Mémoire pour l'ÉES Anticosti

Lettre ouverte déposée dans le cadre de la consultation pour les ÉES Hydrocarbures et ÉES-AnticostiCe texte est une version mise à jour et augmentée de mon mémoire 2013 - Commission sur les enjeux énergétiques du Québec, notamment pour tenir compte des apports récents dans le dossier d'Anticosti. Le document est également publié sur le site du gouvernement.
Marc Durand, doct-ing. en génie géologique, mars 2015

Les hypothétiques gisements d’hydrocarbures non conventionnels au Québec - Anticosti

Nous analyserons de façon générale la problématique des gisements d’hydrocarbures de roche-mère dans la première partie de ce mémoire. Dans la 2e partie du document, nous présenterons une analyse spécifique du pétrole dans le shale Macasty à Anticosti. L'autre gisement non conventionnel au Québec est le shale d'Utica; lui aussi ne pourrait être exploité qu'en ayant recours à une technique de fracturation. Ce dernier cas a été traité dans le rapport du BAPE 2014 [1]; j'ai aussi soumis un mémoire pour l'Utica [2].

Le portail Hydrocarbures [3] du Gouvernement du Québec mentionne "les nouvelles technologies d’exploitation des ressources fossiles ouvrent de nouvelles perspectives pour les formations géologiques pétrolifères, les shales, présentes au Québec." Le gisement d’hydrocarbure du shale Macasty est l'objet en 2015 d'une ÉES spécifique à Anticosti. Déjà en 2013 le document de consultation [4] du gouvernement contenait ce texte: "Ces estimations représentent des centaines de milliards de dollars en valeur potentielle et, selon le régime de redevances et la structure de propriété des sociétés d’exploration et d’exploitation, cela pourrait représenter des dizaines de milliards de dollars de revenus pour les Québécois" p.75 réf.[4]. Le présent document explique que les prétendus milliards de revenus pour Anticosti ne résistent pas à une analyse scientifique objective des données géologiques.

Nous traitons ci-dessous des gisements de roche-mère, tant de gaz (méthane en grande partie) que de pétrole ; dans le dernier cas on oublie très souvent que le gaz est également présent dans les gisements de pétrole comme dans le gisement Macasty à Anticosti et que la disposition du gaz constitue de ce fait un problème majeur.


Partie 1 - Les "nouvelles" énergies fossiles: un pont pour la transition énergétique?

Les hydrocarbures de roche-mère (shales avec pétrole diffus, gaz de schiste) constituent la nouvelle cible de l'industrie pétrolière. Dans la problématique de la consommation d'énergies fossiles et du réchauffement climatique, on nous présente souvent ces énergies comme un "pont" pour une nécessaire transition vers des énergies plus vertes. Le gaz de schiste, dit-on, serait la ressource dans une étape de transition entre nos énergies de combustibles fossiles classiques et les énergies renouvelables que l'humanité devra impérativement développer.



Jamais mensonge n'aura été plus gros! Tant de la part de l'industrie que des politiciens qui continuent de véhiculer cette image des plus fausses. Au Québec par exemple pour nommer une commission du BAPE en 2010, le gouvernement en lui donnant son mandat l'a intitulé "Développement durable de l'industrie des gaz de schiste au Québec" ; exploiter un combustible fossile, donc non renouvelable est au départ l'antithèse du développement durable.
Qu'en est-il du pont ? La consommation effrénée des combustibles fossiles a amené la planète à dépasser 400ppm de CO2 dans son atmosphère. Toute poursuite de cette hausse entrainera des impacts absolument catastrophiques, y compris des impacts économiques dommageables, reliés entre autres à la hausse du niveau de la mer ; elle pourrait devenir significative d'ici la fin du siècle. L'humanité doit faire un virage complet et urgent dans ses choix énergétiques. Ceci est admis par toutes les parties, sauf quelques irréductibles négationnistes dont les intérêts se situent justement dans les hydrocarbures. En attendant d'arriver de l'autre côté de cette transition, l'industrie pétrolière voit certaines ressources domestiques de gaz et de pétrole conventionnel se tarir; elle se lance dans l'exploitation de gisements de plus en plus marginaux. Il y a trois paramètres nouveaux qui entrent alors dans l'équation:

