vendredi 1 janvier 2100

Présentation générale du site

             N'oubliez pas de lire chaque mois mon nouveau billet    


Vous trouverez avec les onglets en haut de cette page, des liens ordonnés vers mes documents techniques, qui sont également mis en file chronologique ainsi qu'en liste par sujet (dans la colonne de droite sur cette page, plus bas après la liste des pages les plus consultées).  L'accès par les onglets offre une présentation différente, qui  vise à rendre plus conviviale et plus logique l'accès à ces documents. J'expose dans ces écrits les résultats des analyses que je fais avec une approche totalement indépendante. Il n'y a que la vérité des faits scientifiques qui me motive; je n'ai pas d'intérêts personnels, ni de lien direct ou indirect avec quelque partie liée à ces sujets.

N'hésitez pas à ajouter des commentaires et/ou des questions, directement sur ces pages si c'est d'intérêt général. Si par contre vous souhaiter me contacter plus directement, vous pouvez m'envoyer un courriel: -->   durand.marc@uqam.ca.  Mon profil scientifique se retrouve sur Research Gate.

J'ai commencé en décembre 2010 à analyser la question de ce qui est communément appelé "le gaz de schiste".  Je ne rejette pas cette appellation qui est entérinée dans le langage courant, ainsi que dans la dénomination des commissions d'enquête que le gouvernement a créées pour ce sujet (ÉES, BAPE, etc.). Il y a cependant une expression plus scientifiquement juste: les gisements d'hydrocarbures de roche mère, que j'emploi pour le nom de ce site et pour la majorité de mes documents.

On désigne ces nouvelles ressources comme des gisements non conventionnels de pétrole et de gaz, car tant par leur nature géologique que par la méthode d'extraction employée (la fracturation artificielle requise), ils sont bien distincts des gisements conventionnels d'hydrocarbures. Les impacts économiques et environnementaux très négatifs qui en résultent sont également très différents.

Je tiens à remercier tous mes fidèles lecteurs. J'ai créé ce site spécialisé le 1er août 2014 en espérant qu'il soit utile à la compréhension des questions techniques reliées aux gisements de roche mère. Je suis heureux de voir qu'il remplit ce rôle auprès d'un nombre toujours croissant. En août 2015, un an après son ouverture, il y avait eu 20 000 vues. Après deux ans, la fréquentation a augmenté de façon significative, notamment en 2016 où il y a eu 10 000 vues par mois comptabilisées sur ce site. Le total cumulatif a dépassé 200 000 en mai 2017, puis 345 000 en juillet 2021. Par la suite, grâce notamment à l'outil de traduction en haut à droite de la page, la fréquentation oscille entre 1000 et 2000/mois, ce qui a permis au site de franchir en 2025 la barre des 400,000 vues cumulées.

Au Québec la fracturation hydraulique est maintenant interdite dans le schiste des Basses-terres du St-Laurent et la menace sur Anticosti a également été écartée; ces deux sujets ne sont plus dans l'actualité. En 2020 moins de lecteurs du Québec fréquentent ces pages, mais mon site rejoint maintenant des lecteurs de partout dans le monde. Les problèmes techniques et environnementaux reliés à la fracturation des gisements d'hydrocarbures disséminés dans leur roche mère sont universels. L'expérience d'ici peut servir aussi ailleurs. Mon "billet mensuel" a été très populaire entre 2014 et 2021; ensuite ces publications ont été plus espacées; les billets ne sont pas interrompus et ils seront encore publiées à l'occasion pour intervenir spécifiquement sur des sujets précis.

La question de la fracturation hydraulique et de l'exploration pour la recherche d'hydrocarbures a finalement été réglée au Québec en 2022. La dernière tentative des promoteurs a été présente le dossier de GNL au Saguenay en 2020 et 2021. Il reste encore dans le paysage d'ici des poursuites intentées devant les tribunaux par des promoteurs déçus.

samedi 28 mars 2026

Marinvest Energy: un projet à la Northvolt ? ou pire ?

