ÉES Anticosti: Exploration pour le pétrole d'un hypothétique gisement

Où en est-t-on dans la "saga" Anticosti?  Une Évaluation Environnementale Stratégique (ÉES Anticosti) est en cours. Est-ce une ÉES réellement? ou bien un simple programme d'exploration réalisé par Pétrolia pour Hydrocarbures Anticosti S.E.C.?  Je vais tenter ici de faire une mise au point chronologique.


1 juin 2011: rapport Sproule pour Pétrolia Inc. et Corridor Resources qui fait le bilan des travaux de recherche d'hydrocarbures dans l'Île. Ce rapport traite des ressources possiblement en place dans le shale, mais nulle part il ne traite de leur exploitabilité potentielle par la fracturation de la roche mère.


16 mai 2012: Le Gouvernement injecte des fonds publics par Investissement Québec qui annonce une nouvelle injection de 10M$ dans Pétrolia, dans un achat d'actions à $1,42 l'unité. Une bien mauvaise utilisation de fonds publics, car le titre Pétrolia ne cesse de chuter par la suite. Il vaudra moins qu'un dixième du prix cinq ans plus tard. Voir tous les autres injections de fonds public dans Pétrolia.


Été 2012: Pétrolia complète trois forages d'exploration en rouge ci-dessous, à Anticosti (avec tout le budget prévu pour quatre forages) :

                 Princeton Lake                 -               Highcliff                              -                          Oil River







29 mai 2013: Le MDDEFP dépose un projet de  Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) avec une période de consultation réduite de 60 -> 30 jours pour motif d'urgence. L'urgence étant que les détenteurs de permis sur Anticosti doivent connaître les règles du jeu rapidement pour réaliser la campagne de forage prévus à l'été 2013. Junex prévoyait cinq forages  pour l'été 2013. Étrangement dans un règlement qui porte sur l'eau, on découvre au Chapitre III, la Section V (art. 29 à 49) qui traite des forages d'hydrocarbures, incluant les normes pour la fracturation (art.41 à 49). Au final, l'urgence invoquée par le ministre Yves-François Blanchet se révèle inexistante, car ni Pétrolia, ni Junex ne forent des puits cet été 2013 à Anticosti. Le ministre Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet,  défend avec vigueur la norme de 400m. 


5 septembre 2013Dévoilement de l’entente que Pétrolia et Hydro-Québec avaient signé le 22 janvier 2008; Hydro-Québec cédait alors ses participations dans 35 permis de recherche d’hydrocarbures sur l’île d’Anticosti, détenues avec Corridor Ressources. La cession à Pétrolia des parts H-Q des permis est faite sans compensation monétaire comptant; la contrepartie n'est qu'une participation à d'hypothétique revenus "Hydro-Québec recevra une redevance prioritaire sur la quote-part de la production d'hydrocarbures de Pétrolia calculée au taux de 3 % sur le prix moyen des raffineurs, nette des redevances gouvernementales et des coûts de transport".


13 février 2014: Annonce par Pauline Marois de la création du consortium  Hydrocarbures Anticosti S.E.C. avec Pétrolia et trois autres partenaires, un apport de fonds publics pour la réalisation de 15 à 18 forages en 2014 plus trois forages avec fracturation en 2015. On annonce ce même jour une lettre d'entente avec Junex pour 9 forages, conditionnelle à ce que Junex trouve un partenaire privé au plus tard le 31 octobre 2014. Dans un investissement de $115 millions en fonds publics, le gouvernement prévoit donc deux partenariat: 1) Au centre et au nord de l'île avec Pétrolia et al.: 18 forages d'exploration plus trois puits avec fracturation.
2) Au sud de l'île avec Junex et al.: 7 forages d'exploration + deux puits avec fracturation.
Au total: 25 forages d'exploration plus cinq puits avec fracturation, soit trente forages en tout. Or le partenariat avec Junex ne sera jamais réalisé et le partenariat avec Pétrolia et al. ne le sera qu'à moitié. On ne se rendra jamais aux opérations de fracturation qui avaient été annoncés pour 2015, puis reportées deux fois, sans suite.

13 mars 2014: Le CQDE dépose une requête en jugement déclaratoire impliquant Junex, Pétrolia, le ministère MDDEFP, pour travaux de forages d'exploration d'hydrocarbures faits ou prévus sans permis.