1) Pour exploiter du gaz et du pétrole, il faut aussi en dépenser une certaine quantité, celle qu'utilisent les foreuses, les véhicules de transport, les usines de raffinage, etc. La proportion pétrole requis pour produire/pétrole produit est relativement faible dans les gisements conventionnels. Cette proportion augmente considérablement dans le cas où il faut fracturer des formations géologiques entières pour en extraire du gaz ou du pétrole, parce qu’ils sont là finement disséminés dans la roche-mère. Il faut maintenant dépenser le sixième ou même le quart de l'énergie qu'on va produire. Exploiter ces hydrocarbures disséminés pollue déjà beaucoup au site d'extraction, avant même que le gaz, ou le pétrole, soit utilisable.
2) À cela s'ajoute le fait que ce sont des étendues de plusieurs milliers de km2 qu'il faut perturber pour exploiter, car la ressource est diffuse et finement disséminée dans toute l’étendue d'une couche géologique. Ce ne sont plus des gisements localisés qui sont exploités, mais des régions entières qui en subissent les impacts. Le shale doit être fracturé dans tout son volume pour permettre l'extraction d'hydrocarbures; c'est actuellement la fracturation hydraulique qui est utilisée, mais tout autre technique de fracturation donnera les mêmes conséquences: une modification irréversible de toute la masse de la roche-mère.
3) Finalement le troisième élément nouveau à prendre en compte n'est pas le moindre: l'efficacité de l'extraction. Dans les gisements de pétrole et de gaz conventionnels, les hydrocarbures sont trouvés dans des concentrations naturelles, nommés pièges stratigraphiques, localisés dans des zones ou dans des strates poreuses et perméables. Le pompage est facilité par cette condition naturelle du gisement; l'efficacité de l'extraction est élevée, car le pétrole et le gaz circulent facilement. Le taux de récupération est aussi très élevé: 50 à 95%. En fin d'extraction, les conditions souterraines (hydrogéologiques notamment) du site sont sensiblement celles qu'elles étaient avant l'implantation des forages; la seule différence notable est qu'il y a dans la strate moins de pétrole et de gaz après qu'avant. Dans le cas d'hydrocarbures de roche-mère, l'exploitation n'est possible qu'en apportant une modification extrême de la strate; l'imperméabilité qui emprisonnait les hydrocarbures depuis des centaines de millions d'années doit être radicalement modifiée. La fracturation artificielle change de façon irréversible la perméabilité de la roche de plusieurs ordres de grandeur. Le pétrole et le gaz commencent alors à s'écouler par les nouvelles fractures ouvertes. Cet écoulement est à grand débit initialement, mais il diminue rapidement et de façon significative. Après quelques années, le débit tombe sous la valeur rentable.
Les gisements conventionnels que la nature a créés se sont formés par le même phénomène d’une lente migration de gaz et de pétrole au cours de siècles, plutôt de milliers, voire de millions d'années. Créer des fractures nouvelles dans une strate de roche-mère en un instant donné amorce ce même processus, mais ne le change pas fondamentalement ; il n'est pas possible de l'accélérer. L'efficacité de l'exploitation se limite à une petite portion de ce que contient la roche-mère. Le taux d'extraction mesuré dans l'industrie du gaz de schiste est de 10 à 20 % du méthane en place. Pour le pétrole dans le shale, c'est un taux dix fois moindre: 1 à 2% du pétrole en place est récupéré pendant les quelques années où le débit est satisfaisant. Que se passe-t-il ensuite?  Le gaz (80%) et le pétrole (98%) qui restent continuent lentement à migrer dans ce shale transformé par la fracturation. Il n’y a aucune possibilité en fin d’exploitation d’arrêter ce processus ; on ne peut que boucher le conduit des puits, mais on ne peut intervenir sur le grand volume (entre 50 et 150 millions de m3/puits) du roc rendu très perméable et fracturé.
Il y a donc là, entre l’avant et l’après exploitation une différence radicale qui n'existait pas dans le cas des gisements conventionnels. L'extraction partielle d'une nouvelle source étendue de combustible fossile ne sera pas sans conséquence: l'écrémage de ces hydrocarbures laissera en place en fin de production d'énormes quantités de méthane dans des strates radicalement transformées. Ce gaz pourra trouver des voies de circulation vers les nappes phréatiques, mais également vers l'atmosphère, par les fractures et, après un certain temps, par les conduits mêmes des puits abandonnés. Ce n'est pas le scellement des puits en fin de production qui va changer la donne; ces scellements ont des durées de vie bien moindre que ce qui serait requis [5]. Ouvrir toutes ces nouvelles sources d'émission de méthane, un gaz à effet de serre autrement plus nocif que le CO2, va contribuer au réchauffement climatique avec une ampleur significativement plus élevée que la combustion des combustibles fossiles conventionnels. On sait maintenant que les fuites existent déjà dès les premières années, celles où les opérateurs contrôlent les puits ; d’après les premiers estimés les fuites représentent jusqu’à 9% de la production [6]. Ces fuites vont continuer bien longtemps après que la production aura cessé.

Ces trois conditions modifient considérablement la perspective dans laquelle il convient d’aborder la poursuite de l'exploitation des énergies fossiles contenues dans les sources non conventionnelles. L’exploitation des hydrocarbures roche-mère ne constitue aucunement un « pont » ou une transition, mais un énorme bond en arrière:


Échelle de pollution: le pire à gauche,  le plus vert à droite:

Passer de (2) à (1) pour aller vers (3) est une aberration, certainement pas un "pont". Faut-il exploiter jusqu'à les dernières gouttes de pétrole sur terre, simplement parce que des exploitants pourront y trouver une rentabilité à court terme?
 "La civilisation a évolué par des étapes significatives souvent en fonction des ressources et des techniques, mais quand l'humanité a quitté l'âge de pierre, ce n'était pas par manque de pierre" *.
Une reformulation d’une citation attribuée au ministre saoudien du pétrole lors du premier choc pétrolier. 
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Partie 2 – L'hypothétique gisement d'hydrocarbures non conventionnels d'Anticosti

Le gaz de schiste dans l’Utica et le pétrole diffus dans le shale Macasty à Anticosti ont cette particularité commune : contenir des hydrocarbures diffus dans toute leur masse. La fine porosité et la très faible perméabilité de ce shale (Macasty et Utica sont deux entités stratigraphiques équivalentes dans le temps géologique) emprisonnent de façon efficace les hydrocarbures depuis 450 millions d’années. En mesurant l’épaisseur et la superficie du shale, ainsi qu’en estimant le pourcentage de matière organique transformée en hydrocarbure dans la roche, on est arrivé à estimer qu’il y aurait un peu plus de 45 milliards de barils (= 7 milliards m3) de pétrole à Anticosti.
Il est tout-à-fait irresponsable de multiplier les quantités d’hydrocarbures en place par la valeur d’un baril de pétrole ($50 ou même $100 x 45 milliards !) comme on a jusqu’à maintenant eu tendance à le faire dans bien des milieux économiques manifestement peu au courant des données géologiques. Une faible portion de ces hydrocarbures serait éventuellement récupérable par fracturation hydraulique : 1 à 2% dans le cas du pétrole dans le shale, c’est-à-dire dix fois moins que le taux de récupération (10 à 20%) dans le cas du gaz de schiste.
Malgré ce faible taux de récupération, le pétrole de roche-mère est actuellement en production au Dakota Nord et il y crée un « boom » économique. Certains rêvent de reproduire ce boom de production au Québec dans un gisement du même type à Anticosti. Mais il faut bien réaliser que c’est en raison de législations permissives et au détriment de l’environnement que les coûts d’extraction et de transport rendent possible cette production dans certains États américains.
Le document de présentation de la CEÉQ [4] reprend pour le pétrole du Macasty des estimés très optimistes (ex. : taux de récupération de 5%) qui sont en fait ceux qui sont avancés par les promoteurs privés. L’étude commandée par Pétrolia [7] de laquelle on a tiré l’estimé des volumes de pétrole en place mentionne pourtant, en introduction comme en conclusion, qu’on n’a pas observé de pétrole liquide dans aucun des 20 forages analysés :
« No moveable oil has yet been discovered within the Macasty Formation on the island » p.2, réf. [4]
« no oil or gas has yet been recovered from the Macasty shale through testing » p.8, réf. [4].
Le gisement pétrolier dans le shale Bakken au Dakota est souvent cité comme exemple. Il possède une différence fondamentale avec le Macasty : c’est un gisement qui était exploité de façon conventionnelle avant l’introduction de la fracturation hydraulique en 2008. C’était déjà un champ de production de pétrole marginalement productif ; on avait donc là des preuves bien concrètes de la présence de beaucoup de «moveable oil».
Depuis 2008, on a déjà foré plus de 15000 puits dans le Bakken et ce nombre pourrait atteindre à terme 50 000 puits. C’est un gisement plus étendu que celui d’Anticosti et le volume en place de pétrole est estimé à dix fois la valeur du Macasty. Nous avons là bien plus de données que celles fournies par l’analyse de 20 puits dans la référence citée [7] ; on peut donc se fier à la valeur de 1,2% comme taux de récupération dans le Bakken, comme l’indique le tableau ci-dessous tiré de la référence [8].