Nos politiciens locaux sont malheureusement bien souvent prêts à donner une écoute attentive pour des projets soumis par des promoteurs externes. On ne devrait pas si automatiquement croire toutes les belles promesses quand il s'agit de promoteurs qui n'ont pas les reins très solides. Marinvest Energy est une jeune entreprise créée à Bergen en Norvège en 2020, une société par actions. Est-ce un peu comme Northvolt qui avait lancé un gros projet d'usine de batterie au Québec, mais qui s'est révélée insolvable; le projet d'usine Northvolt a avorté. J'ai demandé à l'IA si cette nouvelle aventure avec Marinvest Energy peut poser un risque semblable. Voici les infos que l'IA a résumées en quelques points importants.

Marinvest Energy AS n’est pas une grande compagnie énergétique classique (comme Equinor), mais plutôt un développeur de projets énergétiques internationaux, avec un focus sur le LNG et la transition énergétique.

Voici une analyse complète et critique de Marinvest Energy AS basée sur les informations les plus récentes disponibles.


Chiffre d’affaires (estimé)

Aucun chiffre d’affaires public disponible, mais on peut estimer :

Indices concrets

  • Entreprise créée en 2020 à Bergen, Norvège Numéro d’enregistrement : 925 067 01
  •  phase développement uniquement 
  • Aucun actif opérationnel connu (pas de terminal construit)
  • Activité = développeur de projets, pas un opérateur
  • Filiale canadienne :  quasi aucun employé (1 seul identifié) 

Estimation réaliste

  • CA actuel : probablement proche de 0 à quelques millions $ max
  • Revenus possibles :
    • études de faisabilité
    • partenariats / financement
    • advisory technique

Donc ce n'est pas une entreprise générant du cash-flow industriel. C'est plutôt une structure “promoteur de mégaprojets”


Projets en cours (connus)

- Projet majeur : Baie-Comeau (Québec)

   Le cœur de leur stratégie actuelle

  Composantes :

  • Usine de liquéfaction de gaz (LNG)
  • Terminal maritime d’export
  • Pipeline d'environ ~1000 km
  • Approvisionnement en gaz de l’Ouest canadien (gaz produit par la fracturation hydraulique)

  Taille :

  • Jusqu’à ~10 millions de tonnes LNG/an
  • Potentiellement 3e plus gros projet LNG au Canada

  Statut :

  • Très préliminaire :
    • pas de dépôt officiel complet 
    • discussions confidentielles avec Ottawa (NDA) 
    • consultations autochtones en cours 

Autres projets ?

Aucun projet concret confirmé ailleurs

  • Pas de projets opérationnels en Europe ou ailleurs
  • Aucun terminal LNG construit à ce jour
  • Positionnement :
    • développeur international
    • mais pipeline de projets très opaque

Donc le projet du Québec est leur projet principal (voire unique)


Analyse de crédibilité

Points positifs: 

Direction issue du secteur (pipeline, LNG)

Positionnement stratégique cohérent (demande européenne LNG)

Soutien exploratoire :

    • discussions fédérales
    • intérêt politique local 

Signaux de risque importants

1. Structure extrêmement légère,  typique des “project developers” sans capacité interne

  • Filiale canadienne : 1 employé connu
  • Aucun effectif significatif public

2. Absence de capacité financière démontrée

  • Aucun chiffre d’affaires
  • Aucun financement annoncé
  • Aucun partenaire industriel majeur connu

  Un projet LNG de cette taille = 10 à 20+ milliards $ - énorme écart entre ambition et moyens

3. Opacité inhabituelle

  • NDA avec le gouvernement fédéral 
  • Très peu d’informations publiques
  • Pas de documentation technique accessible

      Ce type d'opacité est en fait rare pour un projet d’infrastructure majeur


4. Historique de projets similaires échoués

  • Le projet ressemble fortement à :
    • GNL Québec (rejeté)
    • autres projets LNG annulés

 mêmes enjeux :

  • environnement
  • acceptabilité sociale
  • rentabilité

5. Risques réglementaires majeurs

  • Opposition politique et environnementale forte 
  • Enjeux autochtones importants 
  • Processus d’évaluation non commencé
  • probabilité élevée de blocage

Comparaison avec Northvolt (très pertinent)

Tu fais une excellente analogie — mais il y a une différence clé :

Facteur

Northvolt

Marinvest Energy

Financement

milliards levés

inconnu

Partenaires

VW, Goldman Sachs

aucun majeur

Revenus

précommandes batteries

aucun

Capacité technique

usine en construction

aucun actif

Transparence

élevée

faible


Conclusion :
 Marinvest est beaucoup plus risqué que Northvolt à ses débuts

Est-ce qu’il y a un risque similaire (voire pire) ?