9 juin 2014arrêté ministériel pour forages à Anticosti 15 jours avant la date prévue pour l'audition de la requête du CQDE. L'arrêté crée une nouvelle appellation "sondage stratigraphique", ce qui contre la requête du CQDE qui traitait de permis de forageIl y a une conséquence très pernicieuse à ce changement de nom: les données de forage, les rapports de forages deviennent aussi cachés dans la banque de données SIGPEG exemple de fiche ci-contre: -->


fin juillet 2014: publication du Règlement sur le Prélèvement des Eaux et leur Protection qui définit (art. 33 à 36) le "sondage stratigraphique" (RPEP, une analyse). Dans ce règlement qui, rappelons-le, porte avant tout sur les captages d'eau souterraine, on introduit les normes pour la fracturation hydraulique des forages d'hydrocarbures (art. 40 à 46).

août 2014: publication des "Lignes directrices provisoires sur l’exploration gazière et pétrolière". On y annonce des normes très laxistes permettant entre autre chose le torchage du gaz dans les puits d'extraction du pétrole.

4 novembre 2014: Pétrolia annonce la fin de la campagne de forages 2014 à Anticosti et Junex annonce ne pas avoir trouvé de partenaire pour Anticosti et se concentre plutôt sur un gisement plus près de fournir une production commerciale à Galt en Gaspésie. Du côté  Hydrocarbures Anticosti S.E.C. (Pétrolia et partenaires), six forages ont été complétés sur les dix-huit initialement prévus. La suite est reportée à l'été 2015.


30 mai 2014 (date de l'annonce): Mise sur pied d'une ÉES propre à Anticosti. Le calendrier des travaux indiqué sur ce site du gouvernement pour cette ÉES est en fait l'équivalent du descriptif des travaux prévus par Pétrolia pour 2014 et 2015… Une deuxième ÉES portant sur la filière Hydrocarbures globale est aussi mise en oeuvre;  un même comité  dirige ces deux ÉES. Ses huit membres sont uniquement des sous-ministres en place au gouvernement. Un rôle conseil est attribué à un petit groupe de six universitaires. Aucun représentant de la société civile, aucun expert externe au gouvernement ne fait partie du comité qui rédigera les rapports des ÉES.

26 mars 2015date finale pour un appel d'offres pour une étudeÉvaluation conceptuelle des besoins en infrastructures de transport des hydrocarbures extraits de l'Île d'Anticosti nécessaire à l'exportation". C'est une étude sur les moyens (pipelines, installations portuaires, etc.) pour exporter le pétrole vers les marchés externes. L'ÉES Anticosti semble n'avoir commandé à toutes fins utile que cette seule étude.

mars 2015date prévue par le comité ÉES pour rendre en un rapport d'étape et décider de la poursuite des travaux prévus à la phase 2 (trois puits avec la fracturation hydraulique). Manifestement cet échéancier est irréaliste, car la phase 1 n'a réalisé que 5 des 18 forages prévus. La phase 1 est prévue se poursuivre jusqu'à l'été 2015. 


15 juin 2015: table ronde réunissant dix experts* pour une seule journée sur l'ensemble des sujets du dossier hydrocarbures. En avant-midi: les dix courtes présentations des experts; en après-midi poursuite du débat, questions des participants inscrits. Cette toute petite possibilité de faire entendre des points de vue autres que ceux du gouvernement surviendra deux mois après la date annoncée pour que le comité ÉES rédige un rapport intérimaire pour autoriser la fracturation hydraulique et aller de l'avant à Anticosti avec la phase 2.


fin automne 2015: dépôt du rapport final ÉES Anticosti. À part la journée du 15 juin où le dossier Anticosti est traité parmi tous les autres ("exploration, exploitation, transport, distribution du pétrole et du gaz naturel"), il n'y aura pas eu aucune activité spécifique pour l'ÉES-Anticosti. Tout aura été analysé à l'interne au gouvernement.

Le processus est en cours; il est donc trop tôt pour prédire ce que produira cette ÉES-Anticosti. Il est cependant possible de faire dès maintenant quelques constats. On prévoyait à l'annonce du 13 février 2014 qu'on allait étudier Anticosti et son gisement potentiel dans le shale de Macasty; or cinq seulement des 18 forages ont été faits du côté Pétrolia et zéro sur neuf forages sur le coté sud.

Même si elle avait été complétée, cette étude ressemble très peu à une ÉES. C'est avant tout une campagne d'exploration pour déterminer un potentiel d'exploitabilité, comme le décrit le calendrier des travaux:


Je crois qu'on va prochainement modifier au gouvernement ce calendrier. La campagne de forages 2014 à Anticosti a connu bien des retards; cinq des 18 forages prévus ont été réalisés. Le plan de travail de l'ÉES ne s'accorde plus avec les travaux qu'Hydrocarbures Anticosti S.E.C. prévoit faire. Le dépôt d'un rapport d'étape en mars et un rapport final à l'automne 2015 est irréaliste.