Tableau1. Paramètres des principaux gisements de pétrole de roche-mère aux USA, Sandrea 2012, réf. [8].

À l’exception du gisement Elm Coulée, la majorité des valeurs de taux de récupération sont de cet ordre. Pour le gisement potentiel d’Anticosti dans lequel il n’y a pas encore aucun forage ayant permis de récupérer du pétrole liquide, il est totalement irréaliste de tabler sur un taux de récupération plus du triple («… 2 à 5 % seraient récupérables avec les techniques actuelles» [4] p.74) de celui qui est calculé dans le Bakken. C'est pourtant sur cette base erronée que la décision d'investir 115M$ de fonds publics a été prise à Québec en février 2014.
En fonction des caractéristiques géologiques du gisement du shale Macasty, des données fragmentaires qu’on peut comparer à celles des autres gisements de pétrole de roche-mère aux USA, la valeur réaliste et prudente d’un taux de récupération à prendre en compte à cette étape de l’analyse serait plutôt 1%. C’est cette valeur que nous utiliserons dans la suite du texte. Les quelques forages ajoutés en 2014 n'ont pas modifié de quelque façon l'image globale des caractéristiques du Macasty; il est improbable que ceux qui viendront s'ajouter en 2015 y changent quoi que ce soit.

- La question du gaz associé:   Un grand laxisme dans la réglementation locale du Dakota permet le brulage à la torchère du gaz associé au pétrole dans le gisement Bakken. Près du tiers du gaz extrait est brulé sur place; c’est une quantité qui représente 260,000 millions de pi.cu/jour [9]. Cette situation résulte du manque de capacité des gazoducs en place, du faible prix du gaz et des distances de transport vers des débouchés potentiels. C'est le pétrole qui intéresse vraiment les exploitants.
Qu’en serait-il à Anticosti où il n’y aurait bien moins de possibilités économiques envisageables pour transporter et commercialiser le gaz? La réglementation actuelle au Québec à propos du torchage n’est guère reluisante, même en la comparant à celle du Dakota :
   « Aucune redevance n'est exigible sur le pétrole, le gaz naturel ou la saumure utilisés sur place par le locataire à des fins de forage ou de production ou sur le gaz naturel brûlé à l'air libre[10]
On constate que le torchage sur place bénéficie par la loi du Québec d’un avantage économique pour le producteur de pétrole : il peut le bruler gratuitement. La publication récente des lignes directrices [11] n'est pas rassurante sur l'évolution possible des règles à ce sujet, puisqu'on annonce qu'il n'y aura qu'une déclaration volontaire des rejets dans l'atmosphère qui dépassent 10 000 tonnes ("le requérant qui émet dans l’atmosphère une quantité de gaz à effet de serre (GES) égale ou supérieure à 10 000 tonnes métriques en équivalent CO2 doit déclarer ses émissions") [11 p. 44].
Les estimés des quantités de gaz associé au pétrole dans le shale Macasty n’ont pas beaucoup retenu d’attention, car le gaz présente peu d’intérêt économique dans ce contexte insulaire. Les estimés relatifs au gaz n’ont pas été faits par les promoteurs, mais cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas en faire.

Figure 1. Gisements de roche-mère VS gisements conventionnels (modifié de la réf. [12]).


Le gaz et le pétrole qui se séparent dans les gisements conventionnels, sont à l’origine intimement associés et présents dans la roche-mère (figure 1). Il n’est pas possible en exploitant les gisements non-conventionnels de n’extraire que le pétrole, sans le gaz. En fait la fracturation va libérer bien plus facilement le méthane que le pétrole,  dans un gisement comme le shale de Macasty à Anticosti, car la molécule de méthane circule plus facilement dans la très fine porosité du shale.



Tableau 2. Rapport Gaz/Pétrole dans le shale Macasty [13] et dans le shale Bakken [14].

Des données certes fragmentaires (tableau 2) montrent que le rapport gaz/pétrole pour le Macasty (40,9/27,8 = 1,47) est plus du triple que celui mesuré dans le Bakken (16,6/42,7 = 0,39). Nous avons présenté dans la conférence [12] les estimés pour la quantité de gaz dans le gisement Bakken; le volume de méthane (52 Gm3)** est le double de celui du pétrole (25 Gm3). Les volumes de gaz sont présentés aux conditions standards ; dans la roche-mère le méthane occupe un volume bien moindre car il est fortement comprimé. Il est raisonnable d’estimer à cette étape-ci le volume de méthane dans le Macasty à une valeur entre trois à huit fois celle du pétrole en place, qui lui est évalué à 6 Gm3.
Dans la fracturation de la roche-mère pour libérer les hydrocarbures emprisonnés, le gaz se libérera bien plus rapidement que le pétrole et en plus grande proportion de ce qui est en place (~1% du pétrole en place - vs - 10 à 20% du méthane en place). Pendant et surtout après l’exploitation des puits, le méthane résiduel continuera sa migration vers les nappes et l’atmosphère [12 & 16].
** Gm3 indique milliard de mètres cubes.

- La profondeur minimale pour la fracturation:  Il y a de plus pour Anticosti une question technologique et environnementale qui pose un problème majeur : le shale Macasty se situe de 350 m à 1100 m de profondeur pour les quatre cinquièmes de l’île ; cette portion devrait être à priori exclue des estimés et de l’exploration-exploitation. Dans toute cette zone, cette trop faible profondeur ne respecte pas les normes tacites que l’industrie a elle-même proclamées [17]. La figure 2 montre deux compilations des données de fracturation compilées pour les puits de deux gisements: le shale de Marcellus en Pennsylvanie et le shale de Barnett au Texas. On y indique la limite inférieure des aquifères (jusqu'à 240m et jusqu'à 400m dans ces deux cas), ainsi que l'extension mesurée de la fracturation (jusqu'à 550 m dans les deux cas).
L'auteur [17] explique que l'industrie minimise les risques de pollution des nappes en maintenant entre le haut de la fracturation et le bas des nappes une distance sécuritaire de près d'un mille (1585m à 1160m selon les cas). Nous n'avons pas trouvé de diagramme semblable pour le gisement pétrolifère du Bakken au Dakota, mais ce cas donnerait une marge observée encore plus grande car la profondeur y est plus élevée: elle représente 3 Km en moyenne.
Ce qui est notable dans ces deux diagrammes, c'est l'extension considérable que peut avoir la fracturation en d'étendant vers le haut: couramment 300m et parfois 550m.