       Oui — et probablement plus élevé.

 Raisons clés :

  1. Entreprise beaucoup plus petite et opaque
  2. Aucun financement structuré connu
  3. Projet extrêmement capitalistique
  4. Acceptabilité sociale très incertaine
  5. Historique négatif au Québec pour ce type de projet


Verdict final

Marinvest Energy = promoteur de mégaprojet à stade très précoce, avec faible capacité démontrée

Probabilité réaliste (ordre de grandeur) :

  • Projet réalisé : faible à modérée
  • Retards majeurs : très probable
  • Abandon / transformation : probable


Conclusion claire

-  Le risque d’un scénario type Northvolt (ou pire) est réel
Même possiblement plus élevé, car :

  • moins structuré
  • moins financé
  • moins avancé

mercredi 18 mars 2026

Le Québec n'a pas renoncé à de la richesse en renonçant à des gisements non rentables.

Le gaz de schiste (du shale d’Utica) revient dans l’actualité de ce mois de mars 2026 suite à la prise de position de Christine Fréchette. J’écoute les entrevues données dans les médias avec un grand intérêt mais aussi avec une déception. Il y a un élément de la discussion qui m’interpelle, car il est omniprésent et inexact: plusieurs intervenants abordent ce dossier comme si le Québec aurait renoncé aux richesses souterraines d’hydrocarbures pour des raisons d'environnement, de risque à la santé, de manque d'acceptabilité sociale, etc. Cela suppose dans l’argumentaire que les ressources exploitables existeraient, mais qu'on y aurait renoncé pour X raisons.  Or, il y a eu suffisamment d’exploration géologique et des forages pour qu’on ait pu se prononcer sur l’exploitabilité commerciale de l’Utica, tout comme aussi du shale Macasty à Anticosti.

Les coûts d’exploitation dans l’Utica, comme aussi à Anticosti, seraient très supérieurs au rendement économique de l’exploitation envisagée. J’ai étudié cette question avec énormément de soin et d’objectivité. Il y a eu suffisamment d’exploration et d’études pour démontrer l’impossibilité strictement commerciale d’avoir un revenu d’exploitation capable de rembourser les coûts d’extraction. Le Québec n’a pas renoncé à aucune richesse; le shale d'Utica dans la plaine du St-Laurent n'était pas exploitable économiquement. Il ne le serait pas plus dans le contexte actuel.

Il y a plusieurs arguments invoqués l'arrêt de l’aventure des gaz de schiste au Québec (2008 à 2022). Mais celui qui est le moins souvent mentionné est malgré tout celui qui a été déterminant il y a dix ans: l'industrie après avoir foré et fracturé des puits en 2008, 2009 et 2010, s'est rendu compte que la stricte rentabilité commerciale du gaz de l'Utica n'était pas possible, même en supposant des prix du gaz trois fois plus élevés qu'à l'époque (~3U$ le 1000pi.cu.).

Le meilleur puits fracturé (A175 St-Edouard HZ No1) ne pouvait livrer que 4M$ de revenu alors qu'il en coûtait quatre fois plus (12 à 15M$*) pour forer et compléter un forage par la fracturation hydraulique. Talisman Energy et les autres compagnies ont finalement rayé ces puits de leurs actifs, et cela avant même que le BAPE et l'ÉÉS livrent les conclusions de leurs études. La stricte rentabilité commerciale étant impossible à envisager dans le shale d'Utica, aucun investissement privé ne viendra à nouveau y envisager une exploitation éventuelle. Du côté des promoteurs, on a cherché à camoufler cet élément dans le débat. Du côté des opposants, on a mis de l'avant une foule d'arguments dont le manque d'acceptabilité sociale. Les médias ont beaucoup rapporté tout le détail de ces perceptions opposées et le fait objectif de la non rentabilité d'une exploitation de l'Utica est ainsi passée sous le radar.