Les trois forages horizontaux avec fracturation sont maintenant reportés à l'été 2016. C'est l'information de ces trois tests que le gouvernement veut avoir pour conclure cette ÉES. Ces données ne seront pas là lors du dépôt du rapport final à l'automne. Le gouvernement a mis en branle un processus précipité pour couper court aux études qui contrediraient éventuellement ses dessins pour Anticosti. Hélas pour lui, Pétrolia qui est maître d'oeuvre sur le terrain pour Hydrocarbures Anticosti, reste encore une cie junior qui a du mal à livrer aussi vite tous ces travaux promis.

J'ai fait ma propre analyse des possibilités d'aller faire de la fracturation dans ce shale en constatant que seule une bande restreinte au sud de l'Île rencontrerait éventuellement un critère acceptable de profondeur. Or cette portion est en grande partie dans les permis de Junex qui a mis en veilleuse sa campagne de forage dans sa zone. Une très grande part (96,5%) de la zone d'étude de l'ÉES - Hydrocarbures Anticosti S.E.C. ne remplit pas cette condition (figure ci-dessous):



Cette ÉES basée sur des nouveaux forages à faire sera apparemment incomplète; elle ne couvre qu'une partie d'Anticosti, celle des permis d'un seul des deux détenteurs. Dans l'autre portion au sud de la faille de Jupiter, le shale est plus en profondeur et il est aussi plus épais; d'autres paramètres diffèrent également par rapport à ce qui est détenu par Hydrocarbures Anticosti S.E.C. Comment tirer des conclusions pour l'ensemble de l'Île avec une étude qui laisse de côté une zone importante?

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* J'ignore si j'aurai l'occasion de faire partie de cette table d'expert d'une journée en mai 2015. J'ignore surtout quelle sera l'influence de cette table d'experts auprès de l'ÉES Anticosti, car cette table n'est même pas mentionnée dans le calendrier des travaux. De plus, l'ÉES aura déjà fait rapport (prévu mi-mars 2015) au gouvernement pour des prises de décisions. En date d'aujourd'hui, il semblerait qu'on en soit seulement encore à l'étape de demander à un comité de l'ACFAS de suggérer des noms pour constituer cette table ronde. Le gouvernement fera ensuite la sélection définitive des experts qu'il souhaite y voir. Juste au cas où cela serait utile, je joins ci-dessous un descriptif des publications que j'ai produites depuis 2010 sur le sujet des hydrocarbures de roche mère. Cela peut justifier que je trouve un jour un chemin pour faire entendre un autre son de cloche dans ce dossier, si évidemment on souhaite au gouvernement prendre connaissance de mes analyses. Je n'ai pas pris de chance et j'ai envoyé un mémoire sur le sujet: mémoire pour l'ÉES-Anticosti.

Publications récentes de Marc Durand, doct-ing reliées au gaz et pétrole de schiste

  1) La pertinence de la solution Gaz de Schiste  VS Charbon.
  2) La pollution des nappes de surface.
  3) Les liens entre fracturation hydraulique et contaminations des nappes.
  4) Les fuites de méthane.
  5) La pression dans les puits au moment de l'abandon.
  6) Le contrôle de la fracturation hydraulique.
  7) La réalité sur l'épaisseur de couverture pour protéger les nappes.
  8) L'extension réelle de la fracturation hydraulique.
  9) Les séïsmes induits par la fracturation hydraulique.
    et ... 10) Gaz de shale  ou  gaz de schiste?

Durand, M. (2012 a). Les dangers potentiels de l’Exploitation des Gaz et Huiles de schiste - Analyse des aspects géologiques et géotechniques Présentation au colloque du Conseil régional Île-de-France, 7 février 2012, Paris.

Durand, M. (2012 h). Document R-3 - Le "poids des roches"




Durand, M. (2013 a). Les hypothétiques gisements d’hydrocarbures nonconventionnels au Québec - risques et enjeux . Mémoire soumis à la Commission sur les enjeux énergétiques, publié sur le site de la Commission, 10 p.

Durand, M. (2014 a). Les risques technologiques liés à la fracturation du shale d’Utica Mon mémoire présenté au BAPE - Les enjeux liés à l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans le shale d'Utica des basses-terres du Saint-Laurent.


Durand, M. (2014 c). L’information scientifique et les médias dans le débat sur les gaz de shale  dans Science ouverte -Revue internationale d’études sociales des sciences et de débat sur la science.

Durand, M. (2014 d). Mon commentaire sur la publication au MDDELCC de Lignes directrices sur l'exploration du gaz et pétrole.  


Durand, M. (2014 f). Fuites des puits après leur fermeture: analyse des causes (2e de 3 textes qui analysent les puits abandonnés au Québec.

Durand, M. (2014 g ). Les fuites des puits de gaz de schiste VS celles des puits conventionnels. Troisième et dernier texte de la série de trois sur les fuites.