Figure 2. La limite inférieure des nappes VS l'extension de la fracturation, tel que compilé pour des milliers de  forages et de fracturations dans les shales Marcellus et Barnett - données de Fisher 2010 [17]

Le gouvernement annonce pour Anticosti de bien belles intentions et le respect des meilleures pratiques, mais il met en place en même temps une réglementation [18] pour la protection des nappes qui contredit de façon flagrante tous ces principes. Dans une réglementation qui porte avant tout sur l'eau et non pas dans une loi sur les hydrocarbures, on définit pour des forages d’exploration et/ou d'exploitation des conditions à respecter pour des demandes futures de permis de fracturation ; une norme de 400 m taillée sur mesure pour lever l’exclusion virtuelle qui affecte les quatre cinquièmes de l’île d’Anticosti, comme le montre les figures 3 et 4 ci-dessous.

Figure 3. Zone à Anticosti où il est impossible d'avoir une marge de 1000m entre la fracturation
et le bas des nappes.
La coupe de terrain à gauche sur la figure 3, montre que nous avons pris des distances verticales très raisonnables par rapport aux données des USA: 200m pour le bas des nappes, 300m pour l'extension maximale de la fracturation et entre les deux une marge sécuritaire de 1000m (et non pas "one mile").

Figure 4. L'article 40 [18] fusionne la zone des fractures la marge verticale et ramène le tout à 400m.


Permettre la fracturation dans une tranche de 400 m de roc qui se situe entre la section horizontale d’un puits et le bas d’une nappe, c’est permettre en fait de conserver zéro mètre de marge de sécurité quant cette fracturation s’étend sur 400 m ! Les données de l’industrie montrent que des fracturations peuvent s’étendre vers le haut jusqu’à plus de 500 m [figure 2 et réf.17].
La section IV du règlement RPEP [19] doit être enlevée et toutes les questions relatives à l’exploitation des hydrocarbures de roche-mère doivent être analysées dans leur ensemble, dans une loi spécifique. La fracturation et la libération du méthane qui en découlent affectent les nappes phréatiques certes, mais pas seulement les nappes, l’atmosphère également, le bilan des gaz à effet de serre, etc. Il est prématuré de fournir maintenant à l’industrie des normes et des directives laxistes, qui ont l’apparence d’avoir été conçues avant tout pour contourner une question de faible profondeur du shale à Anticosti.
L'implication du gouvernement en début d'année 2014 dans la propriété des permis apparaît illogique en rapport avec le respect d'une distance sécuritaire: une petite portion (3,5%) du territoire détenu conjointement avec ses partenaires (Hydrocarbures Anticosti S.E.C.) serait théoriquement fracturable (figure 5).
Figure 5. Emplacement des permis détenus par Hydrocarbures Anticosti par rapport à la marge de la fig. 3.

- Un gisement exploitable? : La rentabilité d’une industrie de pétrole de roche-mère à Anticosti semble en elle-même bien douteuse† ; 1% comme taux de récupération de 46 Gbarils en place, c’est 460 millions de barils récupérables, pour toute l’île. Or seulement moins d'un cinquième du gisement se situe à une profondeur suffisante, ce qui laisse ~100 millions de barils récupérables, sur environ 1500km2. Il faudra construire 3000 puits pour cette seule partie du gisement. Il est réaliste d’estimer à $10millions/puits le coût de cette exploitation partielle. C’est donc $30 milliards de travaux à faire en construction de puits pour cette seule portion sud de l’île. La valeur marchande de 100 millions de barils, en supposant que la valeur remonte à$100/baril rapporterait $10 milliard brut, mais il y aurait $30 milliards de dépenses!  Même en rognant sur les coûts des puits et sur leur nombre, il est difficile de voir où se situeraient la possibilité économique d'une exploitation réelle du Macasty.
L'intérêt économique actuel des promoteurs est tout autre: les activités d'exploration géologiques génèrent des avantages fiscaux très importants et elles ont un impact immédiat sur la valeur des actions des détenteurs de permis. Dans le cas d'Anticosti, on a impliqué de plus des fonds publics pour ces dépenses à très hauts risques spéculatifs.
Nous avons ci-dessus une analyse très sommaire des coûts, nous le reconnaissons, mais elle vaut autant que bien d’autres encore plus simplistes [20]. Le texte complet de cette analyse avec diverses variantes est à ce lien : [21]. Il faudrait de plus tenir compte des coûts environnementaux et pas seulement des coûts des travaux d’exploitation.
Nous reprenons ici comme conclusion la dernière figure de la conférence présentée le 30 janvier 2013 [12].
 † Nous traitons ici de la rentabilité d'une hypothétique exploitation. La rentabilité à l’étape de l’exploration pour un détenteur de permis est bien distincte de la rentabilité d’exploitation proprement dite. Les dépenses à l’étape d’exploration sont fortement subventionnées et celles-ci contribuent beaucoup à la valorisation des actions des détenteurs de permis.


Références :

[1]  BAPE, novembre 2014.  Les enjeux liés à l’exploration et l’exploitation du gaz de schiste dans le shale d’Utica des basses-terres du Saint-Laurent.


[2]  Durand 2014.  Les risques technologiques liés à la fracturation du shale d’Utica.  Mémoire au BAPE - DM99, 36 p.

[3]  Gouvernement du Québec 2014, Portail Hydrocarbures.

[5] Brufatto et al 2003.  From Mud to Cement—Building Gas Wells, Oilfield Review, Sept. 2003, pp 62-76.