À l'époque, l'activité d'exploration était largement subventionnée (Ministères + Investissement Québec); sans ces incitatifs, elle n'aurait même pas démarré ici en 2008. Des dizaines de millions de fonds publics sont été perdus dans ces trous.

En réalité, il n'y a eu que des intérêts purement spéculatifs à l'étape de l'exploration. L'État avait initialement distribué des permis d'exploration à des prix ridicules. Comme le gouvernement est actuellement poursuivi pour motif "de privation de profits anticipés", il y a pour les anciens détenteurs de permis un avantage certain à ce que le mythe de l'existence de gisement rentable reste présent dans le discours public et politique.

Le prix actuel du gaz en Amérique du Nord a certes fluctué au cours des années, mais le prix actuel (~3,55U$) n'est que très légèrement supérieur au prix de 2010, en raison principalement de la grande abondance de gaz sur le marché nord américain. On ne pourrait jamais localement exploiter le pseudo potentiel de l'Utica de façon rentable.

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* Info qu'on m'a communiquée verbalement à l'époque par un des principaux dirigeant des compagnies alors actives dans les Basses-Terres du St-Laurent.

jeudi 6 novembre 2025

La capture et le stockage géologique du gaz carbonique

Pour ce billet, je dois avouer que je suis cette fois-ci devenu un peu paresseux; je n’ai écris moi-même que les parties du texte qui sont en vert. Le reste du texte, vous l’aurez compris, est le résultat d’une discussion que j’ai amorcée avec l’IA. Je me suis mis au goût du jour. J’ai prudemment évalué et édité à l’occasion la partie du texte produit par l’IA.

Le sujet de la capture/stockage du CO₂ (carbon capture and storage -CCS- en anglais) se pointe de plus en plus dans l’actualité. Ce n’est plus simplement une proposition théorique, car déjà les promoteurs du CCS quêtent et obtiennent partout dans le monde des subventions. Ces fonds publics sont très souvent soutirés aux fonds verts, etc.

Les promoteurs du CCS sont en fait des acteurs de l’industrie des hydrocarbures. Ils promettent la main sur le coeur que les futures expansions de leur industrie vont se faire en « éliminant » le CO₂ qui sera encore ajouté au bilan mondial. La mise en avant des promesses du CCS visent avant tout à installer pour l’industrie pétrolière une possibilité, non seulement de poursuivre leurs activités extractives, mais également de permettre une expansion durant encore quelques décennies.

Toutes les techniques actuelle de CCS sont bien incapables de faire cela; les seules installations actuelles et les suivantes envisagées ne pourront traiter qu’une infime partie du CO₂ rejeté annuellement dans l’atmosphère. Leurs projets actuels sont tous très loin de la rentabilité, ce qui fait que les promoteurs sont activement à la recherche de fonds publics. Des projets-pilotes sont souvent réalisés en association avec des universités ou des instituts de recherche, ce qui facilite justement l’obtention d’investissements publics. Par citer un exemple local, l’INRS vient d’obtenir 5M$ du fédéral plus $426,500 du Québec pour une étude de CCS dans la région de Bécancour. Comme ancien professeur-chercheur, je n’ai rien contre la recherche évidemment; seulement j’ai de forts doutes sur la pertinence du choix de la région de Bécancour et de la faisabilité éventuelle d'y réaliser un projet réaliste de CCS. Bref, je n’aurais pas peut-être pas recommandé l’utilisation de fonds publics pour ce projet. Il y a de multiples façons de mieux utiliser ces fonds dans la lutte au réchauffement climatique.

Revenons au stockage du gaz CO₂ dans le substratum profond, ce que je désigne dans le reste du texte par CCS. Au départ cette idée vient des pétrolières. Injecter d’énormes volumes de gaz dans les strates poreuses des gisements épuisés leur est apparu comme une excellente initiative, « win-win » comme on dit dans ces milieux. D’une part on se débarrasse du gaz CO₂, d’autre part ça remet en pression les poches résiduelles d’hydrocarbures dans des gisements vieillissants qui peuvent alors être extraites par les puits voisins encore actifs. C'était très pratique et peu coûteux de réutiliser les anciens puits dans des gisements épuisés, mais aussi très dangereux, car le gaz peut alors fuir par des centaines de vieilles structures qui souvent ne sont même pas inventoriées. L'aternative consiste maintenant à identifier des nouveaux emplacements poreux dans la géologie profonde pour implanter des puits dédiés au CCS.