• Vidéos de vulgarisation

 Durand, M. (2011).   Gaz de schiste 101  une présentation de dix minutes qui explique les impacts de la fracturation du shale d'Utica.
En version anglaise:  Shale gas 101-Utica.

Durand, M. (2011).   Gaz de schiste 102 L'Expérimentation une présentation de six minutes
En version anglaise:   Shale Gas 102 The Experiment.

Durand, M. (2011).    bloc-diagramme expliqué par animation. Présentation animée du bloc-diagramme qui figure dans le mémoire de 2012; six minutes.


• Six présentations vidéo se rapportant à Anticosti:

Durand, M. (2013 b).    Conférence à la Salle des Boiseries, UQAM le 30 janvier 2013: Les risques et enjeux de l'exploitation du pétrole de roche mère d'Anticosti.

Durand, M. (2013 c).    Conférence sur le shale d'Anticosti à Nature Québec le 30 novembre 2013: Les gisements d'Hydrocarbures de roche mère.


Durand, M. (2014 j).  Analyse de l'impact de norme contenu dans le projet de règlement sur le Prélèvement et Protection des Eaux: la norme 400 m.

Durand, M. (2015 c)La coûteuse illusion du pétrole d'Anticosti

Durand, M. (2015 d)Les scénarios de fracturation du shale à Anticosti ne respectent aucune norme de profondeur.


• Trois présentations en vidéo se rapportant à l'ÉES et au BAPE:

Durand, M. (2012 n).  l'ÉES: que faire après les consultations? propositions d'études pour l’ÉES.

Durand, M. (2014 j).  - Après le dépôt du rapport final, une analyse et un bilan des études: Critique du rapport de l'ÉES - les risques technologiques oubliés

Durand, M. (2014 k).  Présentation au BAPE, 3 juin 2014 Analyse critique de l'ÉES incorporée dans le mémoire au BAPE le 3 juin.


• Autres réalisations: participations à des films documentaires et émission de TV:

février 2015: long métrage documentaire d'Ian Jaquier L'Or du golfe, 91 minutes.

Mai 2014: film de Dominic Champagne – Anticosti : la chasse au pétrole extrêmelong métrage documentaire de 81 minutes.

26 octobre 2014: Émissions Découverte Radio-Canada "Pétrole : le rêve et l’illusion - partie 2".

14 avril 2015 à RDI Économie:  Anticosti: projection exagérée?

21 mai 2015 RDI Économie:  analyse des scénarios du gouvernement pour le pétrole d'Anticosti.

    ainsi que de nombreuses conférences, entrevues radio et TV.

La réalité et les faits sont têtus - c'est pour cela qu'ils finissent par s'imposer.

Note: Ce billet de janvier 2015 a été mis en ligne deux semaines d'avance le 15 décembre.
La réalité et les faits sont têtus. On peut les ignorer, les masquer, les décrire en les déformant, tenter de les contourner, on peut tout faire, ils restent là tels quels, indépendamment de ce qu'on tente de faire avec. Ils sont très têtus et c'est là une force absolument unique qui résiste à tout. Et qu'on peut exploiter.

Dans le dossier du gaz de schiste, dès le début (en novembre 2010 pour moi, mais d'autres étaient déjà actifs bien avant) des faits ont été perçus, de façon floue initialement, intuitivement sans doute chez des personnes clairvoyantes. J'ai alors commencé bien timidement, isolément à fouiller un peu autour de quelques réalités qui pointaient au travers du sol et qui commençaient à devenir progressivement très apparentes. Nous sommes devenus plusieurs à creuser, chacun avec ses outils, chacun avec son expertise propre. La réalité des faits autour de cette proposition de l'industrie des gaz de schiste nous a guidé pour déterrer une à une plusieurs évidences.

Nous avons commencé à écrire des textes, des mémoires, des lettres aux ministres. Pas facile de réussir à emmener ces gens à voir les réalités qu'on avait déterrées, dégagées  sur le terrain. Il y avait déjà beaucoup de personnes qui grenouillaient autour des gens de pouvoir pour leur montrer d'autres images; des images embellies d'où dégoulinait des dollars et des fausses promesses de richesses. Les dirigeants pensaient n'avoir plus besoin de se déplacer pour venir s'informer sur le terrain: les lobbyistes leur commenteraient le sujet à partir de belles images. Des commissions d'études stratégiques commandaient des modélisations des phénomènes en cause; la commande des études était bien dirigée, bien stratégique justement car le lobby y était présent là aussi. On a produit des modèles qui donnait d'aussi aussi belles images que celles présentées par les lobbyistes. Ça devait donc être vrai toutes ces belles richesses qu'on pouvait avoir simplement en fracturant tout sous nos pieds.