[6] Cooperative Institute for Research in Environmental Science 2013. « CIRES and NOAA scientists observe significant methane leaks in a Utah natural gas field » CIRES News Release 5 août 2013

[8]  Sandrea, 2012.  Evaluating production potential of mature US oil, gas shale plays.  Oil & Gas Journal, déc. 2012

[9]  Scheyder 2013. Bakken Shale Flaring Burns Nearly One-Third Of Natural Gas Drilled, New Study Finds.  Huffington Post 29 juillet 2013

[10] Québec 2013. Loi sur les mines,   chapitre M-13.1 (voir le 3e paragraphe de l’article 204)

[12] Durand 2013. Les risques et enjeux de l’exploitation du pétrole de roche-mère d’Anticosti. Conférence présentée à la Salle des Boiseries de l'Université du Québec À Montréal le 30 janvier 2013 http://youtu.be/VCEJ-lAHS4Y

[14] Wind River 2012. Core data release

[15] Durand 2011. L’expérimentation – La durée de vie des structures, texte  + présentation en vidéo.

[16] Durand 2012. Les dangers potentiels de l’Exploitation des Gaz et Huiles de schiste - Analyse des aspects géologiques et géotechniques. Rapport final du Colloque duConseil régional Île-de-France, 7 février 2012, Paris, pp 173-185.

[17] Fisher 2010, Data Confirm Safety Of Well Fracturing. American Oil and Gas Reporter. July 2010

[18] GAZETTE OFFICIELLE DU QUÉBEC, 16 juillet 2014.,  Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protectionpp. 2729 à 2759

[19] Durand 2014. D'où vient la "norme" de 400 m du règlement qui entre en vigueur le 14 août 2014 – impact sur Anticosti. Norme de 400m - impact pour Anticosti expliquée dans une présentation vidéo : http://youtu.be/QdKEOBeXa3c

 [20] Institut Économique de Montréal, 2012 : "À 100 $ le baril (probablement un chiffre prudent pour le prix du pétrole à long terme) et en présumant que seulement un dixième de ces réserves est récupérable, on parle donc d’une ressource valant la somme extraordinaire de 400 milliards de dollars" Les avantages du développement de la production pétrolière au Québec, 4p.

ÉES Anticosti: Exploration pour le pétrole d'un hypothétique gisement

Où en est-t-on dans la "saga" Anticosti?  Une Évaluation Environnementale Stratégique (ÉES Anticosti) est en cours. Est-ce une ÉES réellement? ou bien un simple programme d'exploration réalisé par Pétrolia pour Hydrocarbures Anticosti S.E.C.?  Je vais tenter ici de faire une mise au point chronologique.


1 juin 2011: rapport Sproule pour Pétrolia Inc. et Corridor Resources qui fait le bilan des travaux de recherche d'hydrocarbures dans l'Île. Ce rapport traite des ressources possiblement en place dans le shale, mais nulle part il ne traite de leur exploitabilité potentielle par la fracturation de la roche mère.


16 mai 2012: Le Gouvernement injecte des fonds publics par Investissement Québec qui annonce une nouvelle injection de 10M$ dans Pétrolia, dans un achat d'actions à $1,42 l'unité. Une bien mauvaise utilisation de fonds publics, car le titre Pétrolia ne cesse de chuter par la suite. Il vaudra moins qu'un dixième du prix cinq ans plus tard. Voir tous les autres injections de fonds public dans Pétrolia.


Été 2012: Pétrolia complète trois forages d'exploration en rouge ci-dessous, à Anticosti (avec tout le budget prévu pour quatre forages) :

                 Princeton Lake                 -               Highcliff                              -                          Oil River







29 mai 2013: Le MDDEFP dépose un projet de  Règlement sur le prélèvement des eaux et leur protection (RPEP) avec une période de consultation réduite de 60 -> 30 jours pour motif d'urgence. L'urgence étant que les détenteurs de permis sur Anticosti doivent connaître les règles du jeu rapidement pour réaliser la campagne de forage prévus à l'été 2013. Junex prévoyait cinq forages  pour l'été 2013. Étrangement dans un règlement qui porte sur l'eau, on découvre au Chapitre III, la Section V (art. 29 à 49) qui traite des forages d'hydrocarbures, incluant les normes pour la fracturation (art.41 à 49). Au final, l'urgence invoquée par le ministre Yves-François Blanchet se révèle inexistante, car ni Pétrolia, ni Junex ne forent des puits cet été 2013 à Anticosti. Le ministre Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet,  défend avec vigueur la norme de 400m. 


5 septembre 2013Dévoilement de l’entente que Pétrolia et Hydro-Québec avaient signé le 22 janvier 2008; Hydro-Québec cédait alors ses participations dans 35 permis de recherche d’hydrocarbures sur l’île d’Anticosti, détenues avec Corridor Ressources. La cession à Pétrolia des parts H-Q des permis est faite sans compensation monétaire comptant; la contrepartie n'est qu'une participation à d'hypothétique revenus "Hydro-Québec recevra une redevance prioritaire sur la quote-part de la production d'hydrocarbures de Pétrolia calculée au taux de 3 % sur le prix moyen des raffineurs, nette des redevances gouvernementales et des coûts de transport".


13 février 2014: Annonce par Pauline Marois de la création du consortium  Hydrocarbures Anticosti S.E.C. avec Pétrolia et trois autres partenaires, un apport de fonds publics pour la réalisation de 15 à 18 forages en 2014 plus trois forages avec fracturation en 2015. On annonce ce même jour une lettre d'entente avec Junex pour 9 forages, conditionnelle à ce que Junex trouve un partenaire privé au plus tard le 31 octobre 2014. Dans un investissement de $115 millions en fonds publics, le gouvernement prévoit donc deux partenariat: 1) Au centre et au nord de l'île avec Pétrolia et al.: 18 forages d'exploration plus trois puits avec fracturation.
2) Au sud de l'île avec Junex et al.: 7 forages d'exploration + deux puits avec fracturation.
Au total: 25 forages d'exploration plus cinq puits avec fracturation, soit trente forages en tout. Or le partenariat avec Junex ne sera jamais réalisé et le partenariat avec Pétrolia et al. ne le sera qu'à moitié. On ne se rendra jamais aux opérations de fracturation qui avaient été annoncés pour 2015, puis reportées deux fois, sans suite.

13 mars 2014: Le CQDE dépose une requête en jugement déclaratoire impliquant Junex, Pétrolia, le ministère MDDEFP, pour travaux de forages d'exploration d'hydrocarbures faits ou prévus sans permis.