Je publie ce texte, qui a priori ne semple pas être un sujet relié aux gisements non conventionnels d'hydrocarbures, mais en réalité, la gestion des puits de stockage CCS soulève les mêmes interrogations que j'ai analysées dans ces pages sur les gisements non conventionnels. Il y a plusieurs questions techniques reliées au CCS. Dans ce billet, je ne vais m’attarder que sur une seule de ces questions. Elle est identique à celle que j’ai posée, il y a une décennie, à propos de l’industrie du gaz de schiste: la gestion à moyen et long termes des puits une fois achevés.

Voici le libellé de la question que j’ai posée à l’IA: « Étant donné la dégradation probable des puits dans le temps, quelle doit être la durée de monitoring de ces puits qui seront implantés dans le substratum pour y stocker d’importants volumes de gaz CO ? Des décennies? Des siècles? Des millénaires ? »

La surveillance des puits de capture et de stockage de carbone (CCS) doit généralement être maintenue pendant plusieurs décennies, l'objectif étant d'assurer la permanence du stockage pendant des siècles, voire des millénaires.

Voici une ventilation des délais :

Période de surveillance réglementaire (décennies) : Les réglementations, telles que les règles américaines de l'EPA (Environmental Protection Agency) pour les puits de classe VI, exigent généralement une période de surveillance post-injection d'au moins 50 ans, à moins que les régulateurs n'approuvent un calendrier alternatif basé sur des données spécifiques au site. Dans d'autres juridictions comme l'Alberta, la phase initiale de surveillance post-fermeture requise avant le transfert de responsabilité au gouvernement peut être aussi courte que 10 ans, suivie d'une intendance gouvernementale pendant des décennies supplémentaires.

Permanence ciblée (siècles à millénaires) : L'objectif ultime du stockage géologique est le confinement permanent pour atténuer efficacement le changement climatique. Les modèles climatiques et les normes scientifiques soulignent souvent que le CO₂ stocké doit rester séquestré pendant des centaines, voire des milliers d'années (siècles à millénaires) pour atteindre les objectifs climatiques.

Cycle de vie du projet : L'ensemble du cycle de vie du projet, de la sélection du site et de l'injection à la surveillance post-fermeture, peut s'étendre sur de nombreuses décennies, ce qui est un facteur majeur dans la planification du projet et les considérations financières.

La surveillance à long terme est cruciale pour confirmer que le panache de CO₂ se comporte comme prévu par les modèles et qu'il n'existe aucune voie de fuite susceptible de présenter un danger pour les sources souterraines d'eau potable ou l'atmosphère.

La création des sites de CCS est déjà extrêmement coûteuse. À quel pourcentage des coûts initiaux se situeront les coûts de monitoring sur une période de 100 ans?

Les coûts de surveillance (monitoring) à long terme pour les sites de capture et de stockage de carbone (CCS) ne représentent généralement pas une proportion fixe ou majeure des coûts d'investissement initiaux, mais sont plutôt considérés comme une partie gérable des coûts d'exploitation totaux sur la durée de vie du projet. Voici quelques points clés concernant ces coûts :

Faible proportion des coûts d'exploitation : Les programmes de surveillance ne représentent généralement pas une proportion significative des coûts d'exploitation totaux du site.

Les coûts initiaux sont dominants : La majorité des coûts totaux d'un projet CCS proviennent de la phase de capture (la plus chère) et de l'investissement initial dans les infrastructures de transport et d'injection.

Objectif de réduction des coûts de surveillance : Les projets commerciaux ont tendance à mettre en œuvre le minimum d'exigences réglementaires pour la surveillance afin de maîtriser les coûts, par rapport aux projets de recherche qui investissent souvent davantage  (mesure, surveillance et vérification).