On a continué de notre côté à déterrer, à dégager, à fouiller plus en détails les faits et la réalité. On a fait des conférences, des vidéos de vulgarisation sur cette réalité. On a persévéré sachant que les faits sont têtus et qu'il faut sans cesse revenir sur eux, les rappeler, les montrer tels qu'ils sont au plus grand nombre. Ce plus grand nombre est devenu vraiment très grand. On appelle ça maintenant l'acceptabilité sociale; c'est aussi une réalité. Les promoteurs pensaient pouvoir gérer celle-ci avec leurs outils usuels: les firmes de relations publiques. L'opinion publique ça se manipule et les oppositions ça se résorbe quand c'est bien géré pouvaient-ils croire.  Mais cela n'a pas fonctionné comme ils l'avaient espéré; plus le temps passait, plus l'acceptabilité sociale diminuait. Les citoyens s'informaient sur les faits et leur opposition grandissait encore plus.

Le marketing, ça marche mieux avec des boites de lessives qu'avec des tentatives de lessiver les cerveaux. L'industrie se payait comme beaux parleurs des personnalités bien connues; pas des experts si on en juge par ce qu'ils racontaient comme balivernes. C'était ce que la stratégie marketing avait conseillé: payer des personnalités prestigieuses pour détourner l'attention des faits. Talisman Energy de Calgary, le plus gros joueur s'était même payé un ancien premier ministre. La stratégie marketing a du être changée à quelques reprises vu des insuccès manifestes.


Puis sous la pression populaire, sous la nécessité devenue incontournable, le gouvernement a confié au BAPE le soin de vider la question. Les citoyens et les experts indépendants ont alors enfin pu présenter les faits tels qu'ils les ont vécus, trouvés, déterrés. Les commissaires du BAPE ont consigné ces faits dans un rapport qui traite à la fois des études et visions des promoteurs (rapports gouvernementaux et mémoires de l'industrie) ainsi que des mémoires apportés par les opposants. En tranchant entre ces deux positions, les commissaires du BAPE ont fait un remarquable travail qui a permis enfin de nommer, décrire, analyser les faits perçus initialement il y a quatre ans.

Heureusement que les faits ont été têtus, qu'ils soient demeurés indestructibles.  Les mensonges ne résistent jamais devant une vérité quand ils sont enfin placés côte-à-côte.

Merci au  BAPE  pour ce merveilleux cadeau de Noël.




Merci à tous ceux qui ont travaillé sans jamais douter de ce simple adage: "les faits sont têtus - il suffit d'y tenir et de les ramener sans cesse en avant-plan".


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Dans l'actualité du 19 décembre 2014: Après une longue série d'études durant les quatre années 2010 à 2014, après avoir scruté et souspesé les pseudos avantages économiques de la fracturation du shale d'Utica, le BAPE a produit un rapport étoffé sur l'ensemble des questions qui lui ont été soumises dans les mémoires. À toutes les étapes des études antérieures (ex. ÉES), les aspects économiques ont été pris en compte. 

L’industrie, les chambres de commerce, les promoteurs n'ont traité pratiquement que du sujet économie dans les mémoires qu’ils ont déposés au BAPE, ainsi qu'à toutes les autres commissions précédentes: emplois créés, bilan des taxes générés, autres retombées, etc. Ils n’ont présenté que cet aspect positif, sans jamais avoir un début de réponse aux questions des scientifiques indépendants. Le BAPE a donc traité, parmi bien d'autres aspects, du bilan économique. Il l'a fait en incluant certains coûts d’externalités – ce que les bilans économiques des promoteurs ne font pas, évidemment. Le BAPE n'a pas ajouté le coût réel de toutes les externalités; cela aurait amplifié encore plus le bilan prospectif déjà très négatif qu'il a établi pour cette filière.

On a unanimement salué la qualité du rapport du BAPE publié en début de semaine, y compris les conseillers du premier ministre et Monsieur Couillard mardi. Que voit-on poindre trois jours plus tard? Les chambres de commerce et des promoteurs tentent aujourd'hui de dire que le mandat du BAPE ne devait pas lui permettre de traiter des aspects économiques, qu'il n'aurait pas la compétence pour cela !

Il est curieux, maintenant que les jeux sont faits et que le rapport indique que les retombées présentées par les promoteurs sont fallacieuses, qu'on tente de reprocher au BAPE d’avoir examiné aussi les questions de rentabilité et de retombées affectant l’économie. Le BAPE a fait un bon travail sérieux. Il avait pour trancher ce long débat de quatre ans, toutes les études et tous les mémoires; le processus était sans tache. Les chambres de commerce ne jouent pas franc jeu maintenant dans ce dossier.

J'ai donc une question pour ceux qui formulent cette critique: si vous estimiez que le BAPE n'avait pas à traiter le volet économique, pourquoi alors n'avez-vous fait que cela, soumettre des mémoires sur les retombées économiques?