9 juin 2014arrêté ministériel pour forages à Anticosti 15 jours avant la date prévue pour l'audition de la requête du CQDE. L'arrêté crée une nouvelle appellation "sondage stratigraphique", ce qui contre la requête du CQDE qui traitait de permis de forageIl y a une conséquence très pernicieuse à ce changement de nom: les données de forage, les rapports de forages deviennent aussi cachés dans la banque de données SIGPEG exemple de fiche ci-contre: -->


fin juillet 2014: publication du Règlement sur le Prélèvement des Eaux et leur Protection qui définit (art. 33 à 36) le "sondage stratigraphique" (RPEP, une analyse). Dans ce règlement qui, rappelons-le, porte avant tout sur les captages d'eau souterraine, on introduit les normes pour la fracturation hydraulique des forages d'hydrocarbures (art. 40 à 46).

août 2014: publication des "Lignes directrices provisoires sur l’exploration gazière et pétrolière". On y annonce des normes très laxistes permettant entre autre chose le torchage du gaz dans les puits d'extraction du pétrole.

4 novembre 2014: Pétrolia annonce la fin de la campagne de forages 2014 à Anticosti et Junex annonce ne pas avoir trouvé de partenaire pour Anticosti et se concentre plutôt sur un gisement plus près de fournir une production commerciale à Galt en Gaspésie. Du côté  Hydrocarbures Anticosti S.E.C. (Pétrolia et partenaires), six forages ont été complétés sur les dix-huit initialement prévus. La suite est reportée à l'été 2015.


30 mai 2014 (date de l'annonce): Mise sur pied d'une ÉES propre à Anticosti. Le calendrier des travaux indiqué sur ce site du gouvernement pour cette ÉES est en fait l'équivalent du descriptif des travaux prévus par Pétrolia pour 2014 et 2015… Une deuxième ÉES portant sur la filière Hydrocarbures globale est aussi mise en oeuvre;  un même comité  dirige ces deux ÉES. Ses huit membres sont uniquement des sous-ministres en place au gouvernement. Un rôle conseil est attribué à un petit groupe de six universitaires. Aucun représentant de la société civile, aucun expert externe au gouvernement ne fait partie du comité qui rédigera les rapports des ÉES.

26 mars 2015date finale pour un appel d'offres pour une étudeÉvaluation conceptuelle des besoins en infrastructures de transport des hydrocarbures extraits de l'Île d'Anticosti nécessaire à l'exportation". C'est une étude sur les moyens (pipelines, installations portuaires, etc.) pour exporter le pétrole vers les marchés externes. L'ÉES Anticosti semble n'avoir commandé à toutes fins utile que cette seule étude.

mars 2015date prévue par le comité ÉES pour rendre en un rapport d'étape et décider de la poursuite des travaux prévus à la phase 2 (trois puits avec la fracturation hydraulique). Manifestement cet échéancier est irréaliste, car la phase 1 n'a réalisé que 5 des 18 forages prévus. La phase 1 est prévue se poursuivre jusqu'à l'été 2015. 


15 juin 2015: table ronde réunissant dix experts* pour une seule journée sur l'ensemble des sujets du dossier hydrocarbures. En avant-midi: les dix courtes présentations des experts; en après-midi poursuite du débat, questions des participants inscrits. Cette toute petite possibilité de faire entendre des points de vue autres que ceux du gouvernement surviendra deux mois après la date annoncée pour que le comité ÉES rédige un rapport intérimaire pour autoriser la fracturation hydraulique et aller de l'avant à Anticosti avec la phase 2.


fin automne 2015: dépôt du rapport final ÉES Anticosti. À part la journée du 15 juin où le dossier Anticosti est traité parmi tous les autres ("exploration, exploitation, transport, distribution du pétrole et du gaz naturel"), il n'y aura pas eu aucune activité spécifique pour l'ÉES-Anticosti. Tout aura été analysé à l'interne au gouvernement.

Le processus est en cours; il est donc trop tôt pour prédire ce que produira cette ÉES-Anticosti. Il est cependant possible de faire dès maintenant quelques constats. On prévoyait à l'annonce du 13 février 2014 qu'on allait étudier Anticosti et son gisement potentiel dans le shale de Macasty; or cinq seulement des 18 forages ont été faits du côté Pétrolia et zéro sur neuf forages sur le coté sud.

Même si elle avait été complétée, cette étude ressemble très peu à une ÉES. C'est avant tout une campagne d'exploration pour déterminer un potentiel d'exploitabilité, comme le décrit le calendrier des travaux:


Je crois qu'on va prochainement modifier au gouvernement ce calendrier. La campagne de forages 2014 à Anticosti a connu bien des retards; cinq des 18 forages prévus ont été réalisés. Le plan de travail de l'ÉES ne s'accorde plus avec les travaux qu'Hydrocarbures Anticosti S.E.C. prévoit faire. Le dépôt d'un rapport d'étape en mars et un rapport final à l'automne 2015 est irréaliste.

Les trois forages horizontaux avec fracturation sont maintenant reportés à l'été 2016. C'est l'information de ces trois tests que le gouvernement veut avoir pour conclure cette ÉES. Ces données ne seront pas là lors du dépôt du rapport final à l'automne. Le gouvernement a mis en branle un processus précipité pour couper court aux études qui contrediraient éventuellement ses dessins pour Anticosti. Hélas pour lui, Pétrolia qui est maître d'oeuvre sur le terrain pour Hydrocarbures Anticosti, reste encore une cie junior qui a du mal à livrer aussi vite tous ces travaux promis.

J'ai fait ma propre analyse des possibilités d'aller faire de la fracturation dans ce shale en constatant que seule une bande restreinte au sud de l'Île rencontrerait éventuellement un critère acceptable de profondeur. Or cette portion est en grande partie dans les permis de Junex qui a mis en veilleuse sa campagne de forage dans sa zone. Une très grande part (96,5%) de la zone d'étude de l'ÉES - Hydrocarbures Anticosti S.E.C. ne remplit pas cette condition (figure ci-dessous):



Cette ÉES basée sur des nouveaux forages à faire sera apparemment incomplète; elle ne couvre qu'une partie d'Anticosti, celle des permis d'un seul des deux détenteurs. Dans l'autre portion au sud de la faille de Jupiter, le shale est plus en profondeur et il est aussi plus épais; d'autres paramètres diffèrent également par rapport à ce qui est détenu par Hydrocarbures Anticosti S.E.C. Comment tirer des conclusions pour l'ensemble de l'Île avec une étude qui laisse de côté une zone importante?