Variabilité selon les technologies : Le coût des différentes technologies de surveillance varie. Par exemple, l'InSAR (radar interférométrique à synthèse d'ouverture) a des coûts unitaires plus élevés que la surveillance des eaux souterraines et le GPS, cette dernière étant une méthode plus mature et moins coûteuse.

Mécanismes financiers pour la post-fermeture : Pour couvrir les coûts de surveillance et d'éventuelles mesures correctives après la fermeture du site (pendant les décennies ou siècles requis), il est souvent recommandé aux promoteurs de projets d'établir des mécanismes financiers, tels que des comptes fiduciaires ou des assurances, garantissant que des fonds adéquats sont disponibles. 

Il est difficile de fournir un pourcentage précis pour une période de 100 ans, car les coûts spécifiques dépendent fortement des caractéristiques géologiques du site, des exigences réglementaires locales et des technologies de surveillance choisies. Cependant, l'industrie et les régulateurs s'efforcent de faire en sorte que ces coûts à long terme soient gérables et prévisibles grâce à une planification initiale rigoureuse et des mécanismes financiers appropriés. 

Ce que est chiffré ci-dessus ne se rapporte bien évidemment qu’aux seuls coûts de surveillance, mais qu'en est-il des coûts d'intervention sur les puits lorsque la surveillance détectera des fuites, des détériorations des aciers, etc.?. La technologie des puits a été développée pour l'extraction des hydrocarbures. Selon une étude de Schlumberger (Brufatto et al 2003. From Mud to Cement—Building GasWells, Oilfield Review Sept 2003, pp 62-76), environ 50% des puits développent des problèmes de perte d'étanchéité après 25 ou 30 ans. Qu'en sera-t-il pour les puits de stockage CCS, qui sont très souvent implantés dans les mêmes strates géologiques (gisements d'hydrocarbures épuisés) ?

La question des coûts d'intervention et de réparation des puits de CCS en cas de fuite est cruciale et représente l'un des principaux défis et risques financiers du secteur. La comparaison avec la statistique de Schlumberger est pertinente, mais il existe des différences fondamentales dans la conception des puits de CCS qui visent à atténuer ces risques.

1. Coûts d'intervention et de réparation

Les coûts d'intervention pour réparer une fuite de puits de CCS peuvent être très élevés et potentiellement imprévisibles :

2. Absence de données précises publiques : Étant donné le nombre encore limité de projets CCS commerciaux à grande échelle en phase de post-injection prolongée, il existe peu de données publiques sur les coûts réels des interventions de réparation de fuites de CO₂.

3. Complexité de la remédiation : Les coûts dépendraient de la nature, de l'emplacement et de la gravité de la fuite (par exemple, une simple réparation de cimentation de surface par rapport à une opération complexe en profondeur). Les réparations peuvent impliquer des opérations lourdes similaires à celles de l'industrie pétrolière et gazière (re-cimentation, installation de nouveaux tubages, etc.).

4. Risques financiers majeurs : Le risque d'intervention imprévue est une préoccupation majeure pour les opérateurs et les régulateurs, car ces coûts peuvent rapidement dépasser les budgets de surveillance annuels. C'est pourquoi la planification financière (fonds fiduciaires, assurances) est essentielle pour couvrir ces éventualités sur le long terme. 


Pertinence de l'étude Schlumberger et différences CCS :

La statistique de Brufatto et al. (2003) selon laquelle environ 50 % des puits pétroliers/gaziers développent des problèmes d'étanchéité après 25-30 ans est un fait bien connu de l'industrie et souligne les risques inhérents à l'intégrité des puits. Cependant, l'industrie du CCS se base sur ces leçons pour concevoir des puits spécifiquement adaptés au stockage permanent :

- Matériaux spécialisés : Contrairement aux anciens puits d'hydrocarbures où le ciment standard était conçu pour des opérations à court terme, les puits de CCS utilisent des matériaux de cimentation et d'étanchéité avancés (comme le CorrosaCem™ mentionné précédemment) et des aciers résistants à la corrosion. L'acide carbonique formé par le mélange de CO₂ et d'eau peut dégrader le ciment Portland standard, ce qui nécessite des formulations spécifiques pour une stabilité chimique et mécanique à long terme.