L'impact prévisible de l'exploitation éventuelle des roches mères sur les ressources en eau au Sahara septentrional

Dans ce billet de décembre 2014, je me permets de commenter un rapport du BAD (Banque Africaine de Développement) qui traite du sujet bien d'actualité en Algérie: Le gaz de schiste et ses implications pour l'Afrique et la Banque Africaine de Développement.

Le rapport contient des tableaux de données et des estimés qui sont essentiellement basés sur des études du bureau américain EIA (Energy Information Administration) de 2011 et 2012. Elles ont été reprises dans un texte de la firme Ernst and Young 2012 intitulé Natural Gas inAfrica. Ces analyses reflètent une vision d’économistes et pas nécessairement celle de géologues et encore moins d’ingénieurs. En faisant ainsi un survol de données compilées par l’agence américaine (EIA*), le rapport de la Banque Africaine de Développement tente d’analyser dans le contexte africain la signification éventuelle des quantités de gaz estimées en place pour les économies des divers pays d’Afrique.

À juste titre, ce rapport énumère les problèmes liés à l’étape de l’exploration et de l’exploitation : la question des grandes quantités d’eau requises pour la fracturation dans le contexte fort différent en Afrique du Nord où la ressource en eau est cruciale pour bien d’autres aspects de l’économie, pour l'agriculture notamment. La question des risques de pollution des ressources en eau y est analysée sommairement, de façon incomplète, car ce rapport traite de quelques risques (1 à 5 ci-dessous) avec un point de vue et avec des arguments parfois très proches de ceux que l'industrie véhicule aux USA. Cette "vision" appliquée en Afrique du Nord y serait absolument catastrophique. Nous expliquerons pourquoi dans cette analyse.

Les risques analysés dans le rapport BAD:
1- Déversements accidentels en surface de produits chimiques et d’eau de reflux. 

2- Fuites au travers de la colonne de ciment des puits; le BAD précise « Ce risque peut être atténué en suivant les meilleures pratiques dans le domaine de la conception et de la construction de puits et en veillant notamment à ce que l’étanchéité en ciment soit réalisée correctement ». On a dit cela au Canada, aux USA aussi, et pourtant les fuites sont omniprésentes, même dans les puits les plus récents. Ce que l'industrie se donne comme les meilleures pratiques ne permet absolument pas d'empêcher les fuites de se produire; elles sont même inévitables à moyen et long termes dans les puits vieillissants.

3- Fuite dans le roc fracturé vers les nappes; là aussi le rapport reprend un énoncé omniprésent dans les documents des promoteurs: « Ce risque est en général peu probable car les couches de schiste se trouvent souvent à des profondeurs de 1000 à 3000 mètres »  et plus loin une autre affirmation du même type: « une bonne connaissance de la géologie locale permet de détecter les endroits où l’étanchéité de la roche n’est pas parfaite ». Il est impossible de connaître avec tout le détail requis l'ensemble des failles et des fractures qui constituent sous terre des ensembles complexes affectant l'étanchéité du roc. On cartographie surtout les grandes failles reconnues en surface; en profondeur les relevés sismiques ne peuvent que donner une image très simplifiée du substratum, jamais le détail des fractures individuelles. Les deux affirmations que j'ai cité ici en italiques sont fausses.

4- Déversement d’eau polluée dans les eaux souterraines. « Ce risque est potentiellement le plus grave, mais il peut aussi être facilement règlementé » dit le BAD.  L’effet d’une règlementation ferait disparaitre le risque? C’est de la pensée magique! Les risques ne disparaissent pas ainsi et l’application d’une règlementation visant ce qui se passe en termes d’écoulement souterrain est en pratique impossible à mettre en oeuvre, car les moyens requis pour l’inspection et le suivi des écoulements souterrains seraient si considérables qu’ils ne sont jamais mis en œuvre, même dans des pays riches comme les USA et le Canada.

5- On traite aussi du risque sismique, lequel n’est pas vraiment lié à la fracturation hydraulique en tant que tel; c’est un risque qui existe pour une activité périphérique de cette industrie, celle de la disposition des eaux de fracturation par l’injection profonde dans le substratum.

Omission de taille
Le rapport du BAD comporte une omission de taille: ce qu'il adviendra des puits et du schiste fracturé une fois passée la courte période de l'exploitation. Le processus de migration du gaz va se poursuivre bien après. La cimentation des puits va se dégrader dans le temps; cela va mener à des fuites qui vont avoir un impact permanent sur les nappes et l'atmosphère. Nous avons analysé les mécanismes et les conséquences de cette dégradation dans le billet du mois de novembre 2014.