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* J'ignore si j'aurai l'occasion de faire partie de cette table d'expert d'une journée en mai 2015. J'ignore surtout quelle sera l'influence de cette table d'experts auprès de l'ÉES Anticosti, car cette table n'est même pas mentionnée dans le calendrier des travaux. De plus, l'ÉES aura déjà fait rapport (prévu mi-mars 2015) au gouvernement pour des prises de décisions. En date d'aujourd'hui, il semblerait qu'on en soit seulement encore à l'étape de demander à un comité de l'ACFAS de suggérer des noms pour constituer cette table ronde. Le gouvernement fera ensuite la sélection définitive des experts qu'il souhaite y voir. Juste au cas où cela serait utile, je joins ci-dessous un descriptif des publications que j'ai produites depuis 2010 sur le sujet des hydrocarbures de roche mère. Cela peut justifier que je trouve un jour un chemin pour faire entendre un autre son de cloche dans ce dossier, si évidemment on souhaite au gouvernement prendre connaissance de mes analyses. Je n'ai pas pris de chance et j'ai envoyé un mémoire sur le sujet: mémoire pour l'ÉES-Anticosti.

Publications récentes de Marc Durand, doct-ing reliées au gaz et pétrole de schiste

  1) La pertinence de la solution Gaz de Schiste  VS Charbon.
  2) La pollution des nappes de surface.
  3) Les liens entre fracturation hydraulique et contaminations des nappes.
  4) Les fuites de méthane.
  5) La pression dans les puits au moment de l'abandon.
  6) Le contrôle de la fracturation hydraulique.
  7) La réalité sur l'épaisseur de couverture pour protéger les nappes.
  8) L'extension réelle de la fracturation hydraulique.
  9) Les séïsmes induits par la fracturation hydraulique.
    et ... 10) Gaz de shale  ou  gaz de schiste?

Durand, M. (2012 a). Les dangers potentiels de l’Exploitation des Gaz et Huiles de schiste - Analyse des aspects géologiques et géotechniques Présentation au colloque du Conseil régional Île-de-France, 7 février 2012, Paris.

Durand, M. (2012 h). Document R-3 - Le "poids des roches"




Durand, M. (2013 a). Les hypothétiques gisements d’hydrocarbures nonconventionnels au Québec - risques et enjeux . Mémoire soumis à la Commission sur les enjeux énergétiques, publié sur le site de la Commission, 10 p.

Durand, M. (2014 a). Les risques technologiques liés à la fracturation du shale d’Utica Mon mémoire présenté au BAPE - Les enjeux liés à l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste dans le shale d'Utica des basses-terres du Saint-Laurent.


Durand, M. (2014 c). L’information scientifique et les médias dans le débat sur les gaz de shale  dans Science ouverte -Revue internationale d’études sociales des sciences et de débat sur la science.

Durand, M. (2014 d). Mon commentaire sur la publication au MDDELCC de Lignes directrices sur l'exploration du gaz et pétrole.  


Durand, M. (2014 f). Fuites des puits après leur fermeture: analyse des causes (2e de 3 textes qui analysent les puits abandonnés au Québec.

Durand, M. (2014 g ). Les fuites des puits de gaz de schiste VS celles des puits conventionnels. Troisième et dernier texte de la série de trois sur les fuites.


• Vidéos de vulgarisation

 Durand, M. (2011).   Gaz de schiste 101  une présentation de dix minutes qui explique les impacts de la fracturation du shale d'Utica.
En version anglaise:  Shale gas 101-Utica.

Durand, M. (2011).   Gaz de schiste 102 L'Expérimentation une présentation de six minutes
En version anglaise:   Shale Gas 102 The Experiment.

Durand, M. (2011).    bloc-diagramme expliqué par animation. Présentation animée du bloc-diagramme qui figure dans le mémoire de 2012; six minutes.


• Six présentations vidéo se rapportant à Anticosti:

Durand, M. (2013 b).    Conférence à la Salle des Boiseries, UQAM le 30 janvier 2013: Les risques et enjeux de l'exploitation du pétrole de roche mère d'Anticosti.

Durand, M. (2013 c).    Conférence sur le shale d'Anticosti à Nature Québec le 30 novembre 2013: Les gisements d'Hydrocarbures de roche mère.


Durand, M. (2014 j).  Analyse de l'impact de norme contenu dans le projet de règlement sur le Prélèvement et Protection des Eaux: la norme 400 m.

Durand, M. (2015 c)La coûteuse illusion du pétrole d'Anticosti

Durand, M. (2015 d)Les scénarios de fracturation du shale à Anticosti ne respectent aucune norme de profondeur.


• Trois présentations en vidéo se rapportant à l'ÉES et au BAPE:

Durand, M. (2012 n).  l'ÉES: que faire après les consultations? propositions d'études pour l’ÉES.

Durand, M. (2014 j).  - Après le dépôt du rapport final, une analyse et un bilan des études: Critique du rapport de l'ÉES - les risques technologiques oubliés

Durand, M. (2014 k).  Présentation au BAPE, 3 juin 2014 Analyse critique de l'ÉES incorporée dans le mémoire au BAPE le 3 juin.


• Autres réalisations: participations à des films documentaires et émission de TV:

février 2015: long métrage documentaire d'Ian Jaquier L'Or du golfe, 91 minutes.

Mai 2014: film de Dominic Champagne – Anticosti : la chasse au pétrole extrêmelong métrage documentaire de 81 minutes.

26 octobre 2014: Émissions Découverte Radio-Canada "Pétrole : le rêve et l’illusion - partie 2".

14 avril 2015 à RDI Économie:  Anticosti: projection exagérée?

21 mai 2015 RDI Économie:  analyse des scénarios du gouvernement pour le pétrole d'Anticosti.

    ainsi que de nombreuses conférences, entrevues radio et TV.

La réalité et les faits sont têtus - c'est pour cela qu'ils finissent par s'imposer.

Note: Ce billet de janvier 2015 a été mis en ligne deux semaines d'avance le 15 décembre.
La réalité et les faits sont têtus. On peut les ignorer, les masquer, les décrire en les déformant, tenter de les contourner, on peut tout faire, ils restent là tels quels, indépendamment de ce qu'on tente de faire avec. Ils sont très têtus et c'est là une force absolument unique qui résiste à tout. Et qu'on peut exploiter.