- Conception rigoureuse et réglementation : Les puits de CCS (notamment les puits de classe VI aux États-Unis) sont soumis à des exigences réglementaires beaucoup plus strictes en matière de sélection des matériaux, de protocoles de cimentation et de tests d'intégrité initiaux que la plupart des puits historiques d'extraction d'hydrocarbures.

- Surveillance continue : La surveillance à long terme, absente de la plupart des puits pétroliers abandonnés, permet une détection précoce des problèmes, permettant des interventions avant qu'une fuite ne devienne majeure ou catastrophique.

Puits neufs vs existants : Les projets de CCS privilégient souvent le forage de nouveaux puits d'injection conçus dès le départ pour le stockage plutôt que la conversion de vieux puits "hérités", dont les matériaux et l'état sont souvent incertains. 


Conclusion : Le risque de fuite et les coûts d'intervention associés sont des préoccupations très réelles. Bien que l'historique des puits d'hydrocarbures mette en évidence un risque significatif de défaillance de l'intégrité, l'industrie du CCS vise à réduire ce risque grâce à des normes de conception, des matériaux et des protocoles de surveillance nettement supérieurs. Le coût d'une intervention majeure reste un facteur de risque important qui doit être géré par une planification financière rigoureuse et des mécanismes de transfert de responsabilité.


J’ai arrêté ici la discussion avec l’IA, car l’intelligence artificielle puise évidemment ses infos et ses conclusions dans la littérature qui a été publiée ces dernières décennies sur la question de la détérioration des puits à moyen et à long termes. Je retrouve dans son exposé les mêmes énoncés que j’ai déjà lus quand je posait ces mêmes questions par rapport aux puits de gaz de schiste. L’industrie avance alors un bla-bla où se retrouve pêle-mêle des voeux pieux du type « On va tirer parti des leçons …», « On va utiliser des aciers résistant à la corrosion… », « Il va y avoir une réglementation rigoureuse … », etc.


Dans la réalité, les compagnies se font une concurrence et celles qui ont des coûts plus élevés disparaissent laissant les puits à l'abandon. Aucune ne sera là pour des siècles et des millénaires évidemment. J'ai souligné ci-dessus le phrase où l'IA admet que la surveillance est absente dans la plupart des puits. Son dernier paragraphe indique aussi que le risque de défaillance sera significatif. Pour un exposé de ce que tout cela implique, je voie renvoie à mon mémoire sur le gaz de schiste. La figure 6 y analyse le diagramme de Schlumberger sur la détérioration des puits dans le temps.


Ma conclusion toute personnelle est qu'en raison des bugs technologiques liés à la détérioration dans le temps des puits, tout le gaz CO₂ qu'on injectera dans des strates géologiques poreuses et perméables y restera peut-être le temps de deux ou trois générations. Mais nous lèguerons ainsi à nos descendants de gros réservoirs qui vont progressivement laisser remonter ce CO₂ dans l'atmosphère. Les seules techniques qui seraient éventuellement acceptables seraient celles où le CO₂ sera minéralisé chimiquement en composés stables (lié au calcium ou magnésium par exemple); c'est possible en théorie et même en pratique en laboratoire, mais cela demande une très grande quantité d'énergie et c'est plus coûteux encore que le CCS.


Le projet de l'INRS semble bien viser la modélisation de réservoirs pour de l'injection conventionnelle; c'est pour cela que je ne crois pas que cela sera bien utile et que cela risque à nouveau d'être une perspective cul-de-sac; et comme le gaz de schiste au Québec, un gaspillage de fonds publics. L'injection massive dans le substratum est associé à très grand risque de séismicité induite. La géologie et la tectonique des Basses-terres du St-Laurent, imposerait alors avec du CCS un risque significatif dans ces zones densément habitées. C'est à rejeter dès maintenant.


La biosphère sait très bien comment convertir le CO₂ en composés stables; elle le fait depuis des millions d'années dans les mers (récifs, CaCO3), sur terre (plantes, bois, etc). Laissons lui la chance de réparer ce que l'humanité détruit sans vergogne. Ou mieux, investissons dans des recherches qui viseront à favoriser l'action de ces processus de biotechnologies naturelles, plutôt que d'investir dans encore plus de trous de forages.