Le contexte très particulier des ressources en eau d’Afrique du Nord rend très problématique l’exploitation éventuelle des hydrocarbures de roche mère, car cela menace de façon directe une ressource bien plus importante, celle des nappes souterraines. La figure ci-dessous donne une vue oblique des nappes du Sahara septentrional; on y retrouve deux regroupements de couches  aquifères désignées ainsi : CT (Complexe Terminal)  et CI (Continental Intercalaire). Ce système hydrogéologique est bien documenté et décrit avec précision dans le rapport Système aquifère du Sahara septentrional, SASS/OSS, 2012.






Figure 1  Vue oblique de trois bassins de roche mère (gaz et pétrole) au pourtour des aquifères du Sahara septentrional (image reprise en plus haute résolution dans l'annexe plus bas).



Nous avons ajouté sur la figure 1 trois bassins considérés comme des sources éventuelles de gaz et de pétrole de schiste (hydrocarbures de roche mère): le bassin Timimoun dans l’ouest de l’Algérie, le bassin Mouydir au centre et le grand bassin Ghadames/Berkine qui couvre l’est de l’Algérie, le sud de la Tunisie ainsi que l’ouest de la Libye. Les données des bassins contenant des shales (ou roche mère pour le gaz et pétrole de schiste) sont  tirées de la référence EIA/ARI 2013. Un tableau des paramètres des bassins Ghadames, Mouydir et Timimoun est donné en annexe au bas de ce texte.


Il y a d’autres bassins d’hydrocarbures, mais nous avons dessinés le contour de ces trois là, car ils sont susceptibles d'interférer directement avec le grand système aquifère du Sahara septentrional; ils existent juste en dessous des points de captages d’eau, tant des nappes du CT (en rouge sur la figure 1) que des nappes du CI (en bleu sur la figure 1). 

Ces ressources en eau ont été sollicitées de façon intensive depuis 1970 (fig. 2), ce qui a eu comme conséquence un abaissement des niveaux piézométriques; « L’accroissement des volumes pompés et le développement de l’agriculture saharienne se répercutent au niveau de ces nappes sahariennes sous forme du tarissement des sources et de l’affaiblissement de l’artésianisme. Cette exploitation croissante est susceptible d’entraîner à long terme, dans les zones vulnérables, des changements dans la qualité de l’eau » Système aquifère du Sahara septentrional,  SASS/OSS, oct.2012,  284 p.

Figure 2  L'augmentation des prélèvements d'eau globaux dans les nappes du CI et du CT (tiré de SASS/OSS 2012).

L’âge de ces eaux varie de 18000 à 40 000 ans pour le CI et entre 3 500 et 25 000 ans pour le CT ce qui indique que ces réserves d’eau localisée dans les nappes captives se sont constituées à une époque ancienne (Quaternaire) où le climat était très différent et la plus pluviométrie bien plus prononcée. Les prélèvements d'eau, spécialement ceux des dernières décennies se font dans les réserves géologiques d'eau souterraine, ce qui signifie que les niveaux des nappes baissent en conséquence de ces prélèvements. La ressource en eau se fait de plus en plus rare et la qualité de l'eau risque aussi d'être affectée; en effet, un abaissement du niveau piézométrique favorise les intrusions des eaux plus minéralisées des formations géologiques sous-jacentes.

Dans le cas où on irait forer des milliers de puits pour l'exploitation des gaz et pétroles contenus dans la roche mère, on irait à coup sûr aggraver de façon très significative la situation déjà précaire des nappes d'eau douce. Même en supposant qu'on épargnerait ces nappes pour fournir les énormes quantités d'eau requises pour la fracturation hydraulique (~20 000 000 litres/puits), ces milliers de conduits (les forages illustrés sur la figure 3 et 4) vont constituer de façon permanente des voies de communication qui permettront la migration des divers contaminants vers les aquifères. Par exemple pour exploiter 10 000 km2 de roche mère (schiste ou "shale"), il faut 20 000 à 30 000 puits; ils sont généralement regroupés en six, huit ou même dix puits par plateformes, comme dans l'exemple donné à la figure 3.



Figure 3  L'exploitation d'une couche de roche mère (shale ou schiste contenant des hydrocarbures disséminés dans la masse) se fait par la juxtaposition de milliers de forages pour la fracturation en continu de la couche ciblée.