Dans le dossier du gaz de schiste, dès le début (en novembre 2010 pour moi, mais d'autres étaient déjà actifs bien avant) des faits ont été perçus, de façon floue initialement, intuitivement sans doute chez des personnes clairvoyantes. J'ai alors commencé bien timidement, isolément à fouiller un peu autour de quelques réalités qui pointaient au travers du sol et qui commençaient à devenir progressivement très apparentes. Nous sommes devenus plusieurs à creuser, chacun avec ses outils, chacun avec son expertise propre. La réalité des faits autour de cette proposition de l'industrie des gaz de schiste nous a guidé pour déterrer une à une plusieurs évidences.

Nous avons commencé à écrire des textes, des mémoires, des lettres aux ministres. Pas facile de réussir à emmener ces gens à voir les réalités qu'on avait déterrées, dégagées  sur le terrain. Il y avait déjà beaucoup de personnes qui grenouillaient autour des gens de pouvoir pour leur montrer d'autres images; des images embellies d'où dégoulinait des dollars et des fausses promesses de richesses. Les dirigeants pensaient n'avoir plus besoin de se déplacer pour venir s'informer sur le terrain: les lobbyistes leur commenteraient le sujet à partir de belles images. Des commissions d'études stratégiques commandaient des modélisations des phénomènes en cause; la commande des études était bien dirigée, bien stratégique justement car le lobby y était présent là aussi. On a produit des modèles qui donnait d'aussi aussi belles images que celles présentées par les lobbyistes. Ça devait donc être vrai toutes ces belles richesses qu'on pouvait avoir simplement en fracturant tout sous nos pieds.


On a continué de notre côté à déterrer, à dégager, à fouiller plus en détails les faits et la réalité. On a fait des conférences, des vidéos de vulgarisation sur cette réalité. On a persévéré sachant que les faits sont têtus et qu'il faut sans cesse revenir sur eux, les rappeler, les montrer tels qu'ils sont au plus grand nombre. Ce plus grand nombre est devenu vraiment très grand. On appelle ça maintenant l'acceptabilité sociale; c'est aussi une réalité. Les promoteurs pensaient pouvoir gérer celle-ci avec leurs outils usuels: les firmes de relations publiques. L'opinion publique ça se manipule et les oppositions ça se résorbe quand c'est bien géré pouvaient-ils croire.  Mais cela n'a pas fonctionné comme ils l'avaient espéré; plus le temps passait, plus l'acceptabilité sociale diminuait. Les citoyens s'informaient sur les faits et leur opposition grandissait encore plus.

Le marketing, ça marche mieux avec des boites de lessives qu'avec des tentatives de lessiver les cerveaux. L'industrie se payait comme beaux parleurs des personnalités bien connues; pas des experts si on en juge par ce qu'ils racontaient comme balivernes. C'était ce que la stratégie marketing avait conseillé: payer des personnalités prestigieuses pour détourner l'attention des faits. Talisman Energy de Calgary, le plus gros joueur s'était même payé un ancien premier ministre. La stratégie marketing a du être changée à quelques reprises vu des insuccès manifestes.


Puis sous la pression populaire, sous la nécessité devenue incontournable, le gouvernement a confié au BAPE le soin de vider la question. Les citoyens et les experts indépendants ont alors enfin pu présenter les faits tels qu'ils les ont vécus, trouvés, déterrés. Les commissaires du BAPE ont consigné ces faits dans un rapport qui traite à la fois des études et visions des promoteurs (rapports gouvernementaux et mémoires de l'industrie) ainsi que des mémoires apportés par les opposants. En tranchant entre ces deux positions, les commissaires du BAPE ont fait un remarquable travail qui a permis enfin de nommer, décrire, analyser les faits perçus initialement il y a quatre ans.

Heureusement que les faits ont été têtus, qu'ils soient demeurés indestructibles.  Les mensonges ne résistent jamais devant une vérité quand ils sont enfin placés côte-à-côte.

Merci au  BAPE  pour ce merveilleux cadeau de Noël.




Merci à tous ceux qui ont travaillé sans jamais douter de ce simple adage: "les faits sont têtus - il suffit d'y tenir et de les ramener sans cesse en avant-plan".


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Dans l'actualité du 19 décembre 2014: Après une longue série d'études durant les quatre années 2010 à 2014, après avoir scruté et souspesé les pseudos avantages économiques de la fracturation du shale d'Utica, le BAPE a produit un rapport étoffé sur l'ensemble des questions qui lui ont été soumises dans les mémoires. À toutes les étapes des études antérieures (ex. ÉES), les aspects économiques ont été pris en compte. 

L’industrie, les chambres de commerce, les promoteurs n'ont traité pratiquement que du sujet économie dans les mémoires qu’ils ont déposés au BAPE, ainsi qu'à toutes les autres commissions précédentes: emplois créés, bilan des taxes générés, autres retombées, etc. Ils n’ont présenté que cet aspect positif, sans jamais avoir un début de réponse aux questions des scientifiques indépendants. Le BAPE a donc traité, parmi bien d'autres aspects, du bilan économique. Il l'a fait en incluant certains coûts d’externalités – ce que les bilans économiques des promoteurs ne font pas, évidemment. Le BAPE n'a pas ajouté le coût réel de toutes les externalités; cela aurait amplifié encore plus le bilan prospectif déjà très négatif qu'il a établi pour cette filière.

On a unanimement salué la qualité du rapport du BAPE publié en début de semaine, y compris les conseillers du premier ministre et Monsieur Couillard mardi. Que voit-on poindre trois jours plus tard? Les chambres de commerce et des promoteurs tentent aujourd'hui de dire que le mandat du BAPE ne devait pas lui permettre de traiter des aspects économiques, qu'il n'aurait pas la compétence pour cela !

Il est curieux, maintenant que les jeux sont faits et que le rapport indique que les retombées présentées par les promoteurs sont fallacieuses, qu'on tente de reprocher au BAPE d’avoir examiné aussi les questions de rentabilité et de retombées affectant l’économie. Le BAPE a fait un bon travail sérieux. Il avait pour trancher ce long débat de quatre ans, toutes les études et tous les mémoires; le processus était sans tache. Les chambres de commerce ne jouent pas franc jeu maintenant dans ce dossier.

J'ai donc une question pour ceux qui formulent cette critique: si vous estimiez que le BAPE n'avait pas à traiter le volet économique, pourquoi alors n'avez-vous fait que cela, soumettre des mémoires sur les retombées économiques?