouler le gouvernement dans la farine et l'inciter à investir dans l'exploration; ils y trouvent un avantage financier immédiat. Les données récentes de 2016 démontrent hors de tout doute que leurs arguments étaient trompeurs.

Figure 3  Les gisements de pétrole et de gaz de schiste Au Canada et aux États-Unis; traduit de PackWest C.P.