Les promoteurs de l'exploitation du pétrole et gaz de schiste (je préfère employer "hydrocarbures de roche mère) avancent toujours l'argument qu'il y a 1000 ou 2000 mètres de couches "imperméables" entre le bas des aquifères et les couches de roche mère du pétrole et du gaz. La présence de ces couches constituerait une barrière naturelle éliminant tout contact hydraulique entre les deux. C'est en partie vrai dans les conditions naturelles, mais cela devient totalement faux dans les conditions perverties par la fracturation artificielle de milliers de km2 ainsi que par l'implantation de milliers de conduits qui traversent les couches tampons: figure 4 ci-dessous:


Figure 4  La contamination des nappes du CI et du CT par la présence des milliers de conduits nouveaux (les puits éventuels) soumis à la corrosion dans le temps. Vue souterraine modélisée avec des regroupements de six puits par plateforme, en enlevant toutes les strates de roc sous la surface pour permettre une vue des puits en 3D. Ces diverses strates de roc sont listées dans l'ordre de leur superposition dans la colonne stratigraphique à gauche sur la figure. La roche-mère ciblée pour une exploitation d'hydrocarbures par fracturation hydraulique est au bas de la colonne (encadrée en jaune au bas de 'Silurien'); c'est dans cette couche géologique que les extensions horizontales des puits permettent d'obtenir du roc fracturé, qui est montré dans la figure par des volumes jaunes en juxtaposition serrée. Plus haut, juste sour la surface du sol, les quatre bandes bleu pâle indiquent la position des couches géologiques qui contiennent les formations aquifères. Pour un seul des nombreux puits dans la figure, nous avons placé des petites flèches rouges, qui montrent par quelles voies les contaminants pourraient migrer du bas vers le haut et ainsi atteindre les nappes d'eau. Cette migration se ferait éventuellement par l'ensemble des puits à court moyen et long termes, avec la corrosion progressive des puits.


La cimentation des puits, même les plus récents, est toujours le maillon faible de cette technologie. C'est un problème omniprésent et récurrent. Le vieillissement des puits une fois arrivés en fin de production et abandonnés, amène ces cimentations à se dégrader. En plus dans presque tous les puits, on note que les tubes d'acier se corrodent. Ces problèmes sont encore plus préoccupants dans le cas des exploitations par fracturation hydraulique. Chacun des puits devient à moyen et long termes un conduit hydraulique entre les couches profondes, celles qu'on a fracturées de façon massive et étendue, et les couches aquifères plus près de la surface. Quand on se retrouve avec des milliers de ces conduits, la nature de la barrière que constituaient les strates intermédiaires ne compte plus beaucoup. On met en péril la ressource hydrique et le reste de l'économie de tout un pays.

 Les analyses plus récentes mettent fortement en doute les valeurs annoncées par l’EIA, car elles indiquent que la production réelle des sept champs producteurs aux USA sont très inférieures aux valeurs annoncées par l’EIA (http://www.globalresearch.ca/the-uncertain-future-of-shale-gas-report-casts-doubt-on-us-hydraulic-fracking-production-numbers/5410981).



Références

Système aquifère du Sahara septentrional,  SASS/OSS, oct. 2012,  284 p.

EIA/ARI World Shale Gas and Shale Oil Resources Assessment June 2013AIA/ARI World Shale U.S. Energy Information Administration U.S. Department of Energy, pp. XV 1-28 (Algérie), pp. XVI 1-10 (Tunisie) et pp. XVII 1-26 (Libye).

Ernst and Young. 2012, African oil and gas:driving sustainable growth  et  https://investment-consultantslk.com/oil_gas_docs/Natural%20Gas%20in%20Africa.pdf
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Tableau des paramètres des bassins Ghadames/Berkine, Timimoun et Mouydir pour le gaz de schiste (adapté de EIA/ARI 2013)




Figure 1 reprise en taille originale ci-dessous pour permettre une plus grande lisibilité:


Ajoutons un commentaire plutôtt anecdotique: la couverture du rapport de la Banque Africaine de Développement est illustrée avec l'image ci-contre --->
On y voit un puits de production de gaz de schiste et la fracturation du roc dans la partie horizontale du forage. C'est à l'évidence un schéma très simplifié, un logo presque; je conçois très bien que ce choix d'icône soit simplifié à l'extrême et ce n'est pas là ce que je trouve à redire. 
Par contre, on a choisi dans ce schéma de brancher le conduit d'extraction du gaz au sommet d'un derrick de forage de puits !
Tout ceux qui ont la moindre expertise vous diront que le derrick sert au début lors des opérations de forage. Il n'est plus du tout en place quand on est arrivé à l'étape de raccordement du puits au gazoduc; cela se fait au sol à la tête du puits. Certainement pas au sommet de la tour d'un derrick! Même dans le cas d'un schéma, l'erreur est flagrante et cela jette un doute sur l'expertise pratique des auteurs du rapport.

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Note ajoutée le 15 décembre 2025:  La revue algérienne NAQD m'a demandé l'autorisation de publier une version de cet article dans l'édition de décembre 2025 du numéro 44 GAZ DE SCHISTE  RISQUES ET ENJEUX.
Étant donné l'importance actuelle de cet enjeu en Afrique du Nord, en Algérie particulièrement, c'est tout naturellement que j'ai accepté de collaborer avec la revue. Mon texte est aux pages 96 à 105.